Insécurité aérienne au-dessus de Moscou : ce que je veux dire aux voyageurs africains
Je veux aujourd’hui aborder une question qui me paraît intéressante. Il s’agit en effet de la sécurité des vols civils vers Moscou, dans un ciel désormais directement affecté par la guerre. La destination reste accessible ; je soutiens pourtant que sa sécurité ne peut plus être tenue pour acquise.
Je rappelle d’abord les faits. Le 22 juin 2026, 84 drones visant la capitale russe sont interceptés en vingt-quatre heures, et les quatre aéroports de Moscou suspendent temporairement leurs opérations. Pourtant, la ville reste ouverte aux vols civils. C’est là, à mes yeux, que se noue le problème : des avions de ligne évoluent dans un environnement où des drones atteignent la région et où les défenses antiaériennes peuvent être activées. L’EASA cite explicitement le risque de mauvaise identification d’un appareil civil.
Je veux ensuite insister sur un signal venu d’Afrique. Le 4 septembre 2026, Air Tanzania suspend sa liaison Dar es Salaam-Moscou après une évaluation des risques, en rappelant que la sécurité prime sur le commerce, avant d’annoncer une reprise dès le 7, trois jours après. Quelques jours seulement certes , toutefois je retiens qu’une compagnie africaine a jugé nécessaire d’interrompre la route. Si le transporteur s’arrête pour réévaluer le risque, pourquoi le passager devrait-il l’ignorer ?
J’en viens à la contradiction qui, selon moi, structure toute la question. Le 2 septembre 2026, Moscou assure que l’aviation fonctionne normalement. Au même moment, l’Ukraine alerte l’OACI et réclame une interdiction des vols dans l’espace russe. L’EASA, elle, maintient jusqu’au 31 janvier 2027 sa recommandation de ne pas voler à l’ouest du 60e méridien Est, la
Capitale Moscou comprise, à toutes altitudes. Elle relève que la plupart des incidents sont survenus dans des zones que la Russie n’avait pas fermées, et estime que l’État n’a pas démontré une maîtrise complète des risques. Le danger ne vient pas seulement des drones ukrainiens, il naît de la coexistence entre trafic civil, riposte antiaérienne et ciel maintenu ouvert. Une piste ouverte n’est pas une garantie de sécurité.
Je veux enfin rappeler ce que cette combinaison a déjà produit. Le 17 juillet 2014, le vol MH17 est abattu par un missile Buk au-dessus de l’est de l’Ukraine : 298 morts, dans une zone que 160 vols commerciaux avaient traversée le jour même. En mai 2025, le Conseil de l’OACI conclut que la Russie a manqué à ses obligations.
Dix ans plus tard, le 25 décembre 2024, le vol Azerbaijan Airlines J2-8243 s’écrase près d’Aktau, au Kazakhstan : 38 morts. Vladimir Poutine reconnaîtra en octobre 2025 que deux missiles russes tirés contre des drones ont explosé à dix mètres de l’appareil. Je ne dis pas que chaque vol vers Moscou connaîtra ce sort. Je dis qu’une défense antiaérienne activée près du trafic civil rend toute erreur potentiellement fatale.
Des drones atteignent Moscou, les défenses sont actives, le ciel reste ouvert, les organismes de sécurité parlent de risque élevé et une compagnie africaine a déjà suspendu sa desserte. Aux voyageurs africains, je rappelle ceci : Moscou est accessible ; rien cependant n’autorise à croire qu’elle est sûre. Ou peut-être qu’elle n’est pas sûre…..Je m’arrête là.
Sources
[1] Reuters – Moscow shoots down more than 80 drones (22 juin 2026)
[2] EASA – Airspace of the Russian Federation (recommandation valable jusqu’au 31 janvier 2027)
[3] The Moscow Times / The Citizen – Air Tanzania, suspension puis reprise de la liaison Moscou
[4] Reuters – Moscow vows to avoid airspace disruption ; Ukraine urges UN aviation agency to support ban
[5] Onderzoeksraad voor Veiligheid – Crash MH17, 17 July 2014 ; Conseil de l’OACI, mai 2025
Rédigé par
Alafé Wakili<!-- wp:image {"id":146637,"sizeSlug":"jnews-120x86","linkDestination":"none","className":"is-style-rounded"} --> Alafé Wakili est un journaliste chevronné, patron d’agence de presse et fondateur de L’Intelligent d’Abidjan, lintelligent.tv et Afrikipresse. Visionnaire des médias, il allie rigueur et innovation pour offrir une information crédible et percutante en Côte d’Ivoire et au-delà. Analyste de l’actualité, il partage des points de vue éclairés sur différents plateaux TV et sur www.afrique-sur7.fr. Retrouvez toutes ses analyses sur votre site d’actualité et sur les différentes plateformes de L’Intelligent.<!-- /wp:image -->
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