Intégration économique de la CEDEAO : défis et opportunités d’un projet en pleine recomposition
La CEDEAO ne compte plus que douze États membres depuis le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger le 29 janvier 2025. Un bloc désormais dirigé, depuis le 19 juillet 2026, par le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Le commerce entre pays membres plafonne toujours sous la barre des 15 %, après plus de cinquante ans d’efforts d’intégration. Autant dire que ce guide ne va pas se contenter de célébrer l’anniversaire : chiffres et dates à l’appui, il regarde ce qui a réellement changé et ce qui bloque toujours.
La CEDEAO et ses déchirements internes
Plus de cinquante ans après sa création, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) reste un cas d’école pour quiconque s’intéresse à l’intégration régionale en Afrique, et pas uniquement dans le mauvais sens du terme. Elle a construit l’un des projets d’union douanière les plus avancés du continent, avec un tarif extérieur commun entré en vigueur le 1er janvier 2015 et un protocole de libre circulation des personnes adopté dès 1979. (Ecowas)
Elle traverse toutefois la crise la plus grave de son histoire. En janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait de l’organisation, une décision devenue officiellement effective le 29 janvier 2025. Les trois États ont accusé la CEDEAO de s’être éloignée des idéaux de ses pères fondateurs et ont dénoncé les sanctions économiques et politiques qui leur avaient été imposées sur l’activisme de certains dirigeants en dehors de tous les règlements de l’union. (Reuters)
Cette rupture a été précipité par le fait que certains chefs d’État membres s’étaient arrogé une position dominante qu’ils n’ont en réalité pas au sein de la communauté où aucune tête de dépasse l’autre. Des Présidents se comportaient comme s’ils disposaient d’une autorité supérieure à celle de leurs homologues sur la seule base du poids économique ou politique de leur pays dans la région.
Le président ivoirien Alassane Ouattara et le président béninois de l’époque, Patrice Talon, avaient ainsi adopté, face aux coups d’État survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger, des positions allant bien au-delà du simple rappel des principes démocratiques. Ils avaient affiché une fermeté particulière, voire une certaine virulence, à l’égard des nouveaux régimes militaires.
Comment l’intégration économique s’est fabriqué une rivale
Après le coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger, Alassane Ouattara était même allé jusqu’à soutenir ouvertement la préparation d’une intervention militaire régionale. À l’issue du sommet extraordinaire de la CEDEAO organisé le 10 août 2023 à Abuja, il avait annoncé que : « La Côte d’Ivoire fournira un bataillon et a pris toutes les dispositions financières pour l’opération si elle doit durer trois mois. » (TRT Afrika)
Lire aussi : Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO
Pour les trois nouveau régimes, que dire, quatre, puisque Mamadi Doumbouya de la Guinée étaient contre cette option, cette sortie actait une rupture totale. On connait la suite : ils se sont coalisés au sein de l’AES pour se protéger mutuellement et unir leurs forces dans la lutte acharnée contre les terroristes qui sévissent dans la région et qui, selon eux, sont soutenus par certains pays.
Comprendre où en est vraiment ce projet demande de sortir des discours habituels sur « l’unité africaine » pour regarder les chiffres, les textes, et les rapports de force qui se cachent derrière.
Chiffres clés de CEDEAO
- Membres actuels : 12 États, contre 15 avant le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger le 29 janvier 2025.
- Population de la zone CEDEAO : environ 376 millions d’habitants sur 2,33 millions de km².
- PIB combiné des Etats de la CEDEAO : plus de 700 milliards de dollars en 2025, dont environ 60 % pour le seul Nigeria, géant sous-regional.
- Commerce intracommunautaire : entre 11,5 % et 15 % du commerce total selon les sources, loin donc de l’objectif de 20 % fixé par la Commission.
- Tarif extérieur commun : cinq bandes tarifaires allant de 0 % à 35 % sont en vigueur depuis janvier 2015.
- Schéma de libéralisation des échanges : plus de 15 000 entreprises agréées pour près de 50 000 produits concernés.
- Nouveau tarif douanier commun de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) : 0,5 % sur les importations en provenance de pays tiers, en vigueur depuis fin mars 2025.
Un projet vieux de cinquante ans frappé par la nonchalance africaine
La CEDEAO a bien été fondée le 28 mai 1975 par le traité de Lagos. L’organisation avait affiché des objectifs importants dès l’origine, à savoir bâtir un marché commun ouest-africain capable de rivaliser avec les grands blocs économiques mondiaux comme l’Union Européenne. Mais cinquante ans plus tard, on peut sourire ou s’agacer de cette promesse, selon l’humeur bien entendu.
L’analyse de ses performances n’avait pas manqué de suscité de l’inquiétude chez Julius Maada Bio, l’ex-président en exercice de la CEDEAO. Ce dernier avait formulé la critique la plus lucide sur ce point au sommet du 19 juillet 2026 en Sierra Leone en disant :
« Les cinquante prochaines années de la CEDEAO ne seront pas définies par les déclarations que nous adopterons, mais par les résultats que nous apporterons à nos peuples. Notre responsabilité est de passer de l’engagement à la mise en œuvre, de la politique à la pratique et de l’ambition à des résultats mesurables. »
Mais reconnaissons-le, le chemin parcouru depuis n’est pas négligeable non plus. La libre circulation des personnes, adoptée dès l’an 1979, permet aujourd’hui à un ressortissant de la zone de circuler sans visa dans les autres pays membres. Une facilité que beaucoup de régions du monde, y compris certaines qui se targuent d’être plus « intégrées », n’ont toujours pas obtenue entre voisins.
Le tarif extérieur commun, entré en vigueur en janvier 2015, applique une grille unique de cinq bandes tarifaires allant de 0 % pour les biens sociaux essentiels à 35 % pour certains produits jugés sensibles pour les industries locales. Le schéma de libéralisation des échanges, souvent désigné par son sigle SLE, complète lui ce dispositif en supprimant les droits de douane sur les produits originaires de la zone, à condition cependant que l’entreprise exportatrice obtienne un agrément communautaire. Plus de 15 000 entreprises bénéficient aujourd’hui de ce mécanisme, et près de 50 000 produits circulent avec un avantage tarifaire à l’intérieur du bloc. Sur le papier, difficile de faire mieux.
Sauf que le papier, justement, ne fait pas tout. Dans les faits, le commerce entre pays membres de la CEDEAO reste étonnamment faible : il représente entre 11,5 % et 15 % du commerce total de la région selon les sources et les périodes considérées. Loin, très loin derrière l’Union européenne ou l’Asie du Sud-Est, où les échanges intrarégionaux dépassent largement 50 % du commerce total. La Commission de la CEDEAO elle-même a fixé un objectif de 20 %, un seuil qui n’a toujours pas été atteint après plusieurs décennies d’efforts. Un demi-siècle pour ne pas franchir la barre des 15 %, ça interroge forcément sur ce qui coince vraiment.
Repères historiques de l’intégration ouest-africaine
| Date | Événement |
|---|---|
| 28 mai 1975 | Signature du traité de Lagos, création de la CEDEAO |
| 1979 | Adoption du protocole sur la libre circulation des personnes |
| Janvier 2015 | Entrée en vigueur du tarif extérieur commun à cinq bandes |
| 16 septembre 2023 | Signature de la charte du Liptako-Gourma, création de l’AES |
| 28 janvier 2024 | Annonce du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO |
| 29 janvier 2025 | Retrait effectif des trois pays, la CEDEAO passe à 12 membres |
| Fin mars 2025 | Instauration du tarif douanier commun de l’AES, fixé à 0,5 % |
| 19 juillet 2026 | Élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la CEDEAO |
Ce tableau resitue un fait qu’on a un peu vite rangé au rayon des crises passagères : la rupture de janvier 2025 ne sort pas de nulle part. Entre le traité fondateur et cette date, il s’est écoulé près d’un demi-siècle. Une Communauté qui a eu tout le temps de construire des outils solides sur le papier, sans jamais vraiment résoudre les blocages qui limitent leur usage réel sur le terrain.
Pourquoi le commerce entre voisins reste si faible
Plusieurs explications, souvent citées par les économistes qui suivent la région de près, se recoupent pour expliquer ce paradoxe d’une union douanière ancienne mais peu utilisée. La première tient à la monnaie, ou plutôt aux monnaies. La coexistence de deux zones monétaires différentes au sein même de la CEDEAO, le franc CFA pour les huit pays de l’UEMOA et des monnaies nationales pour les autres, complique les paiements transfrontaliers et alimente un commerce informel difficile à mesurer, et encore plus difficile à taxer.
Il y a aussi un problème plus structurel, presque mécanique : les économies de la région produisent souvent les mêmes matières premières, cacao, coton, pétrole, minerais. Un pays qui exporte du cacao a peu de raisons d’en importer d’un voisin qui en produit tout autant. On ne commerce pas facilement avec quelqu’un qui vend la même chose que soi.
Et puis il y a le terrain, tout simplement. Le mauvais état des routes reliant certaines capitales. La multiplication des postes de contrôle informels le long des axes routiers, malgré des textes qui les interdisent noir sur blanc depuis des années. Des procédures douanières qui restent lourdes malgré l’existence du tarif extérieur commun. Le commerce informel transfrontalier, lui, continue de prospérer précisément parce qu’il échappe à ces contraintes. Ce qui donne un paradoxe statistique amusant, quand on y pense : les échanges réels entre voisins sont sans doute supérieurs aux chiffres officiels, sans qu’on puisse vraiment les mesurer.
Le choc du retrait de l’AES
L’événement qui a le plus bouleversé l’équilibre de la CEDEAO ces dernières années, c’est le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays, dirigés par des juntes militaires arrivées au pouvoir entre 2020 et 2023, avaient signé le 16 septembre 2023 la charte du Liptako-Gourma, créant l’Alliance des États du Sahel, un pacte de défense collective pensé, assez ouvertement, comme une alternative à la CEDEAO. Le 28 janvier 2024, les trois pays annoncent leur retrait immédiat de l’organisation régionale. Sauf que les statuts de la CEDEAO imposent un préavis d’un an avant toute sortie effective. Le retrait n’est donc devenu juridiquement effectif que le 29 janvier 2025, soit un an et un jour plus tard.
Entre les deux dates, la CEDEAO a tenté une médiation. Sans succès. Une période de transition avait été fixée du 29 janvier au 29 juillet 2025, pendant laquelle l’organisation a maintenu ses portes ouvertes, espérant sans trop y croire un retour des trois pays. Aucun n’est revenu sur sa décision. Depuis, la CEDEAO ne compte plus que douze États membres : le Bénin, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.
Sur le plan commercial, les conséquences immédiates ont été atténuées par un facteur qu’on oublie souvent de mentionner : le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent membres de l’UEMOA, l’union monétaire qui partage le franc CFA avec quatre autres pays de la CEDEAO. La charte de l’UEMOA garantit déjà, entre ses propres membres, des facilités de circulation et d’échange proches de celles de la CEDEAO. Les populations et les commerçants de la zone n’ont donc pas subi, du moins pas tout de suite, les ruptures les plus radicales qu’on pouvait craindre.
Ce qui ne veut pas dire que les trois pays de l’AES sont restés passifs, non loin de là. Dès fin mars 2025, ils ont instauré leur propre prélèvement douanier commun, fixé à 0,5 % de la valeur en douane des marchandises importées de pays tiers, autrement dit de pays avec lesquels l’AES n’a pas d’accord commercial bilatéral. Ces recettes doivent financer le fonctionnement des organes de la confédération et ses futurs projets communs. Le message est donc très clair : l’AES ne se contente pas de sortir de la CEDEAO puisqu’elle construit en parallèle sa propre architecture douanière qui semble attirer d’autres pays de l’ex-communauté. Modeste pour l’instant face au tarif extérieur commun de la CEDEAO, mais bien réelle.
Tableau comparatif : la CEDEAO avant et après le retrait de l’AES
| Indicateur | CEDEAO à 15 membres (avant 2025) | CEDEAO à 12 membres (depuis 2025) |
|---|---|---|
| Nombre de pays | 15 | 12 |
| Population approximative | environ 420 millions | environ 376 millions |
| Accès à la mer pour tous les membres | Non (Mali, Burkina Faso, Niger enclavés) | Situation inchangée pour les 12 restants, la plupart côtiers |
| Tarif extérieur commun applicable | CEDEAO (5 bandes, 0 à 35 %) | CEDEAO pour les 12 restants, tarif AES à 0,5 % pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger |
| Monnaie dominante | Franc CFA (8 pays) et monnaies nationales | Inchangé pour les 12 membres restants |
Le vieux serpent de mer de la monnaie unique
S’il fallait un seul dossier pour résumer les difficultés de la CEDEAO, ce serait celui de la monnaie unique régionale, l’eco. Ce projet, relancé à plusieurs reprises depuis le début des années 2000, devait doter l’ensemble de la zone d’une monnaie commune sur le modèle de l’euro, en remplacement à terme du franc CFA pour les pays de l’UEMOA et des monnaies nationales pour les autres membres. Les échéances se sont succédé sans jamais être tenues. Les raisons ne manquent pas : critères de convergence macroéconomique non respectés par la majorité des pays candidats, réticences politiques de certains gouvernements à abandonner leur souveraineté monétaire, et surtout un désaccord de fond, presque irréductible, entre le Nigeria, dont l’économie pèse à elle seule plus de la moitié du PIB régional, et les pays francophones habitués depuis des décennies au franc CFA.
Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger n’arrange rien à un projet déjà mal en point. Les trois pays sortis de la CEDEAO restent certes dans l’UEMOA et continuent donc d’utiliser le franc CFA, mais leur départ de l’organisation régionale les place en dehors du cadre institutionnel dans lequel la future monnaie unique était censée être discutée et adoptée. Une monnaie pensée pour quinze pays et négociée aujourd’hui à douze, ce n’est plus tout à fait le même projet, ni sur le plan symbolique, ni sur le plan économique.
Bassirou Diomaye Faye à la tête de la CEDEAO : quel programme pour l’intégration ?
Le 19 juillet 2026, lors du 69e sommet ordinaire de la CEDEAO tenu à Freetown, en Sierra Leone, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été élu à la présidence en exercice de l’organisation, succédant au président sierra-léonais Julius Maada Bio. Son mandat, d’un an, doit officiellement démarrer lors d’une cérémonie de passation prévue le 1er septembre 2026 à Abuja, au Nigeria. Autre fait notable, et pas des moindres pour la diplomatie sénégalaise : le pays a également obtenu, pour la première fois de son histoire, la présidence de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030, confiée au général Birame Diop.
Dans sa lettre de mission, le nouveau président en exercice met en avant plusieurs priorités : rendre enfin opérationnelle la force régionale de lutte contre le terrorisme, dont le principe traîne depuis des années sans grande concrétisation sur le terrain, renforcer le partage des ressources entre États membres, améliorer l’autonomie financière de la Communauté vis-à-vis des bailleurs extérieurs, et mieux protéger les populations touchées par les crises sécuritaires qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Ce programme reste, dans sa formulation publique en tout cas, davantage sécuritaire qu’économique. Mais les deux sujets sont plus liés qu’il n’y paraît à première vue. C’est bien l’instabilité sécuritaire au Sahel qui a nourri les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger, lesquels ont ensuite débouché sur le retrait de ces trois pays et sur la fragmentation commerciale que la région connaît aujourd’hui. Renforcer la sécurité régionale, pour la nouvelle présidence sénégalaise, revient donc aussi, par la bande, à tenter de recoller les morceaux d’un marché commun qui s’est rétréci en un an à peine.
CEDEAO et ZLECAf : une intégration régionale dans une intégration continentale
L’avenir commercial de la CEDEAO ne se joue pas seulement à l’échelle ouest-africaine. Depuis 2021, la région s’inscrit aussi dans la zone de libre-échange continentale africaine, la ZLECAf, entrée en vigueur en 2019 et devenue pleinement opérationnelle deux ans plus tard. Ce projet réunit 54 pays du continent pour un marché théorique de plus de 1,3 milliard de consommateurs. Rien que ça. Il constitue la plus vaste zone de libre-échange au monde par le nombre d’États participants, devant l’Union européenne ou l’accord de libre-échange nord-américain.
L’objectif affiché est ambitieux : supprimer 90 % des droits de douane sur les échanges entre pays africains. Les premiers résultats commencent à apparaître dans les statistiques, avec un commerce intra-africain qui aurait atteint environ 230 milliards de dollars en 2026, soit près de 16 % du commerce total du continent. Un chiffre qui reste nettement inférieur aux ambitions initiales, et qui illustre, une fois de plus, la difficulté chronique de l’Afrique à commercer avec elle-même plutôt qu’avec le reste du monde.
Pour la CEDEAO, la ZLECAf pose une question presque ironique. Pourquoi bâtir un marché continental de 1,3 milliard de personnes quand le marché régional, plus restreint et censé être plus facile à intégrer, plafonne toujours sous les 15 % d’échanges internes ? Certains experts du commerce régional y voient un risque de dispersion des efforts, la CEDEAO délaissant l’approfondissement de son propre marché au profit d’un projet continental plus visible politiquement. D’autres pensent au contraire que la ZLECAf peut servir de levier, pour forcer une harmonisation des règles que la CEDEAO peine à imposer seule à ses membres depuis des décennies. Les deux lectures se défendent, et honnêtement, personne ne peut encore trancher avec certitude.
Ce qui pourrait changer dans les prochaines années
Trois dynamiques méritent qu’on les garde à l’œil dans les mois qui viennent.
La première concerne l’AES elle-même. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont affiché leur intention de construire leur propre marché commun sahélien, au-delà du simple tarif douanier de 0,5 % déjà en place. De quoi, à terme, faire émerger un second bloc commercial concurrent au sein même de l’espace ouest-africain historique.
La deuxième tient à la présidence sénégalaise. Un pays qui occupe à la fois la présidence tournante de la Conférence des chefs d’État et, pour la première fois, la présidence de la Commission, dispose d’une capacité d’impulsion rarement réunie dans l’histoire récente de l’organisation. Reste à savoir si cette double casquette se traduira par des avancées concrètes sur le commerce intracommunautaire, ou si elle restera concentrée sur les enjeux sécuritaires mis en avant dans la lettre de mission de juillet 2026. Difficile de parier sur l’un ou l’autre à ce stade.
La troisième dépasse la seule CEDEAO. L’avancée de la ZLECAf pourrait, selon la manière dont elle est gérée, renforcer ou au contraire diluer les mécanismes régionaux existants. Un commerce intra-africain qui progresse via la ZLECAf, pendant que le commerce intra-CEDEAO ne bouge pas d’un point de pourcentage, confirmerait un diagnostic déjà ancien : le problème de l’intégration ouest-africaine n’est pas l’absence d’accords, mais la difficulté à les appliquer concrètement sur le terrain, entre postes de douane, routes dégradées et monnaies multiples.
Questions fréquentes
Combien de pays compte la CEDEAO en 2026 ?
La CEDEAO compte douze États membres depuis le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger le 29 janvier 2025 : Bénin, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.
Qu’est-ce que le tarif extérieur commun de la CEDEAO ?
C’est une grille tarifaire unique appliquée par tous les États membres aux importations venues de pays tiers, avec cinq bandes de taxation allant de 0 % à 35 % selon le degré de transformation des produits. Il est en vigueur depuis janvier 2015.
Pourquoi le commerce entre pays de la CEDEAO reste-t-il si faible ?
Le commerce intracommunautaire représente entre 11,5 % et 15 % du commerce total de la région selon les sources, en raison de la coexistence de plusieurs monnaies, de structures économiques souvent concurrentes plutôt que complémentaires, d’infrastructures routières limitées et de barrières non tarifaires persistantes.
Qui préside la CEDEAO en 2026 ?
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été élu président en exercice de la CEDEAO le 19 juillet 2026, pour un mandat d’un an, avec une prise de fonction officielle prévue le 1er septembre 2026 à Abuja.
Quel est le tarif douanier appliqué par l’AES depuis son retrait de la CEDEAO ?
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger appliquent depuis fin mars 2025 un prélèvement douanier commun de 0,5 % sur les importations en provenance de pays tiers avec lesquels ils n’ont pas d’accord commercial spécifique.
Quel est le lien entre la CEDEAO et la ZLECAf ?
La ZLECAf est un projet continental regroupant 54 pays africains, dont les membres de la CEDEAO, avec pour objectif de supprimer 90 % des droits de douane sur le commerce intra-africain. Elle vient compléter, sans le remplacer, le projet d’union douanière régionale de la CEDEAO.
Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger a-t-il coupé leurs échanges avec les autres pays de la CEDEAO ?
Pas totalement. Les trois pays restent membres de l’UEMOA, qui partage le franc CFA avec quatre autres pays de la CEDEAO et garantit déjà des facilités de circulation et d’échange proches de celles de la CEDEAO, ce qui a limité les ruptures commerciales immédiates.
Où en est le projet de monnaie unique de la CEDEAO, l’eco ?
Le projet de monnaie unique régionale, discuté depuis le début des années 2000, reste à l’arrêt. Les critères de convergence macroéconomique ne sont pas remplis par la majorité des pays candidats, et le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO complique encore le cadre institutionnel dans lequel cette monnaie devait être négociée.
Ce qu’il faut retenir
Un demi-siècle après le traité de Lagos, la CEDEAO ressemble à un chantier à la fois avancé et fragile, et les deux mots comptent autant l’un que l’autre. Avancé, parce que peu de régions africaines disposent d’un tarif extérieur commun aussi ancien ou d’une liberté de circulation aussi établie. Fragile, parce que la perte de trois membres en un an et un commerce interne qui stagne sous les 15 % rappellent, une fois de plus, que les textes juridiques ne suffisent pas à créer une intégration économique réelle. L’arrivée de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, doublée pour la première fois de la présidence sénégalaise de la Commission, ouvre une fenêtre pour relancer le projet. On aimerait y croire sans réserve. Mais l’histoire récente de l’organisation invite plutôt à la prudence : les ambitions affichées lors des sommets se heurtent, depuis des décennies, à la réalité des postes de douane, des monnaies multiples, et des routes qui ne relient toujours pas correctement les capitales de la région entre elles.
Suggestions de maillage interne
- Article à créer sur la présidence sénégalaise de la CEDEAO : ancre suggérée « les priorités de Bassirou Diomaye Faye à la tête de la CEDEAO ».
- Article existant ou à créer sur la BIDC (lien vers le guide des marchés boursiers africains 2025-2026) : ancre suggérée « le rôle de la BIDC dans le financement régional ».
- Article à créer sur la ZLECAf et ses effets pour l’Afrique de l’Ouest : ancre suggérée « ce que change la ZLECAf pour le commerce ouest-africain ».
- Article à créer sur l’Alliance des États du Sahel : ancre suggérée « comment fonctionne l’Alliance des États du Sahel ».
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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