Cote d’Ivoire : Grèves des enseignants: Loin de la sortie de Crise

Grèves des enseignants: Des incidents signalés à Bouaké
Par NELSON ZIMIN
Publié le 25 février 2019 à 21:36 | mis à jour le 25 février 2019 à 21:36

Les grèves dans le secteur public sont restées invariables en Côte d’Ivoire depuis deux ans, alors qu’une trêve avait été consentie par la signature d’un protocole d’accord entre le ministère de la fonction et des syndicats de la fonction publique en août 2017. Mais depuis, les motifs de revendication et de grèves se succèdent dans le pays. C’est le cas de la grève des enseignants dans le pays qui dure six semaines aujourd’hui et ne cesse de s’enliser.

Un fond de grèves sur un déblocage appliqué partiellement ?

L’amélioration des conditions sociales semble en gros motiver à la grève, dans le secteur ivoirien de l’éducation nationale. On se poserait bien la question de savoir pourquoi après l’application des mesures de déblocages prises par le ministère de la Fonction publique, les enseignants parlent-ils « d’amélioration des conditions de vie » ?

Dans un communiqué publié le 27 septembre 2018 sur le site du ministère de la Fonction publique, l’on peut lire la déclaration d’un enseignant de physique Chimie, monsieur Claude Yapi en ces termes : « après plus de deux décennies, mon salaire a connu une augmentation substantielle en un rien de temps, du fait du déblocage des avancements par le gouvernement. La corporation des enseignants est heureuse de voir ces mesures s’appliquer pour le bonheur de leurs familles respectives ».

Le déblocage de salaire a conduit à une relative augmentation des revenus des fonctionnaires. En exemple, les agents techniques de santé passent désormais de 222 000 FCFA à 375 000 FCFA, soit un taux d’augmentation de 69%. Avec un taux d’augmentation de 72%, le salaire des cadres de santé passe de 450 000 FCFA à 775 000 FCFA. En ce qui concerne les enseignants du primaire, leur salaire augmente de 48%, passant de 264 000 FCFA à 390 000 FCFA.

Les enseignants du supérieur ont désormais un supplément de 22% sur leur salaire, passant de 419 000 FCFA à 511 000 FCFA. « Je suis concernée par la bonification indiciaire de 150 points et suis heureuse des mesures prises par le Président de la République, en vue de l’augmentation des salaires des fonctionnaires », dit avec joie Solange Dago, secrétaire de direction au service informatique de la Fonction Publique. Alors si tout semble bien revalorisé, que revendiquent les enseignants au point de mettre en péril un système éducatif déjà en deçà des normes ?

Grèves politisées, traitements à double vitesse et violents bras de fer

« Dans leur volonté de perturber les cours et les examens, un groupe d'individus conduit par le secrétaire général de la Coordination nationale des enseignants-chercheurs (CNEC), a fait irruption dans les amphis », a écrit la présidence de l'université dans un communiqué. Ces incidents marquant le début des grèves, après l'exclusion de l'université de quatre enseignants, dont le responsable du premier syndicat chez les professeurs du supérieur, Johnson Zamina Kouassi, secrétaire général et porte-parole du CNEC, incarcéré à ce jour à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA).

Ces quatre enseignants ont été "révoqués" par le conseil de discipline de l'université pour des "violences" perpétrées à la présidence de l'université. Cette situation qualifiée de « jamais vue dans l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire » a conduit les enseignants à décréter une grève générale qui pourrait durer une année si les mesures et sanctions prises à l’encontre de leurs collègues n’étaient pas purement et simplement annulées. Alors que les enseignants revendiquaient le paiement des stocks d’arriérés de primes et heures supplémentaires. Comme les enseignants du secondaire, qui réclament quant à eux, une amélioration de leurs conditions de vie.

Selon une source jointe au téléphone ce matin à Bouaké ville du Centre du pays, où des incidents majeurs ont eu lieu en marge d’un rassemblement des enseignants de la ville, l’État de Côte d’Ivoire aurait augmenté les baux de certains agents au détriment des enseignants. « Il s’agit de la revalorisation des indemnités de logement. Les professeurs de collège sont à 40000 FCFA, 61 euros, professeurs de Lycée 50 000 FCFA soit 76 euros et les professeurs d’université 70 000 FCFA, soit 107 euros. Alors que les gardes pénitentiaires avec un niveau CEPE ont 90 000 FCFA, soit 137 euros ». Et de préciser que « les baux des sous-officiers des forces de défense et de sécurité qui allaient de 50000 à 70000 FCFA, ont été volontairement uniformisés par le président de la République à 90 000 FCFA, puis annoncé en fanfare. Du coup les propriétaires des maisons répercutent sur tous les fonctionnaires ce montant ». Le bilan des incidents à Bouaké, pour donner suite à une attaque de personnes encagoulées, serait de 11 motos incendiées et 3 emportées, une triple fracture sur un enseignant qui aurait été percuté par un véhicule, plusieurs blessés, alors que les enseignants s’apprêtent à rencontrer le préfet de la région demain 26 février 2019.

Et qui paiera le prix fort de ces grèves ?

Selon le rapport sur le développement humain 2015 établi par le PNUD, la capacité à acquérir des connaissances, mesurée par la durée moyenne de scolarisation et la durée attendue de scolarisation est la seconde variable qui permet le calcul de l’indice de développement humain (IDH). L’indice de développement humain (IDH) de la Côte d’Ivoire qui était de 0,377 en 1980 est passé à 0,462 en 2014 (0,452 en 2013). Malgré cette progression, le pays est classé 172e sur 182. Il fait partie des pays à faible développement humain et se situe en dessous de la moyenne des pays de l’Afrique subsaharienne (0,686).


Dans ce contexte de grèves incessantes la jeunesse ivoirienne accusera certainement un retard considérable, déjà que le niveau de formation était laconique dans le pays. Selon le rapport du PNUD, les chiffres du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique (MENET) indiquent un taux net de scolarisation de 77% en 2013. Ce taux signifie que 23% des 6-11 ans ne sont pas scolarisés. L’accès à l’enseignement primaire reste donc un défi majeur surtout en milieu rural et plus particulièrement pour les filles. Mais avec le recul de la qualité de notre système éducatif, la Côte d’Ivoire était classée 44e dans l’espace francophone en 2O15, le niveau des élèves va encore décroître.

NELSON ZIMIN.



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