Côte d’Ivoire-Sénégal : Abidjan attire 6 fois plus d’Investisseurs
En 2025, la Côte d’Ivoire a attiré environ 2,03 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE). Le Sénégal, 337 millions. Six fois moins, alors que Dakar en captait encore 3,3 milliards un an plus tôt. Les chiffres du World Investment Report 2026 de la CNUCED, publié en juillet, confirment un écart que la dette, les notes souveraines et les ports racontaient déjà.
Pour un investisseur qui hésite entre Abidjan et Dakar, la comparaison entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal tient aujourd’hui en quelques indicateurs. Presque tous penchent du même côté, à une exception près : le pétrole.
IDE : le Sénégal perd près de 90 % en un an
Les flux entrants étaient de 4,79 milliards de dollars en 2023, de 3,32 milliards en 2024, puis de 337 millions en 2025. L’explication principale est mécanique : les chantiers du champ pétrolier de Sangomar et du projet gazier Grande Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie, sont achevés. La phase de construction, la plus gourmande en capitaux étrangers, est derrière. Les données de la CNUCED ne permettent pas, à elles seules, d’imputer ce recul à la crise de la dette. Le calendrier, lui, coïncide.
La Côte d’Ivoire se classe au 9e rang africain, seul pays de la zone franc dans le top 10, sur un continent où les IDE ont reculé de 26 % en 2025, à 70 milliards de dollars. Le ministère ivoirien des Finances les estimait à 3,8 % du PIB en 2024, portés par les mines et les hydrocarbures.
Source : CNUCED, World Investment Report 2026. Côte d’Ivoire : donnée 2025.
Dette publique : 57 % du PIB à Abidjan, 132 % à Dakar
La dette publique ivoirienne représentait 57,1 % du PIB en 2025, selon la présentation aux investisseurs de juillet 2026 du gouvernement ivoirien. Le déficit budgétaire est revenu à 3 % du PIB, le plafond de l’UEMOA, après 6,7 % en 2022. Il doit remonter à 3,8 % en 2026, en raison de mesures de soutien présentées comme temporaires. En juin 2026, l’analyse conjointe du FMI et de la Banque mondiale a abaissé le risque de surendettement du pays de « modéré » à « faible ».
Au Sénégal, la découverte d’engagements non déclarés sous l’ancien gouvernement a fait grimper la dette à environ 132 % du PIB fin 2024, d’après les estimations révisées du FMI. Le programme de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023 a été suspendu. Un nouvel accord, d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, a été trouvé le 1er septembre 2026 au niveau des services. Selon le communiqué du FMI, il reste soumis à l’approbation de son conseil d’administration, et les autorités entendent solliciter un traitement de la dette pour rétablir sa viabilité. Les créanciers du Sénégal se retrouvent en novembre.
Sources : ministère ivoirien des Finances ; estimations révisées du FMI pour le Sénégal.
Notation : huit crans d’écart chez S&P
Abidjan est noté BB par S&P et Fitch, Ba2 par Moody’s, avec des perspectives stables. L’agence japonaise JCR lui attribue BB+, perspective positive, soit un cran sous la catégorie « investment grade » que vise le gouvernement.
S&P a abaissé sa dette en devises à CC le 4 septembre 2026, considérant le traitement de la dette envisagé comme une restructuration. Le 29 octobre, Moody’s a ramené la note en devises de Caa2 à Ca, un niveau associé à des pertes de 35 à 65 % pour les créanciers privés. Entre BB et CC, l’échelle de S&P compte huit crans.
| Agence | Côte d’Ivoire | Sénégal |
|---|---|---|
| S&P | BB (stable) | CC en devises (négative) |
| Moody’s | Ba2 (stable) | Ca en devises (stable) |
La différence se mesure en coût de l’argent. En février 2026, la Côte d’Ivoire a levé 1,3 milliard de dollars sur 15 ans à 6,75 %, avec un carnet d’ordres monté jusqu’à 6,3 milliards. Avec une note Ca, le Sénégal n’a pas accès à ce marché dans des conditions comparables, alors que S&P chiffre ses besoins de refinancement à 25 à 29 % du PIB par an sur trois ans. À Dakar, le budget lui-même bloque : la commission des finances a rejeté deux fois le projet de loi de finances rectificative 2026.
Pétrole et gaz contre cacao : deux croissances de nature différente
Sur la croissance brute, les deux pays se tiennent. Le FMI estime celle du Sénégal à 6,7 % en 2025 (6,5 % selon les données provisoires de l’ANSD), contre 6,5 % pour la Côte d’Ivoire, au-dessus de 6 % chaque année depuis 2022.
Sources : FMI ; gouvernement ivoirien pour la Côte d’Ivoire en 2025.
Le chiffre sénégalais repose presque entièrement sur les hydrocarbures. Le pays a produit 36,1 millions de barils en 2025, sa première année pleine d’exploitation à Sangomar. Hors pétrole et gaz, l’économie n’a progressé que de 2,2 % selon le FMI. Le secteur tertiaire est passé de 6,1 % à 2,8 % de croissance selon l’ANSD.
Le FMI anticipe un net coup de frein. Dans ses perspectives régionales d’avril 2026, il projetait 2,2 % de croissance pour le Sénégal cette année, contre 6,2 % pour la Côte d’Ivoire, ramenés à 6 % en octobre.
La Côte d’Ivoire part d’une base plus large. Premier producteur mondial de cacao, avec environ 2 millions de tonnes par an et près de 40 % de l’offre mondiale, elle reste exposée aux cours. Le 1er septembre 2026, le prix bord champ de la campagne 2026-2027 a été fixé à 1 200 FCFA le kilo, au niveau de la campagne intermédiaire précédente, le gouvernement invoquant la forte volatilité du marché. Un point faible que nos lecteurs connaissent : le leader mondial paie mal ses planteurs.
Le pétrole arrive aussi à Abidjan. Eni et Petroci estiment à 1,4 milliard de barils les réserves de la découverte Calao Sud annoncée en février 2026, et la phase 3 du champ Baleine est attendue en 2029. Là où le Sénégal compte sur les hydrocarbures pour sortir de sa crise budgétaire, la Côte d’Ivoire les ajoute à une économie qui tournait déjà.
Port d’Abidjan contre port de Dakar
Le Port autonome d’Abidjan a traité 46,6 millions de tonnes en 2025, en hausse de 16 %. Dakar progresse aussi : 29 millions de tonnes contre 24,6 millions en 2024, et 908 000 conteneurs. Les deux ports se disputent les corridors vers le Mali et le Sahel, mais Abidjan garde une avance de plus de 17 millions de tonnes.
Sources : Port autonome d’Abidjan ; Port autonome de Dakar.
Côte d’Ivoire ou Sénégal : ce que les investisseurs surveillent
Pour le Sénégal, le calendrier est connu : approbation du programme par le conseil du FMI, issue des discussions avec les créanciers et vote du budget rectificatif. Ses atouts, des réserves de pétrole et de gaz et un port en croissance, ne disparaissent pas avec la crise de la dette. Ils ne suffisent pas, pour l’instant, à faire revenir les capitaux.
Pour la Côte d’Ivoire, les points de vigilance sont ailleurs : un déficit qui remonte en 2026, la dépendance au cacao et un Plan national de développement 2026-2030 qui chiffre à 70,2 % la part du financement attendue du secteur privé.
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Rédigé par
Gary SOGNONGary SOGNON, journaliste et communicant, passionné par le traitement de l’information, je couvre aussi bien des sujets politiques que sportifs, une pluralité renforcée par plus de 15 années d’expérience en rédaction web et SEO. Retrouvez mes articles sur afrique-sur7.fr.
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