Cameroun : Kamto "doit cesser de se considérer" comme un alter ego de Biya

Maurice Kamto et Paul Biya
Par Jean-Marc Bouazo
Publié le 20 mars 2019 à 13:50 | mis à jour le 20 mars 2019 à 13:50

Le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, opposition), Maurice Kamto, qui continue de revendiquer sa victoire à l’issue de la présidentielle de 2018, doit cesser de se considérer comme un alter ego du président Paul, a indiqué mardi, le porte-parole du gouvernement, dans un entretien à Radio France international (RFI).

Biya n'est pas l'égal de Kamto selon le porte-parole du gouvernement

"Le président Biya ne peut pas être considéré comme étant à mettre sur un même pied d’égalité que monsieur Kamto. M. Kamto est un citoyen comme tout le monde. Je crois qu’il doit aujourd’hui cesser de se considérer comme un alter ego.", a déclaré M. Sadi.

Samedi Me Eric Dupond-Moretti, l’avocat français du leader du MRC, inculpé de "rébellion, insurrection, hostilité contre la patrie…", par le tribunal militaire de Yaoundé, avait annoncé que son client était "prêt à discuter avec le président Biya."

"Lorsque ce message sera entendu, il est parfaitement possible qu’une rencontre soit organisée", a ajouté Me Dupond-Moretti, précisant que Maurice Kamto "souhaite discuter avec (M. Biya) les yeux dans les yeux et régler un certain nombre de choses."

Principal opposant au président Paul Biya (réélu avec 71,28 %), à l’issue de la présidentielle d’octobre 2018, où il est arrivé officiellement deuxième avec 14,23 %, Maurice Kamto continue de revendiquer la victoire et dénonce "un hold-up électoral".

Le 28 janvier, il a été interpellé, en même temps que ses soutiens et une centaine de partisans.

Détenus à la prison de Yaoundé, ils ont été inculpés de "rébellion, insurrection, hostilité contre la patrie…" par le tribunal militaire, après la tenue le 26 janvier d'une série de manifestations non autorisées par les autorités dans plusieurs villes du pays.

Début mars, l’Union européenne a dénoncé l’arrestation et la détention de plusieurs dirigeants du MRC, dont M. Kamto, estimant que "l’ouverture de procédures disproportionnées à leur encontre devant la justice militaire, accroîtraient "le malaise politique au Cameroun."

Quant au sous-secrétaire d’Etat américain pour les affaires africaines, Tibor Nagy, il a appelé à la libération du président du MRC ainsi que l’élargissement de ses partisans.

Le gouvernement camerounais a "regretté" les propos du diplomate américain qui "dénotent une méconnaissance des enjeux, des réalités et des faits" tout en dénonçant une "velléité d’immixtion à peine voilée et inadmissible, dans les affaires intérieures du Cameroun. Concernant la déclaration de l’UE, Yaoundé a soutenu que ces "affirmations" résistaient "peu à l’analyse, à la réalité et à la véracité des faits."

Dans une déclaration, Maurice Kamto, ses alliés et partisans, détenus depuis fin janvier, déclarent être "des prisonniers politiques, réfutant "les allégations du ministre de la Communication", René Emmanuel Sadi, qui avait affirmé qu'ils étaient détenus pour des "faits de droit commun".

Ils accusent le gouvernement de leur imputer "un certain nombre d'actes dans le dessein évident d'embastiller les alliés pour le changement, paralyser leurs activités politiques, terroriser les populations et anéantir les balbutiements de la démocratie afin d'instaurer le totalitarisme" au Cameroun.