Côte d’Ivoire : la justice anticorruption visée par le FBI !
Le tribunal chargé de juger la délinquance financière en Côte d’Ivoire se retrouve à son tour dans le viseur des enquêteurs. Des gendarmes mènent actuellement des investigations dans les rangs du Pôle pénal économique et financier (PPEF) du tribunal de première instance d’Abidjan, à partir d’éléments transmis par le FBI, révèle Jeune Afrique ce vendredi 30 octobre. Une première personne a déjà été interpellée.
Selon le magazine, les enquêteurs ont mis au jour un réseau de corruption au sein même de cette juridiction spécialisée. Si la police fédérale américaine s’en mêle, c’est parce que des Américains comptent parmi les victimes.
Beaucoup de choses restent inconnues. L’identité de la personne arrêtée, sa fonction au sein de la juridiction, le nombre de personnes visées et la nature exacte des faits n’ont pas été rendus publics. Toutes bénéficient de la présomption d’innocence.
Le PPEF, une juridiction taillée pour les dossiers sensibles
Le choix de la cible donne sa portée à l’affaire. Le PPEF traite les détournements de deniers publics, le blanchiment de capitaux, les escroqueries d’envergure et la cybercriminalité. C’est devant lui que se jugent les dossiers les plus suivis de l’actualité judiciaire en Côte d’Ivoire, ceux dans lesquels l’État veut montrer qu’il ne laisse rien passer.
Le 22 octobre, cette même juridiction rendait un verdict très lourd dans une affaire de sextorsion liée au suicide d’une Américaine en 2022. Trois jeunes Ivoiriens ont écopé de vingt ans de prison ferme et de 100 millions de francs CFA d’amende chacun, un quatrième de dix ans et de 75 millions. Des agents du FBI étaient présents dans la salle. Les condamnés contestent les faits et leurs avocats ont annoncé un appel. Nous avions suivi l’ouverture de ce procès début octobre, lorsque les quatre jeunes risquaient déjà 20 ans de prison ferme au PPEF.
Rien ne permet, en l’état, de relier ce procès à l’enquête de la gendarmerie. Il montre en revanche à quel point la coopération entre Abidjan et les services américains s’est resserrée sur les dossiers visant des victimes aux États-Unis. Les informations qui ont conduit à l’interpellation sont arrivées par ce canal.
Un coup dur la semaine où le GAFI salue les réformes ivoiriennes
Le calendrier n’arrange pas les autorités. La Côte d’Ivoire vient d’être retirée de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), sur laquelle elle figurait depuis octobre 2024. Cette sortie récompense deux ans de réformes contre le blanchiment et le financement du terrorisme, dans lesquelles la justice financière occupe une place centrale.
Le 14 octobre, le Conseil des ministres a aussi adopté un projet de loi qui crée une Cour d’appel pénale économique et financière. Le PPEF jugerait en premier degré, la nouvelle cour examinerait les recours, et les dossiers financiers resteraient entre les mains de juges spécialisés jusqu’en appel. Le texte doit encore être examiné par le Parlement.
Tout ce dispositif repose sur une condition : que les juridictions chargées de sanctionner la corruption soient elles-mêmes au-dessus de tout soupçon. Une enquête visant le PPEF touche donc directement à ce que les partenaires étrangers de la Côte d’Ivoire, à commencer par les États-Unis, attendent de sa justice.
Il existe une autre lecture des faits. L’interpellation montre aussi que des soupçons visant l’intérieur de l’institution ont débouché sur une procédure, et non sur un classement discret. L’ampleur du dossier et la suite qui lui sera donnée diront laquelle des deux l’emporte.
Rédigé par
Gary SOGNONGary SOGNON, journaliste et communicant, passionné par le traitement de l’information, je couvre aussi bien des sujets politiques que sportifs, une pluralité renforcée par plus de 15 années d’expérience en rédaction web et SEO. Retrouvez mes articles sur afrique-sur7.fr.
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