Biographies Côte d’Ivoire

Laurent Gbagbo : biographie complète de l’ancien président ivoirien

Patrice Dama
(mis à jour le 27/10/2026 à 13:24)
Partager :
Laurent Gbagbo ancien président de Côte d’Ivoire portrait officiel
Laurent Gbagbo ancien président de Côte d’Ivoire portrait officiel

Mise à jour du 27 octobre 2026 : à 81 ans, Laurent Gbagbo voit plusieurs dirigeants de son parti, le PPA-CI, poursuivis devant la justice ivoirienne, au point que l’hypothèse d’une dissolution circule. Nous avons ajouté à cette biographie un chapitre sur sa situation actuelle.

Cette biographie de Laurent Gbagbo, personnalité politique la plus connue de Côte d’Ivoire après Félix Houphouët-Boigny, vous en apprendra plus sur l’homme. Le professeur d’histoire, opposant de longue date au parti unique, puis président de la République de Côte d’Ivoire de 2000 à 2011, est inscrit par son parcours au cœur des bouleversements politiques traversés par le pays. Entre lutte démocratique, accession au pouvoir, crise postélectorale et procès devant la Cour pénale internationale, la trajectoire de Laurent Gbagbo est unique en Afrique de l’Ouest.

Cette biographie fait partie de notre rubrique Biographies Côte d’Ivoire, qui retrace aussi les parcours d’Alassane Ouattara et d’Henri Konan Bédié.

Laurent Gbagbo : la biographie qui retrace les débuts d’un opposant aux régimes ivoiriens

Laurent Gbagbo est né le 31 mai 1945 à Gagnoa, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Il est de famille modeste. Fils de policier, il s’oriente rapidement vers les études d’histoire. Étudiant à l’Université d’Abidjan, il a aussi fait de hautes études d’histoire en France, où il obtient un doctorat.

Lire aussi : Alassane Ouattara : biographie parcours et carrière politique du président ivoirien

Dans les années 1970 et 1980, alors que Félix Houphouët-Boigny règne en maître absolu sur la Côte d’Ivoire dans un système de parti unique, Laurent Gbagbo se fait connaître comme opposant politique. Il participe à la création du Front populaire ivoirien (FPI), un mouvement de gauche qui lutte pour le multipartisme et des réformes démocratiques.

Son engagement politique lui vaut plusieurs arrestations. Il connaît même la prison, puis l’exil en France dans les années 1980. Mais le vent du multipartisme souffle si fort sur l’Afrique qu’au début des années 1990, Houphouët-Boigny cède. La même année, Laurent Gbagbo se présente contre lui à l’élection présidentielle, mais est battu. Il vient de gagner une place unique, celle de l’opposant de Félix Houphouët-Boigny.

L’accession de Laurent Gbagbo au pouvoir en 2000

La mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993 rabat les cartes politiques en Côte d’Ivoire. Après plusieurs crises institutionnelles, un coup d’État militaire du général Robert Guéï, en 1999, évince l’ex-parti unique, le PDCI-RDA, du pouvoir. Henri Konan Bédié, ancien président de l’Assemblée nationale, successeur d’Houphouët, est en exil en France, d’où il se porte candidat. Comme un certain Alassane Ouattara, Bédié est recalé par la Cour suprême et Laurent Gbagbo se retrouve face au général Robert Guéï qu’il bat. Ce dernier refuse de reconnaître sa défaite, mais le peuple l’y contraint.

Lire aussi : Biographie de M. Amadou Gon COULIBALY, ex-Premier Ministre ivoirien

Laurent Gbagbo arrive au pouvoir dans un contexte particulièrement tendu, dans des conditions « calamiteuses », selon ses propres affirmations.

Son arrivée au pouvoir suscite de grands espoirs au sein du peuple et la politique de réformation qu’il implémente renforce sa crédibilité. Mais rapidement, le pays se retrouve confronté à de profondes tensions politiques et identitaires. En 2002, une tentative de coup d’État dégénère en rébellion armée et entraîne la partition du pays entre le nord et le sud.

Plutôt que le programme vendu aux Ivoiriens, coincé, il se retrouve avec ses opposants dans des gouvernements d’union forcés. Son autorité est mise à mal, mais il tente tant bien que mal de conduire les rebelles au désarmement pour ensuite organiser des élections qui, en cas de nouvelle victoire, lui permettraient d’appliquer son programme.

Durant près d’une décennie, la Côte d’Ivoire vit au rythme d’accords de paix fragiles, de négociations politiques et d’interventions internationales successives. Cette longue période aboutira à la pire crise du pays.

La crise postélectorale de 2010 et l’arrestation de Laurent Gbagbo

L’élection présidentielle de 2010 devait marquer la fin de la crise ivoirienne. Elle oppose Laurent Gbagbo au candidat du Rassemblement des républicains (RDR), Alassane Ouattara. En effet, la rébellion armée qui avait divisé le pays en deux exigeait une éligibilité de tous les candidats, dont Alassane Ouattara.

Les résultats du scrutin provoquent cependant une grave crise politique. La Commission électorale indépendante, dominée à l’époque par les partis d’opposition, annonce la victoire d’Alassane Ouattara. Plusieurs cas de fraude massives en faveur de l’opposition sont dénoncés par les observateurs. Le Conseil constitutionnel, après vérification, annule de nombreux résultats en lieu et place de l’organisation de nouveaux scrutins dans les localités où des fraudes sont reconnues. La plus haute institution juridique du pays reconnaît Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection, ce que refusent ses opposants Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié de la coalition du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en gestation.

Lire aussi : France : Nicolas Sarkozy a-t-il lâché Alassane Ouattara ?

Deux présidents revendiquent la tête de la Côte d’Ivoire. La situation dégénère complètement et un conflit armé s’amorce. Après plusieurs mois de violences, les forces pro-Ouattara, soutenues par l’ONU et l’armée française, prennent le contrôle de la ville d’Abidjan en avril 2011 et arrêtent Laurent Gbagbo.

Le 11 avril 2011 marquera une étape triste de la vie politique ivoirienne. Laurent Gbagbo est arrêté ce jour après plusieurs heures de bombardement de sa résidence. Quelques mois plus tard, il est transféré à La Haye, aux Pays-Bas, pour être jugé par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’accuse alors faussement de crimes contre l’humanité.

Procès à la CPI, acquittement et retour en Côte d’Ivoire

Le procès de Laurent Gbagbo devant la CPI débute en 2016 et sera le théâtre de grandes manifestations d’Ivoiriens et d’Africains contre cette cour. Pendant plusieurs années, les débats porteront sur sa responsabilité présumée dans les violences postélectorales.

En janvier 2019, la Cour pénale internationale prononce enfin son acquittement, estimant que les preuves présentées par l’accusation sont insuffisantes. Il n’a même pas plaidé avant que la cour ne décide de l’acquitter. Aucun témoin de la défense ne sera entendu et la décision est confirmée en appel en 2021.

Après près de dix ans d’absence de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo rentre finalement en juin 2021. Son retour à Abidjan suscite une forte mobilisation de ses partisans.

L’ancien président a tenté une nouvelle candidature en 2025 contre le président Alassane Ouattara, mais sera empêché par la Cour constitutionnelle pour une condamnation à 20 ans de prison dont il avait écopé de la juridiction ivoirienne lorsqu’il était encore à la CPI.

Entre-temps, il a créé un nouveau parti, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), suite à des divergences d’opinion avec son ancien lieutenant Pascal Affi N’Guessan, resté président du FPI, leur ancien parti.

Que devient Laurent Gbagbo en 2026 ?

Écarté de la présidentielle d’octobre 2025, remportée par Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo n’a pas quitté la tête du PPA-CI. Mais son parti traverse l’automne 2026 sous pression judiciaire. Lors d’une conférence de presse tenue à Abidjan à la mi-octobre, son président exécutif, Léon Emmanuel Monnet, a affirmé que plus de 1 600 personnes se trouvent dans les prisons ivoiriennes, pour la plupart en détention préventive, et que cinq détenus sont morts sans que les causes aient été établies. Le parti réclame la libération de ceux qu’il considère comme des prisonniers politiques et un « dialogue politique inclusif ».

Plusieurs proches de l’ancien président sont visés. Le vice-président Justin Koné Katinan a été inculpé à la mi-septembre, notamment pour « actes terroristes », puis écroué. Damana Pickass est détenu depuis novembre 2025 sous la même qualification. Sébastien Dano Djédjé, président du conseil stratégique et politique, a été inculpé d’une quinzaine de chefs, dont « assassinat » et « atteinte à la sûreté de l’État », avant d’être laissé libre sous contrôle judiciaire. Cinq autres cadres du PPA-CI ont été convoqués par le pôle antiterroriste. Tous restent présumés innocents.

Le gouvernement conteste toute lecture politique. Son porte-parole, Amadou Coulibaly, a rappelé les incidents de 2025 : une tentative présumée de faire exploser une plateforme pétrolière et gazière, le meurtre d’un gendarme et l’incendie d’une trentaine d’autobus à Abidjan. Les personnes arrêtées, selon lui, n’ont pas forcément agi seules.

Depuis l’exil, Guillaume Soro, l’ancien adversaire devenu allié de circonstance, s’est demandé le 24 octobre si le pouvoir ne préparait pas une dissolution du parti de Gbagbo. Sur le terrain des idées, le PPA-CI défend depuis juin 2026 un « Pacte social » en sept piliers, auquel les Jeunes cadres du RHDP ont répondu le 21 octobre par un livre blanc intitulé « Pacte social ou pacte des illusions ? ».

Lire aussi : Dissolution du PPA-CI : le camp Soro soupçonne Ouattara

Lire aussi : Biographie Pascal Affi N’Guessan : 2011, du pouvoir à Bouna

Controverses :

Laurent Gbagbo est accusé d’avoir repris à son compte le concept de l’Ivoirité créé par Henri Konan-Bédié. Il serait xénophobe, selon ses détracteurs.

Le père du multipartisme en Côte d’Ivoire est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité lors des troubles de 2011. Son acquittement par la CPI efface cette accusation que continuent de soutenir certains de ses détracteurs.

Laurent Gbagbo a déçu des milliers de partisans à son retour en Côte d’Ivoire. Alors que son ex-épouse Simone Ehivet Gbagbo était venue l’accueillir à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny (FHB), il a refusé son geste de solidarité en lui demandant publiquement de rentrer chez elle… Peu après son retour en Côte d’Ivoire, il a demandé le divorce avec son épouse qui était aussi sa camarade de lutte pour le multipartisme.

Lire aussi : Côte d’Ivoire : Le couple Simone et Laurent GBAGBO divorce pour « adultère »

L’ancien opposant de FHB est accusé d’avoir braqué la BCEAO et a été condamné à 20 ans de prison. En réalité, l’institution sous-régionale refusait de fonctionner correctement lors de la crise de 2011. Encore président, il avait pris un décret pour forcer son fonctionnement afin de payer les salaires des fonctionnaires, y compris les rentes viagères des anciens présidents Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié qui avaient appelé à cette suspension des activités de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.

Questions fréquentes

Qui est laurent gbagbo ?

Entre lutte démocratique, accession au pouvoir, crise postélectorale et procès devant la Cour pénale internationale, la trajectoire de Laurent Gbagbo est unique en Afrique de l’Ouest.

Rédigé par

Patrice Dama

Je suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.

Voir ses 1081 articles

Articles similaires