Paul Barril mort à 80 ans : que devient l’enquête sur le Rwanda ?
Paul Barril, cofondateur du GIGN, est mort dans la soirée du mardi 20 octobre 2026, à 80 ans, a annoncé la Gendarmerie nationale. L’ancien capitaine emporte avec lui une part de l’histoire trouble de la France en Afrique, à commencer par le Rwanda de 1994, où son nom reste attaché à une plainte pour complicité de génocide.
Qui était Paul Barril, cofondateur du GIGN ?
Né le 13 avril 1946 à Vinay, en Isère, fils et petit-fils de gendarmes, Paul Barril sort major de l’école des officiers de gendarmerie. En 1974, il participe à la création du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale aux côtés du lieutenant Christian Prouteau. Adjoint en 1978, il prend le commandement de l’unité en juillet 1982, quand Prouteau part fonder le groupe chargé de la sécurité du président de la République. Une grave blessure à l’entraînement, en 1983, met fin à son parcours au GIGN.
La suite est moins glorieuse. Son nom reste associé à l’affaire des Irlandais de Vincennes, en 1982, puis aux écoutes illégales de l’Élysée sous François Mitterrand. Reconverti dans la sécurité privée, il fonde sa propre société et vend ses services à plusieurs chefs d’État, dont certains sur le continent africain.
Lire aussi : Rwanda : Emmanuel Macron, levée de voile sur le génocide rwandais
Pourquoi le nom de Paul Barril reste lié au Rwanda ?
Au printemps 1994, il se trouve à Kigali peu après l’attentat du 6 avril contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, dont il se disait conseiller. Il défendra ensuite la thèse d’une responsabilité du Front patriotique rwandais de Paul Kagame et affirmera détenir la boîte noire de l’appareil.
En juin 2013, la FIDH, la Ligue des droits de l’homme et l’association Survie portent plainte contre lui pour complicité de génocide, comme l’avait rapporté France 24. Les plaignants visent un contrat signé le 28 mai 1994 avec Jean Kambanda, Premier ministre du gouvernement intérimaire, pour la fourniture d’armes et de munitions, la formation et l’encadrement de troupes. Onze jours plus tôt, la résolution 918 du Conseil de sécurité de l’ONU avait imposé un embargo sur les armes à destination du Rwanda. Jean Kambanda sera condamné à la prison à vie par le Tribunal pénal international pour le Rwanda en 1998.
Paul Barril a toujours contesté ces accusations. Il n’a jamais été jugé dans ce dossier.
Lire aussi : Navi Pillay, Nobel de la paix 2026 : la juge sud-africaine du TPIR
Que devient l’enquête après la mort de Paul Barril ?
En droit français, le décès d’une personne éteint l’action publique à son encontre. Aucune poursuite ne pourra donc plus viser l’ancien gendarme. L’information judiciaire ouverte à Paris en 2013 n’est pas close pour autant : elle porte sur des faits, peut se poursuivre contre d’autres protagonistes, et les associations parties civiles conservent leurs droits. Pour les rescapés du génocide des Tutsi, qui a fait environ 800 000 morts selon l’ONU, la mort de Paul Barril referme surtout la possibilité de l’entendre un jour s’expliquer devant un juge.
Retrouvez toute l’actualité française et ses liens avec l’Afrique dans notre rubrique France.
Lire aussi : Rwanda : Attentat contre Habyarimana, la France clôt le dossier du déclencheur du génocide
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
Voir ses 1013 articles