Biographie Ahmadou Kourouma : de l’Indochine au Renaudot
Biographie d’Ahmadou Kourouma : Il avait dépassé la quarantaine, exerçait un métier d’actuaire et portait un manuscrit dont aucun éditeur parisien ne voulait. Publié d’abord à Montréal, Les Soleils des indépendances a pourtant fait d’Ahmadou Kourouma l’un des romanciers africains les plus lus et les plus étudiés. Cette biographie d’Ahmadou Kourouma retrace la vie d’un ancien tirailleur devenu écrivain sur le tard, et résume les cinq romans qui figurent aujourd’hui dans les programmes scolaires, de Dakar à Lyon.
L’essentiel à retenir : Ahmadou Kourouma est né le 24 novembre 1927 à Boundiali, dans le nord de la Côte d’Ivoire, et il est mort le 11 décembre 2003 à Lyon, à 76 ans. Écrivain malinké de langue française, il est l’auteur des Soleils des indépendances (1968), de Monnè, outrages et défis (1990), d’En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), d’Allah n’est pas obligé (2000, prix Renaudot) et de Quand on refuse on dit non (2004, posthume).
Biographie d’Ahmadou Kourouma : Une jeunesse entre Boundiali, Bamako et l’Indochine
Fils aîné d’une famille malinké, Kourouma est élevé par son oncle Fondio. Il entre à l’école rurale de Boundiali en 1935, passe par Korhogo puis par l’école primaire supérieure de Bingerville, et rejoint en 1947 l’école technique supérieure de Bamako. Deux ans plus tard, il en est renvoyé pour avoir mené une contestation étudiante.
Rentré en Côte d’Ivoire, il est incorporé comme tirailleur à Bouaké. Il refuse de participer à la répression des manifestations du Rassemblement démocratique africain. La sanction tombe : prison, rétrogradation, puis envoi en Indochine, où il sert de 1950 à 1954. Il y est aussi champion de saut en longueur.
L’actuaire, la prison et l’exil
À son retour, il part étudier les mathématiques et l’actuariat à l’Institut de science financière et d’assurances de Lyon. C’est là qu’il rencontre sa future épouse, française ; le couple aura quatre enfants. En 1961, après l’indépendance, il devient directeur adjoint de la Caisse nationale de prévoyance sociale à Abidjan.
La lune de miel est courte. Le régime de Félix Houphouët-Boigny le soupçonne, il est emprisonné, puis choisit l’exil. Commence une longue errance professionnelle d’assureur : l’Algérie de 1964 à 1969, où il participe à la création d’une caisse d’assurance et de réassurance, la France, le Cameroun de 1974 à 1984, puis le Togo de 1984 à 1994. Il ne rentre en Côte d’Ivoire qu’au milieu des années 1990.
Sa pièce Tougnantigui ou le Diseur de vérité, montée à Abidjan en 1972, est censurée après quelques représentations. L’écrivain dérange déjà.
Biographie d’Ahmadou Kourouma : résumé des grands romans
Pour les élèves comme pour les curieux, un résumé court de chaque livre.
Les Soleils des indépendances (1968)
Fama Doumbouya, dernier prince malinké du Horodougou, a combattu la colonisation en espérant retrouver son rang. L’indépendance le laisse sans rien : ni pouvoir, ni argent, ni héritier, sa femme Salimata ne pouvant avoir d’enfant. Il vit de funérailles en funérailles, est jeté en prison sous le parti unique et meurt en tentant de franchir une frontière nouvelle pour rentrer dans son village. Le roman, couronné par la revue québécoise Études françaises, paraît à Montréal en 1968, puis à Paris en 1970.
Monnè, outrages et défis (1990)
En malinké, « monnè » désigne l’outrage, l’humiliation subie sans pouvoir répondre. Le roman suit Djigui Keita, roi de Soba, sur près d’un siècle : la conquête française à la fin du XIXe siècle, la collaboration, le travail forcé, puis les désillusions. Plusieurs narrateurs se relaient, ponctués de proverbes. Le livre reçoit le Grand prix littéraire d’Afrique noire.
En attendant le vote des bêtes sauvages (1998)
Pendant six veillées, un griot et son répondeur racontent la vie de Koyaga, chasseur devenu dictateur de la République du Golfe. Le récit, construit sur le modèle d’une épopée de chasseurs, démonte la fabrique d’un tyran de la guerre froide. Le personnage s’inspire largement du Togolais Gnassingbé Eyadéma, que Kourouma a observé pendant ses années à Lomé. Le roman obtient le prix du Livre Inter.
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Allah n’est pas obligé (2000)
Birahima, une dizaine d’années, quitte son village de Guinée après la mort de sa mère pour rejoindre une tante au Liberia. Accompagné d’un féticheur, il devient enfant-soldat et traverse les guerres du Liberia et de la Sierra Leone. Il raconte tout dans un français cru, en s’aidant de plusieurs dictionnaires pour expliquer ses mots. Le livre décroche le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2000.
Quand on refuse on dit non (2004)
Suite inachevée du précédent, publiée après la mort de l’auteur. Birahima vit à Daloa quand la guerre éclate en Côte d’Ivoire. Il fuit vers le nord avec Fanta, fille d’un imam tué, qui lui raconte en chemin l’histoire du pays. Le roman s’attaque à l’ivoirité et à la corruption.
Un français « malinkisé » : le style Kourouma
Le geste majeur de Kourouma est linguistique. Il pense en malinké et écrit en français, en tordant la syntaxe, en traduisant littéralement des images et des proverbes, en multipliant les exclamations. Les soleils, dans son premier titre, désignent les époques. Lui-même parlait de « traduire l’intraduisible ». Ses livres mêlent satire politique, oralité du griot et humour noir, ce qui a beaucoup compté pour les auteurs africains venus après lui.
Ce style a aussi une portée politique. Quand la guerre éclate en Côte d’Ivoire en 2002, l’écrivain, déjà malade, s’en prend publiquement à l’ivoirité, « une absurdité qui nous a menés au désordre », selon ses mots.
Quels prix Ahmadou Kourouma a-t-il reçus ?
- Prix de la revue Études françaises (1968) et prix Maillé-Latour-Landry de l’Académie française (1970) pour Les Soleils des indépendances ;
- Grand prix littéraire d’Afrique noire pour Monnè, outrages et défis ;
- Prix du Livre Inter pour En attendant le vote des bêtes sauvages ;
- Prix Renaudot, Goncourt des lycéens et prix Amerigo-Vespucci (2000) pour Allah n’est pas obligé, et le grand prix Jean-Giono pour l’ensemble de son œuvre.
Depuis 2004, le Salon du livre de Genève décerne chaque année un prix Ahmadou Kourouma. Lyon lui a consacré une maison associative, la Maison Ahmadou-Kourouma.
Mort à Lyon, inhumé à Abidjan
Malade, Kourouma meurt le 11 décembre 2003 à Lyon, alors qu’il travaille encore à son dernier roman. Il est d’abord enterré en France. Onze ans plus tard, ses restes sont rapatriés : après un hommage national à Abidjan le 14 novembre 2014, il est inhumé au cimetière de Williamsville, à Adjamé. Il a sa place, avec Bernard Dadié, parmi les grands écrivains ivoiriens de Kourouma à Gauz, et d’autres portraits sont à lire dans nos biographies de personnalités ivoiriennes.
Questions fréquentes sur Ahmadou Kourouma
Où et quand est né Ahmadou Kourouma ?
Il est né le 24 novembre 1927 à Boundiali, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Il a passé une partie de son enfance à Togobala, en Guinée.
Quel est le premier roman d’Ahmadou Kourouma ?
Les Soleils des indépendances, paru à Montréal en 1968 puis aux éditions du Seuil en 1970. Il raconte la déchéance de Fama, prince malinké ruiné par les indépendances.
Quel prix a reçu Allah n’est pas obligé ?
Le roman a obtenu en 2000 le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens, puis le prix Amerigo-Vespucci.
Quand Ahmadou Kourouma est-il mort ?
Il est mort le 11 décembre 2003 à Lyon, à 76 ans. Ses restes ont été rapatriés et inhumés à Abidjan en novembre 2014.
Pourquoi le style de Kourouma est-il célèbre ?
Parce qu’il fait entendre le malinké à l’intérieur du français : syntaxe bousculée, images traduites mot à mot, proverbes et voix de griot. Ce choix a ouvert la voie à de nombreux romanciers africains.