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Santé maternelle en Afrique : la Tanzanie de Samia Suluhu Hassan impose le virage de l’action clinique à l’ONU

Patrice Dama
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Santé maternelle en Afrique : la Tanzanie de Samia Suluhu Hassan impose le virage de l’action clinique à l’ONU
Santé maternelle en Afrique : la Tanzanie de Samia Suluhu Hassan impose le virage de l’action clinique à l’ONU

Portée par les résultats probants de sa politique de santé et le leadership de sa présidente Samia Suluhu Hassan, désignée Championne de l’Union africaine pour la santé maternelle et infantile, la Tanzanie a créé l’événement à New York en marge de l’UNGA81. En présentant des baisses historiques de mortalité hospitalière obtenues sur son sol, Dodoma entend contraindre le continent à abandonner les promesses de tribune au profit d’indicateurs cliniques et logistiques vérifiables sur le terrain.

Santé maternelle en Afrique : la Tanzanie de Samia Suluhu Hassan fait un plaidoyer à l’ONU

New York a accueilli, en marge des débats de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGA81), un rendez-vous déterminant pour l’avenir des politiques de santé publique sur le continent africain. Réunis à la Maison de l’Union africaine, plusieurs chefs d’État, ministres de la Santé, bailleurs de fonds et partenaires multilatéraux ont abordé une crise démographique et humaine persistante : la mortalité maternelle et infantile. Coordonnée autour du plaidoyer offensif de la Tanzanie, cette rencontre de haut niveau entendait faire de l’exécution clinique et budgétaire un levier indispensable de survie collective, rompant délibérément avec les déclarations de principes sans lendemain.

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Cette session diplomatique a pris une dimension particulièrement stratégique face à l’ampleur des données présentées. Alors que les Objectifs de développement durable (ODD) fixés pour 2030 approchent de leur échéance, les chiffres publiés par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) rappellent la sévérité du retard accumulé.

De nombreux décès dus à des complications liées à la grossesse

En 2023, 178 600 femmes ont perdu la vie en Afrique des suites de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, ce qui représente environ 69 % de l’ensemble des décès maternels enregistrés dans le monde. La présence d’une importante délégation tanzanienne, conduite par le vice-président Deogratius John Ndejembi au nom de la présidente Samia Suluhu Hassan, a cristallisé les attentes autour d’un nouvel agenda de responsabilité opérationnelle.

Placée sous le signe de l’action clinique, cette mobilisation visait à sortir des résolutions purement politiques pour se concentrer sur les défaillances structurelles des chaînes de soins sur le continent. Le rapport d’Africa CDC, intitulé The Causes and Drivers of Maternal and Child Mortality in Africa, a mis en lumière un paradoxe alarmant : entre 58 % et 96 % de ces décès demeurent entièrement évitables.

Les ruptures d’approvisionnement en produits sanguins labiles, le déficit criant de personnel qualifié aux premiers échelons et la défaillance des mécanismes d’évacuation d’urgence continuent d’annuler les progrès d’accès primaire aux soins. Plus préoccupant encore, sur 34 pays africains procédant à des revues systématiques des décès maternels, seuls 14 mettent concrètement en œuvre les recommandations issues de leurs propres audits.

La stratégie « Trois Zéros »

Pour la présidente Samia Suluhu Hassan, l’ambition est d’imposer une rupture définitive de méthode. À la tribune new-yorkaise, la délégation tanzanienne a mis en avant son cadre stratégique des « Trois Zéros » : zéro accouchement à domicile non assisté, zéro décès maternel et néonatal évitable, et zéro enfant non vacciné.

Loin de se limiter à des objectifs programmatiques, cette démarche s’appuie sur les résultats probants obtenus à l’échelle nationale grâce au déploiement du protocole Safer Births Bundle of Care. Évalué dans 30 hôpitaux du pays et documenté dans le New England Journal of Medicine, ce dispositif fondé sur la standardisation des gestes d’urgence et les revues réflexives a permis d’abaisser la mortalité maternelle intrahospitalière de 240 à 60 décès pour 100 000 naissances vivantes, soit une réduction spectaculaire de 75 %, tout en diminuant la mortalité périnatale de 18 %.

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Cette démonstration par la preuve répond à une volonté de stimuler l’apprentissage mutuel et la cohérence des financements régionaux. Tandis que le Kenya engage 12,5 milliards de shillings dans son plan d’accélération ciblant 26 comtés prioritaires, la Tanzanie plaide pour une convergence technique accélérée entre Nairobi, Dodoma, Kampala, Freetown et Accra. L’enjeu est d’autant plus critique que les disparités géographiques demeurent profondes : si l’Afrique de l’Est enregistre 260 décès pour 100 000 naissances, ce ratio s’élève à 439 en Afrique centrale et culmine à 682 en Afrique de l’Ouest, où se concentrent plus de la moitié des disparitions recensées sur le continent.

La Tanzanie lance un signal fort aux dirigeants du monde

Pour la diplomatie sanitaire africaine, cette intervention tanzanienne constitue un signal fort adressé tant aux gouvernements qu’aux institutions financières internationales. Sous l’impulsion de Dodoma, la santé de la mère et de l’enfant ne peut plus être reléguée au rang de poste de dépense passif, elle s’affirme comme un investissement régalien conditionnant le dividende démographique et la stabilité des systèmes de soins.

Au terme des travaux, la Maison de l’Union africaine a acté la nécessité d’aligner les ressources sur les contraintes logistiques du dernier kilomètre. Plus qu’une simple concertation multilatérale, l’initiative portée par Samia Suluhu Hassan à l’UNGA81 entend agir comme un révélateur d’exigences, dicté par une conviction centrale : la souveraineté sanitaire et la crédibilité politique du continent se jugeront désormais dans les salles d’accouchement des dispensaires ruraux, et non dans la formalisation de déclarations solennelles.

Rédigé par

Patrice Dama

Je suis Patrice Dama, journaliste et analyste politique passionné. À travers mes chroniques sur Afrique sur 7, je propose un regard critique et engagé sur l’actualité, afin d’éclairer les grands enjeux politiques et sociétaux du continent. Suivez-moi pour découvrir mes analyses et mes prises de position sur les débats qui façonnent notre époque.

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