Emerse Faé recadre les dirigeants africains après son éviction
Emerse Faé a mené la Côte d’Ivoire au titre en Coupe d’Afrique des Nations (CAN), puis au-delà du premier tour d’une Coupe du monde pour la première fois de son histoire. Cela ne lui a pas permis de rester en place. Deux mois et demi après la fin de son contrat de sélectionneur de la Côte d’Ivoire, toujours sans banc, l’ancien milieu de terrain a profité d’un entretien vidéo accordé à Brut Afrique pour s’adresser aux dirigeants africains.
Le ton reste posé. Le fond, beaucoup moins. Faé ne cite ni la Fédération ivoirienne de football (FIF), ni son président Yacine Idriss Diallo, réélu le 12 septembre à Yamoussoukro. Il parle de patience, de moyens et de mentalité, un message qui dépasse largement le cas des Éléphants et touche tout le football africain.
Emerse Faé demande du temps pour les staffs
Pour Emerse Faé, ex-adjoint du regretté Jean-Louis Gasset, le continent africain ne progressera pas tant que les techniciens seront jugés sur quelques mois.
« Pour une évolution, et pour que le foot africain continue à grandir, il faut que les dirigeants africains laissent le temps aux staffs de travailler. Ils ont des idées, mais en football tout ne tombe pas en un jour. Il faut du travail, il faut du temps. »
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L’ancien joueur du FC Nantes et de l’OGC Nice glisse ensuite vers l’organisation, autrement dit ce qu’une fédération met réellement à disposition de son sélectionneur.
« Donc voilà, laissez-les travailler et donnez-leur les conditions pour bien travailler. Vous avez des ambitions qui sont élevées. Il faut que les conditions à la disposition du staff soient à la hauteur des ambitions. »
Le technicien de 42 ans se montre en revanche optimiste sur le potentiel des sélections du continent, à une condition près.
« Je pense qu’avec ça, avec la qualité des joueurs qu’on a, avec la qualité des infrastructures qu’on a maintenant, on n’a rien à envier aux autres nations. On n’a rien à envier aux Européens, on n’a rien à envier aux Sud-Américains. Mais il faut vraiment qu’on arrive à avoir la même mentalité que ces équipes qui gagnent. »
Le diagnostic tranche avec le refrain habituel sur le retard de l’Afrique. Pour Faé, les joueurs et les stades ne posent plus problème. Ce qui manque, c’est la continuité autour des équipes nationales et l’exigence quotidienne des grandes nations.
Pourquoi Emerse Faé a-t-il quitté les Éléphants ?
Sur le papier, personne ne l’a renvoyé. Dans son communiqué, la FIF expliquait que le contrat du sélectionneur était « arrivé à son terme le 31 juillet 2026 » et qu’il ne serait pas renouvelé. Une prolongation de trois mois, le temps de disputer les éliminatoires de la CAN 2027 en septembre, avait circulé en interne. Faé l’aurait déclinée, avec l’élection fédérale du 12 septembre en ligne de mire.
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Yacine Idriss Diallo a ensuite livré sa propre version devant la presse en affirmant avoir mis fin aux fonctions du technicien parce qu’il était « arrivé à la fin de deux cycles ». Le président de la FIF attendait notamment une demi-finale à la CAN disputée au Maroc. Les Éléphants avaient chuté en quarts contre l’Égypte.
Le bilan d’Emerse Faé reste pourtant rare pour un premier poste de sélectionneur. Appelé en urgence en janvier 2024, en pleine CAN à domicile, après le départ de Gasset et une gifle 4-0 contre la Guinée équatoriale, il a relevé une équipe au bord de l’élimination jusqu’au sacre, arraché 2-1 face au Nigeria en finale. Au Mondial nord-américain, il a fait franchir aux Ivoiriens la phase de groupes, ce que ni Henri Michel en 2006, ni Sven-Göran Eriksson en 2010, ni Sabri Lamouchi en 2014 n’avaient réussi. La Norvège a mis fin à l’aventure en seizièmes de finale (2-1).
Hervé Renard, le retour de l’expérience
La FIF a officialisé le 4 août le retour d’Hervé Renard, vainqueur de la CAN 2015 avec la Côte d’Ivoire. Le Français a lancé son deuxième passage par une victoire 2-0 contre le Ghana à Bouaké, en éliminatoires de la CAN 2027. En deux ans et demi, la sélection ivoirienne aura donc connu trois sélectionneurs, ce qui donne un relief particulier au plaidoyer de son prédécesseur pour la stabilité.
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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