Alliance des États du Sahel : 1re négociation AES-CEDEAO
Près de vingt et un mois après le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, l’Alliance des États du Sahel (AES) s’est assise pour la première fois à la même table que l’organisation régionale samedi 17 octobre 2026, à Dakar. Personne n’y a parlé de retour. Les deux camps ont décidé de créer des groupes de travail conjoints chargés de bâtir un accord-cadre AES-CEDEAO.
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Ce que l’Alliance des États du Sahel a obtenu à Dakar
La séance d’ouverture était coprésidée par le Sénégalais Cheikh Niang, ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères et président du Conseil des ministres de la CEDEAO, et par le Burkinabè Karamoko Jean-Marie Traoré, qui dirige le comité ministériel de pilotage de la Confédération. Deux organisations face à face, donc. C’est exactement le format que réclamait Bamako, dont le chef de la diplomatie, Abdoulaye Diop, voulait des échanges « d’entité à entité ».
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Le communiqué conjoint salue « un esprit de fraternité, de respect mutuel et d’ouverture ». Plus concrètement, les groupes thématiques se pencheront sur la libre circulation des personnes et des biens, les infrastructures, le développement, la paix et la sécurité, ainsi que sur les questions juridiques et institutionnelles. Leurs conclusions remonteront aux ministres lors d’une prochaine session dont ni la date ni le lieu ne sont arrêtés. La session s’est conclue par la signature de ce communiqué conjoint.
Un retour dans la CEDEAO exclu d’avance
La veille, à Ouagadougou, les trois ministres des Affaires étrangères avaient verrouillé leur position commune. Karamoko Jean-Marie Traoré y a démenti toute volonté de réintégrer l’organisation régionale. La Confédération et la CEDEAO forment selon lui deux composantes distinctes de l’espace ouest-africain. Le Nigérien Bakary Yaou Sangaré a résumé l’humeur de sa délégation d’une phrase : « Nous partons à Dakar sereins ».
Souveraineté des États, consolidation de la Confédération, défense des intérêts des populations : la feuille de route tenait en trois points, portés par une délégation unique. Fin septembre, le capitaine Ibrahim Traoré avait déjà tranché entre cohabitation et affrontement avec la CEDEAO. Pour Abuja, accepter ce format revient à traiter l’Alliance des États du Sahel en interlocuteur à part entière.
Pourquoi le Sénégal pousse à un accord
Le choix de Dakar n’a rien d’anodin. Le président Bassirou Diomaye Faye occupe la présidence en exercice de la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO et n’a jamais coupé le fil avec les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel, qu’il était allé voir à Bamako et Ouagadougou dès les premières semaines de son mandat, en 2024.
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Le Sénégal a aussi un intérêt très concret dans cette affaire. Le port de Dakar et le corridor routier vers Bamako comptent parmi les principales portes d’entrée des marchandises destinées au Mali, pays sans accès à la mer. Un durcissement des règles douanières ou de circulation frapperait en premier les transporteurs et les commerçants sénégalais.
Pour dialoguer avec l’Alliance des États du Sahel, la CEDEAO a misé sur Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen et ancien secrétaire exécutif de l’organisation. Son négociateur en chef a qualifié ce cadre d’« arbre à palabre ». L’Union africaine, représentée par Mamadou Tangara, et l’ONU, par Leonardo Simão, ont promis leur appui.
AES et CEDEAO : ce que les populations peuvent en attendre
Rien dans l’immédiat. Les groupes de travail doivent d’abord produire un texte, et le processus a déjà montré sa lenteur. Il a fallu près de dix-sept mois pour passer des consultations de Bamako, le 22 mai 2025, à cette première réunion ministérielle. L’Alliance des États du Sahel n’a pas attendu pour avancer seule, avec son passeport commun et ses institutions confédérales.
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L’enjeu se mesure aux frontières. Pour un commerçant de Kayes, un chauffeur routier de Thiès ou un étudiant nigérien inscrit à Dakar, la question reste simple. Faudra-t-il demain un visa, payer de nouveaux droits, patienter davantage au poste de contrôle ? La rencontre de Dakar n’y répond pas encore. Elle a seulement permis aux deux blocs de commencer à écrire la réponse ensemble.
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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