Affaire PPEF : Abidjan dément, mais confirme un point clé
Le garde des Sceaux Jean Sansan Kambilé a choisi de répondre vite. Dans un communiqué daté du samedi 31 octobre 2026, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme « réfute fermement » les accusations de corruption au PPEF, le Pôle pénal économique et financier, portées la veille par Jeune Afrique. Le même texte confirme pourtant un point clé du récit de l’hebdomadaire : des agents du FBI fréquentent bel et bien la juridiction anticorruption d’Abidjan.
Ce que Jeune Afrique affirmait sur le PPEF
Vendredi 30 octobre, le magazine a publié une enquête selon laquelle la Gendarmerie nationale mènerait des investigations au sein du PPEF à partir d’informations transmises par le FBI. Jeune Afrique évoque l’interpellation, le 27 octobre, d’une personne présentée comme un indicateur du pôle. L’exploitation de son téléphone aurait mis au jour des faits présumés d’extorsion, de trafic d’influence et de monnayage de décisions de justice. Trois comptes bancaires ouverts à l’étranger seraient liés à ce réseau.
Ces accusations, relayées dès vendredi par Afrique-sur7, visaient une juridiction créée précisément pour juger la délinquance financière.
Corruption au PPEF : le ministère dément en bloc
Autorité de tutelle du PPEF, le ministère nie tout. Selon lui, aucun service américain n’a saisi l’État de Côte d’Ivoire d’une telle affaire, et aucune enquête de la Gendarmerie nationale n’est en cours au sein du pôle. Les affirmations du magazine « ne reposent sur aucun fondement », écrit Jean Sansan Kambilé.
Le communiqué ne dit rien, en revanche, de l’interpellation du 27 octobre ni des trois comptes bancaires évoqués dans l’article. Sur ces deux points, qui fondent l’essentiel des soupçons de corruption au PPEF, la chancellerie ne donne aucune précision.
Le FBI, partenaire assumé de la justice ivoirienne
Sur la présence d’agents fédéraux américains, le ministre ne conteste rien. Il l’explique. Elle s’inscrit, d’après lui, dans une coopération entre juridictions qui a donné naissance à une task force. Celle-ci réunit le PPEF, ses enquêteurs, des procureurs américains et des agents du FBI chargés de la lutte contre la sextorsion et le blanchiment de capitaux. Procureurs et agents ont effectué plusieurs visites au pôle et ont été reçus à plusieurs reprises par les hautes autorités judiciaires, précise le texte.
Cette collaboration a déjà débouché sur des peines lourdes. Le 22 octobre, le PPEF a condamné quatre jeunes Ivoiriens, trois à vingt ans de prison ferme et le quatrième à dix ans, dans un dossier de sextorsion lié au suicide d’une Américaine en 2022. Des agents du FBI assistaient à l’audience. Les condamnés contestent les faits et leur défense a annoncé un appel.
Le ministère rappelle que plusieurs victimes de ces chantages, toutes américaines, se sont donné la mort. Il ajoute que le PPEF a reçu les « vives félicitations » des autorités américaines après l’arrestation et la condamnation de cybercriminels.
Un démenti au lendemain de la sortie de la liste grise du GAFI
Le calendrier aide à comprendre la fermeté du ton. Le 30 octobre, jour même de la parution de l’article, le Groupe d’action financière (GAFI) a retiré la Côte d’Ivoire de sa liste grise, celle des pays placés sous surveillance renforcée pour leurs failles dans la lutte contre le blanchiment. Abidjan y figurait depuis octobre 2024. Le PPEF, institué par la loi du 11 mars 2022, a été l’un des outils mis en avant pendant ces deux années de réformes.
Jean Sansan Kambilé termine d’ailleurs sur ce terrain. Il salue l’engagement du pôle et de ses « animateurs » contre la criminalité financière et les félicite pour leur « importante contribution » au retrait du pays de la liste grise. Des soupçons de corruption au cœur de cette juridiction cadreraient mal avec ce satisfecit international, obtenu quelques heures plus tôt.
Le communiqué n’annonce aucune action contre l’hebdomadaire.
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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