Joseph Kabila s’allie au M23 : le processus de Doha en sursis ?
Joseph Kabila a franchi un cap le lundi 12 octobre 2026 à Goma. L’ancien président de la RDC prend la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire qui absorbe les chefs de l’AFC/M23, trois jours après un discours très dur contre Félix Tshisekedi.
L’annonce est tombée lors d’une conférence de presse à Goma, la capitale du Nord-Kivu tenue par les rebelles depuis l’offensive de 2025. Claude Ibalanky, présenté comme conseiller de la coalition, en a détaillé l’organigramme. Kabila dirige le mouvement. Quatre vice-présidents l’entourent, et ce sont les visages connus de la rébellion : Corneille Nangaa, l’ancien patron de la Commission électorale qui avait organisé le scrutin contesté de 2018, Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga et Freddy Kaniki.
Que veut le Front pour la refondation de la nation ?
Premier objectif affiché par Claude Ibalanky : rétablir les piliers d’un ordre constitutionnel qui fonctionne. Joseph Kabila a été plus direct. Les signataires vont mettre en commun leurs forces et leurs moyens pour en finir avec ce qu’il appelle la tyrannie, par tous les moyens, y compris la force.
Le FRN est appelé à prendre la place de l’Alliance Fleuve Congo, la plateforme politique qui chapeautait jusqu’ici le M23. Pour Kabila, le changement de posture est net. Pendant des mois, il avait nié tout lien avec la rébellion, alors que Kinshasa l’accusait de la soutenir en coulisses.
Le discours du 9 octobre annonçait la rupture
Le vendredi 9 octobre, dans une adresse diffusée sur les réseaux sociaux, l’ancien chef de l’État accusait le pouvoir de mener une guerre qu’il n’a « ni la volonté ni les moyens de gagner ». Il reprochait aussi au gouvernement de violer le cessez-le-feu conclu à Doha, de s’appuyer sur les Wazalendo et les FDLR et de préparer une révision de la Constitution. L’accord minier signé avec les États-Unis était dans sa ligne de mire. Sa conclusion tenait en deux phrases : « Le Congo est en péril. Le sauver est un impératif et une urgence. »
Lire aussi : Guerre à l’est de la RDC : Félix Tshisekedi dit « oui » au cessez-le-feu
Joseph Kabila, condamné à mort et chef de guerre ?
Kabila a dirigé la RDC de 2001 à 2019, après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace pour trahison, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, en lien avec un soutien présumé à l’AFC/M23. Il a toujours rejeté ces accusations et dénonce un procès politique. Washington l’a aussi visé par des sanctions plus tôt cette année.
Lire aussi : RDC : Joseph Kabila condamné à la peine de mort
Lundi soir, le gouvernement de Félix Tshisekedi n’avait pas réagi publiquement. L’annonce fragilise pourtant les pourparlers directs engagés à Doha avec l’AFC/M23 sous pression américaine. Les interlocuteurs de Kinshasa siègent désormais dans une structure présidée par un homme que la justice congolaise a condamné à mort. Le Rwanda, accusé par l’ONU et plusieurs gouvernements occidentaux de soutenir le M23, continue de nier.
Lire aussi : RDC : le procès de Joseph Kabila interrompu et reporté, voici la raison
Suivez toute l’actualité de la RDC sur Afrique Sur 7.
Rédigé par
Patrice DamaJe suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.
Voir ses 929 articles