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Dr. Gaulithy : le vrai défi pour l’Afrique est de rendre finançables les projets

Patrice Dama
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Marc-Arthur Gaulithy est un banquier d’affaire et stratège financier ivoirien, spécialiste des financements structurés, et fin connaisseur des enjeux industriels et de développement économique du continent africain.
Photo : DR

Le financement du développement africain est souvent présenté comme une question de pénurie de capitaux. Dr.Marc-Arthur Gaulithy explique en quoi l’expérience marocaine d’InnovInvest montre tout le contraire. Pour le banquier d’affaires et stratège financier ivoirien, spécialiste des financements structurés et fin connaisseur des enjeux industriels et du développement économique du continent africain, le problème réside davantage dans notre capacité à structurer les risques, à rendre les projets bancables et à construire des marchés capables d’attirer durablement l’investissement privé.

Pour Marc-Arthur, pendant des décennies, le débat sur le financement des économies africaines s’est organisé autour d’un même constat : insuffisance des capitaux, accès limité au crédit, faiblesse des financements de long terme et prudence des investisseurs internationaux. Cette réalité demeure. Mais elle ne suffit plus à expliquer les difficultés de financement du continent.

Pour lui, « une question mérite désormais d’être posée : et si une partie du déficit de financement africain résultait moins d’un manque absolu de capitaux que d’une insuffisance d’ingénierie financière permettant de les mobiliser ?« 

Dr.Marc-Arthur Gaulithy et l’exemple du Maroc :

L’expérience marocaine d’InnovInvest, récemment mise en lumière par la Banque mondiale, apporte un éclairage particulièrement instructif.

Lancé en 2016 avec un financement de 50 millions de dollars de la Banque mondiale, le dispositif a permis, selon le bilan publié le 12 octobre 2026, de mobiliser plus de 70 millions de dollars de capitaux privés, de faire émerger quatre fonds de capital-risque, d’accompagner près de 1 000 entrepreneurs et de contribuer à la création de plus de 4 000 emplois directs.

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Mais l’enseignement essentiel ne réside pas dans ces montants. Il tient à la philosophie de l’intervention publique.

À travers des mécanismes de co-investissement et de partage asymétrique des rendements, le Maroc a cherché à rendre certains investissements plus attractifs pour les acteurs privés. Une nouvelle génération du dispositif introduit également un mécanisme de first-loss, permettant à une tranche de capital d’absorber prioritairement certaines pertes éventuelles.

Autrement dit, l’État ne cherche pas uniquement à apporter de l’argent. Il contribue à modifier la répartition du risque.

Le risque ne disparaît pas. Il devient autrement supportable et, potentiellement, finançable. Le véritable enjeu est celui de la bancabilité

Cette distinction dépasse largement le financement des startups. En Afrique, de nombreux projets économiquement prometteurs demeurent difficilement finançables.

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Une unité agro-industrielle peut disposer d’un marché potentiel considérable, mais présenter des contrats d’approvisionnement insuffisamment sécurisés. Une centrale électrique peut afficher une rentabilité attractive tout en restant exposée au risque de paiement de son acheteur. Un projet minier peut posséder des ressources intéressantes sans offrir les garanties juridiques, logistiques ou commerciales exigées par les prêteurs.

Dans ces situations, ajouter de la dette ne résout pas nécessairement le problème. Il faut d’abord identifier, mesurer et répartir les risques.

Garanties de crédit, assurances spécialisées, contrats d’achat fermes, fonds propres concessionnels, mécanismes de partage des pertes ou sécurisation des flux financiers constituent autant d’instruments susceptibles d’améliorer la bancabilité.

La question stratégique ne devrait donc plus être uniquement : « Où trouver l’argent ? » Elle devrait commencer par : « Quel risque empêche l’argent d’entrer ? »Ce déplacement est fondamental.

Il signifie que le financement du développement doit progressivement devenir, au-delà d’une industrie de mobilisation du capital, une véritable industrie de structuration et d’allocation du risque.

De la recherche de financement à la construction de marchés

Cette évolution implique également une transformation du rôle des États, des banques de développement et des intermédiaires financiers africains.

L’intervention publique peut être plus efficace lorsqu’elle catalyse des capitaux privés plutôt que lorsqu’elle cherche systématiquement à se substituer à eux.

Mais cette approche exige une discipline rigoureuse : toute garantie publique représente un engagement potentiel et tout capital concessionnel possède un coût d’opportunité.

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La performance doit donc se mesurer à l’additionnalité réelle des financements mobilisés, à la qualité des investissements réalisés et à leur impact économique.

Elle suppose également de dépasser la fragmentation actuelle des projets, en développant des plateformes d’investissement capables de mutualiser certains risques, d’harmoniser les exigences de gouvernance et d’atteindre les tailles critiques recherchées par les investisseurs institutionnels.

Surtout, aucune sophistication financière ne saurait durablement remplacer la sécurité juridique, la qualité des institutions et la crédibilité des engagements contractuels.

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L’expérience marocaine n’offre pas une recette universelle. Elle révèle néanmoins une orientation stratégique essentielle.

L’Afrique doit progressivement passer d’une logique de recherche de financements à une logique de construction d’actifs investissables.

Cela suppose moins de simples intermédiaires en capitaux et davantage d’architectes financiers capables de préparer, structurer, sécuriser et rendre les projets compatibles avec les exigences des investisseurs.

Car, au fond, la prochaine étape de la transformation économique africaine ne dépendra pas uniquement du volume des capitaux disponibles. Elle dépendra aussi de notre capacité collective à créer les conditions de leur mobilisation.

La véritable question n’est donc plus seulement de savoir combien de milliards l’Afrique peut lever, mais combien de milliards elle est capable de rendre investissables.

Marc-Arthur Gaulithy dirige MAN Management Corp, une compagnie de conseil en finance et stratégie basée aux Seychelles. Elle opère sur le continent où elle a des bureaux, y compris à Abidjan.

Rédigé par

Patrice Dama

Je suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.

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