RHDP: A 78 ans, Ouattara a plus besoin de repos que d'un 3è mandat

RHDP: A 78 ans, Ouattara a plus besoin de repos que d'un 3è mandat
Par David Yala
Publié le 25 juillet 2020 à 10:00 | mis à jour le 25 juillet 2020 à 10:00

Elu pour un premier mandat en 2010, Alassane Ouattara a été réélu en 2015 à la tête de la Côte d’Ivoire; auréolé qu’il était des soutiens d'Henri Konan Bédié, du PDCI, de Guillaume Soro, Mabri Toikeusse et d'autres alliés.

Ouattara au RHDP en mars 2020: « Ayez pitié de moi. Laissez-moi partir… »

En fin de son second mandat présidentiel, Alassane Ouattara veut partir se reposer tranquilement avec sa petite famille. A 78 ans révolus, l’époux de Dominique ne veut pas rempiler pour un troisième mandat. Depuis deux ans, il a pris la décision de se retirer fin octobre 2020 et de passer la main à une nouvelle génération. Cette volonté, il l’avait réaffirmée début mars devant les parlementaires du Sénat et de l'Assemblée nationale, réunis en Congrès extraordinaire à Yamoussoukro. «Je vous annonce solennellement que j'ai décidé de ne pas être candidat à la présidentielle du 31 octobre 2020 et de transférer le pouvoir à une jeune génération», avait-il déclaré, prenant de court tous ses partisans.

Sans perdre de temps, le 12 mars, le chef de l’Etat a convoqué un Conseil politique du RHDP au cours duquel le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a été désigné candidat du parti présidentiel à l’élection d’octobre 2020. Malheureusement, Amadou Gon ne pourra pas faire réaliser le rêve du président sortant. Le 08 juillet dernier, le petit-fils de Péléféro Gon Coulibaly est décédé suite à une attaque cardiaque à l’âge de 61 ans. Le décès brusque du candidat désigné du RHDP a jeté l’émoi au sein du parti; et ce, d’autant plus qu’aucun plan B n’avait été envisagé en dehors d’Amadou Gon Coulibaly.

La présidentielle approche à grands pas. Et à moins de 4 mois, trouver un autre candidat à même de représenter dignement le RHDP au scrutin, apparait une gageure. Dès lors, l’idée d’une troisième candidature du Président Ouattara refait surface. «L’équation, pour nous, à la vérité, ce n’est pas qu’elle soit difficile à résoudre. D’autant plus que dans l’esprit de nos militants, dès que le drame est arrivé, tout de suite, la majorité des militants s’est retournée vers le président Alassane Ouattara. Il est la solution, aujourd’hui. Il est notre solution », a réagi Adama Bictogo, interrogé par RFI.

Autrement dit, actuellement au RHDP, il n’y a pas d’autres cadres capables de porter les couleurs du parti présidentiel en dehors du chef de l’Etat sortant. Cela est d’autant plus vrai que Bictogo a même écarté l’idée de faire remplacer le défunt Amadou Gon Coulibaly par Hamed Bakayoko ou encore autre Patrick Achi. «J’ai du respect pour eux, mais pour l’heure, ils n’apparaissent pas pour cet enjeu du 31 octobre 2020, comme étant le choix de la majorité de la base militante RHDP », a-t-il lancé.

Et pourtant, lors du Conseil politique du 12 mars dernier à Abidjan, Alassane Ouattara avait lui-même déclaré vouloir transmettre, pour la première fois dans l'histoire de la Côte d’Ivoire, le pouvoir de façon pacifique au prochain Président élu. A 78 ans révolus, l'époux de Dominique Ouattara estimait qu'il n'a plus la même énergie qu'avant pour diriger la Côte d’Ivoire. "Je ne veux pas être président de la République à 80 ans. Ayez pitié de moi. Laissez-moi partir m'occuper un peu de moi-même et de ma famille", avait-il supplié les cadres du RHDP.

D’où vient alors qu’après toutes ces belles paroles, l’on veuille forcer la main au président de la République? A 78 ans, le chef de l’Etat ne mérite-t-il pas de se reposer comme il le souhaite intérieurement? Pourquoi inciter Alassane Ouattara à briguer un troisième mandat là où en France et même au Niger sous régional, on assiste à un rajeunissement ou un renouvellement de la classe politique dirigeante?

L'exemple d'Henri Konan Bédié (86 ans) désigné candidat du PDCI, n'est pas à encourager ni à promouvoir. Il en est de même pour tous ceux qui en appelent à une candidature de Laurent Gbagbo (75 ans) affaibli par des années de détention passées à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.


Le manque de confiance du RHDP en ses cadres comme Hamed Bakayoko, Patrick Achi, Mariétou Koné voire Kandia Camara elle-même qui s'inquiète de son avenir dans une pitoyable vidéo, peut être préjudiciable non seulement pour la santé de l’interressé (Ouattara) qui reconnaît l’ampleur de la tâche présidentielle, mais aussi pour la Côte d’Ivoire, pas à l'abri d'éventuels troubles. La fameuse guerre des héritiers que dit craindre l'homme d'affaires et politicien Adama Bictogo, ne sera que juste renvoyée à une date ultérieure. Mais pas reglée. Et c’est là que se trouve toute l’incohérence de la démarche des promoteurs du 3è mandat.

Le départ de Guillaume Soro du RHDP, la douce révolte d'Albert Mabri Toikeusse ainsi que celle de Marcel Amon-Tanoh; tous candidats à l'élection présidentielle d'octobre, devraient pouvoir interpeller les consciences de ceux qui ne sont pas encore atteints par l'ivresse du pouvoir.