Renseignement contre LFI : le maire Bally Bagayoko riposte
Visé depuis fin septembre par un signalement du préfet de police, Bally Bagayoko se saisit des révélations de Mediapart sur le renseignement territorial pour retourner l’accusation. Le maire LFI de Saint-Denis, d’origine malienne, parle d’une « affaire d’État » et réclame des comptes au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Son texte, publié sur les réseaux sociaux, laisse pourtant dans l’ombre l’épisode qui lui vaut d’être poursuivi.
Ce que Mediapart attribue au renseignement territorial
Tout part d’une enquête mise en ligne par Mediapart le lundi 19 octobre au soir. Le site d’investigation y publie des échanges écrits datés du 18 octobre, au lendemain de la journée de mobilisation contre la vie chère qui a tourné à l’émeute dans plusieurs villes de France. Un commissaire du renseignement territorial y écrit : « On nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement ». Il juge cette version « objectivement fausse ».
Le contexte pèse lourd. Le 17 octobre, l’hôtel de ville de Limoges a été en grande partie détruit par un incendie, celui de Marseille envahi. Le bilan provisoire communiqué le lendemain faisait état de 1 800 interpellations et de 500 policiers et gendarmes blessés. Laurent Nuñez avait alors imputé les premières violences à « plusieurs milliers d’individus d’ultra gauche ».
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Interrogé par Mediapart, le ministère de l’Intérieur dément avoir donné la moindre consigne visant la France insoumise.
Pourquoi Bally Bagayoko parle d’acharnement contre LFI
« Si ces faits sont confirmés, le gouvernement a détourné des services de renseignement pour accuser à tort le premier mouvement d’opposition du pays », écrit l’élu, qui exige que le ministre « s’explique devant la représentation nationale ». Il assure que d’autres policiers, dont un ancien commissaire et un responsable syndical, contestent eux aussi la thèse d’une main insoumise derrière les troubles.
Pour le maire, cette note s’inscrit dans une série. Il cite les élections municipales gagnées par des insoumis puis annulées par la justice administrative. Les exemples existent : le scrutin de Vénissieux, remporté par Idir Boumertit, a été annulé le 29 septembre, puis celui de Saint-Fons le 12 octobre. Dans ce second cas, le tribunal n’a relevé aucune fraude. Les bulletins d’une liste concurrente omettaient la nationalité portugaise d’une candidate, ce qui a suffi à juger la sincérité du vote affectée. Les deux décisions peuvent encore être contestées devant le Conseil d’État.
La phrase que le maire de Saint-Denis ne cite pas
Bally Bagayoko se présente ensuite comme une cible directe. Le préfet de police, Patrice Faure, a saisi le parquet de Bobigny le 30 septembre, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, pour « provocation à commettre un délit » en marge du blocage du lycée Paul-Eluard. « Aucun élément objectif ne justifie cette procédure », affirme l’élu.
Son texte ne mentionne pas ce que lui reproche la préfecture. Devant l’établissement, il avait déclaré que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ». La préfecture a aussi relevé une vidéo où on le voit rire et danser près d’une poubelle en feu. Le maire a dit ses propos sortis de leur contexte, tout en les maintenant et en appelant à la désescalade. C’est à la justice de dire si ces mots constituent une infraction.
Un autre dossier le concerne : depuis le 19 août, le Parquet national financier mène une enquête préliminaire sur ses conditions d’emploi à la RATP, pour détournement de fonds publics, recel et concussion. Il y voit une « volonté de (le) discréditer politiquement ». Il reste présumé innocent.
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Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise montent au front
La sortie du maire épouse la ligne du mouvement. Jean-Luc Mélenchon, déjà connu des lecteurs africains pour ses prises de position sur la Côte d’Ivoire, a estimé sur X que l’article « révèle comment la hiérarchie du renseignement demande de mettre en cause LFI ». Le coordinateur national Manuel Bompard a annoncé une plainte contre Laurent Nuñez devant la Cour de justice de la République, seule compétente pour les actes commis par un ministre dans l’exercice de ses fonctions. Au-delà des insoumis, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a jugé la situation « inadmissible ».
Bally Bagayoko conclut sur le terrain programmatique. Hausse des salaires, partage des richesses, services publics, planification écologique : « ce programme n’a rien d’extrémiste », plaide-t-il, en rejetant l’étiquette d’extrême gauche. Puis cette promesse, adressée à ses administrés de Saint-Denis et Pierrefitte : « On ne nous fera pas taire. »
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Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
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