Côte d’Ivoire : Assemblée nationale, Soumahoro élu aux forceps

Amadou Soumahoro remplace Soro Guillaume à la tête de l'Assemblée nationale sur fond de crise

Au lendemain de la fin de ses fonctions au sein du gouvernement voulu par le président Alassane Ouattara, Amadou Soumahoro se retrouve à la tête de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Tous les observateurs de la vie politique ivoirienne l’avaient compris. Si l’affaire était prévisible, la manière n’y a pas été du tout pour ce qui apparaît comme une nomination à la tête de l' Assemblée nationale. Contre l’indignation, et le Boycott par l’opposition du scrutin, le successeur de Guillaume Soro prendra fonction dans les prochains jours à la tête d’une assemblée nationale divisée. Retour sur une élection réalisée sur fond de crise.

l’ Assemblée nationale élit pour la première fois un président sur fond de crise

Des négociations houleuses ont émaillé le processus de choix d’ Amadou Soumahoro en tant que candidat à la succession de Guillaume Soro à l’ Assemblée nationale. En effet, son profil ne faisait, initialement, pas l’unanimité dans les rangs de la majorité présidentielle. « Ça n’a pas été facile », reconnaît un proche du Président Alassane Ouattara. Le chef de l’ État avait rencontré une poignée de députés vendredi 1er mars avant de s’entretenir avec l’ensemble des parlementaires du RHDP, le 4 mars. Rapporte le confrère Jeune Afrique. Mais entre-temps, le bureau de l’ Assemblée nationale avait procédé au changement des règles du scrutin, selon les groupes parlementaires issus de l’opposition. Le RACI, proche de Guillaume Soro, Vox populi de Yasmina Ouégnin et le PDCI RDA de Henri Konan Bédié avaient menacé de boycotter le scrutin, dénonçant l’utilisation de bulletins multiples, dont l’emploi avait été décidé par le président par intérim « unilatéralement ». Menace qui a été mise en œuvre ce jour, au moment du vote du président de l’ Assemblée nationale. « Nous n’avons pas pris part à ce vote parce que nous dénonçons l’illégalité et l’illégitimité de ce scrutin pour mettre à la tête des parlementaires un président en violation de la loi, du règlement intérieur de l’institution et de l’éthique démocratique. Le secret du vote n’a pas été respecté », a réagi devant la presse Pascal Affi N’Guessan. Mais cela n’a pas empêché le vote de se dérouler conformément au quorum requis, selon le règlement de l’Assemblée nationale.

Assemblée nationale, la légitimité du nouveau président entachée?

Le candidat du RHDP, Amadou Soumahoro a recueilli 153 bulletins favorables, tandis que Jérémie N’Gouan, du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’ Henri Konan Bédié, en a obtenu 3 bulletins, dont deux étaient nuls. Selon notre confrère, cette victoire écrasante du nouveau président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a néanmoins été entachée d’une grosse polémique ayant entraîné le boycott d’un nombre important de députés issus de l’opposition. Jérémy N’Gouan, candidat du PDCI RDA n’a d’ailleurs pas participé au vote, tout comme Guillaume Soro, qui le soutenait, ou Pascal Affi N’Guessan. 178 députés étaient présents, sur les 252 que compte l’Assemblée – atteignant ainsi le quorum requis de 127 parlementaires, mais seulement 158 ont pris part au vote. Au total, 94 n’ont pas participé à l’élection, dont trois députés excusés.

Du côté du pouvoir, on considère que l’élection s’est déroulée conformément aux textes et qu’Amadou Soumahoro jouit de la légitimité que confèrent les textes de l’Assemblée nationale. « La démocratie a été respectée malgré le boycott de l’opposition. La polémique sur le mode de scrutin n’a pas lieu d’être. L’Assemblée nationale a toujours voté à plusieurs bulletins. Ce fut d’ailleurs le cas lors de l’élection de Guillaume Soro en janvier 2017 ». A répondu la députée du RHDP Belmonde Myss Logboh Dogo. Le décor est ainsi planté pour 2020. L’élection du président de l’Assemblée nationale nous donne l’état de la situation politique du pays. Le président Ouattara qui fera tout pour garantir ses intérêts politiques et économiques ne fera plus aucune concession à une opposition qui se radicalise un peu plus chaque jour.

Nelson Zimin