L' Agriculture en Côte d'Ivoire, faux miracle, vrai mirage

agriculture-en Côte d'Ivoire , un secteur à booster
Par NELSON ZIMIN
Publié le 29 janvier 2019 à 12:55 | mis à jour le 29 janvier 2019 à 12:55

L' Agriculture en Côte d'Ivoire, on en parle ? Depuis quelques années, la banque Mondiale a procédé à une série d’octrois de prêts à la Cote d’Ivoire dans le cadre du développement du secteur agricole. Nous avons atteint un niveau record de 1 milliard de Dollars US de prêt dans ce cadre. Seulement, la gestion et l’emploi de ces fonds posent un réel problème de transparence. NELSON ZIMIN vous livre quelques pistes de réflexion…

L' Agriculture en Côte d'Ivoire, pluie de milliards sur le secteur, sécheresse pour l'agriculteur

C’est l’histoire de l’autruche qui a confondu le bitume avec le sable, son bec en a souffert. Bonjour !

Mon Cher Kognouman,

Finalement vous avez franchi le pas il y’a deux jours. Au stade où vous étiez avant hier, et aujourd’hui où vous êtes au quartier, vous devez sentir une grande différence non ? La ferveur a laissé place à la réalité n’est-ce pas ? Les mêmes qui étaient riches et fortunés avec le RDR le sont aujourd’hui encore dans le club de PONTBRIDGE rénové. Et vous, toujours paumés, comme il y’a huit ans. Mais tu sais, les vraies questions, elles, demeurent et ce n’est pas dans un stade bondé de partisans convoyés qu’on va les résoudre. Tiens j’ai fait quelques recherches pour toi et crois-moi, tu risques de ne plus avoir de Kabatô bientôt !

Tu sais, je ne comprends pas l’acharnement successif des milliards de la Banque Mondiale sur l' agriculture en Côte d'Ivoire. Plus tu essaies de comprendre la politique agricole de la Côte d’Ivoire, mieux tu comprends pourquoi le miracle ivoirien n’a été qu’un mirage. Tes frères se plaisent à dire que dans les années 80, nous avions le même niveau de développement que la Corée du Sud et d’autres pays d’Asie du Sud-est. Cependant personne ne cherche à comprendre pourquoi nous avons prématurément quitté la course au développement pour être pauvres et très endettés. Avant de t’expliquer la réalité managériale de nos politiques de développement, et notamment dans le secteur agricole, je peux te dire que je comprends aujourd’hui pourquoi le FMI a mis la pression à un Houphouët fatigué pour supprimer la CAISTAB, outil de régulation des prix de nos matières premières et de garantie de revenus conséquents pour les paysans, avant de procéder à la dévaluation de notre monnaie. Les blancs détestent nos modèles de management qui fonctionnent !

Agriculture en Côte d'Ivoire, Houphouët y croyait

« Le succès de ce pays repose sur l’agriculture » !Tu te souviens forcément de ce phrasée mythique du premier président et dernier gouverneur français de la Cote d’Ivoire. Le vieux n’avait pas fumé de la moquette quand il le disait, tellement sa politique dans ce secteur était cohérente. C’était un comportement !

Jusqu’en 1981, les investissements dans le secteur agricole qui représentaient 24,4 % du budget global de l’État sont tombés à 13%. Le président en avait fait une priorité nationale au point d’y consacrer le ¼ de notre budget, même s’il y’a eu une baisse drastique. Si nos houphouétistes et le FPI (socialiste) voulaient vraiment faire comme le vieux BÉLIER, cette proportion du budget consacrée à l’investissement dans le développement du secteur, à défaut d’augmenter, devrait être maintenue. Quand le CHAT de MAMA criait à la souveraineté nationale, le budget consacré au développement du premier secteur de notre économie continuait de baisser. Après le début de l’apogée du bref miracle ivoirien en 1984, la proportion des investissements dans le secteur est passée de 13 % à 9,7 % sur la période 2002-2007. « On assiste à une sorte de déconnexion entre politiques agricoles, agence d’offres de services agricoles et les unités familiales d’exploitation agricole » selon le ministère de l’Économie de l’époque, dirigée par feu Antoine BOHOUN BOUABRE, dans une étude rendue publique en 2010.

Mais plus grave, alors que la proportion du budget à l’investissement baisse, le budget de FONCTIONNEMENT de nos structures de gestion de la filière explose. Les ratios dépenses agricoles de fonctionnement sur dépenses agricoles et dépenses agricoles d’INVESTISSEMENT sur dépenses agricoles évoluent en sens contraire. Le premier cité connaît son niveau le plus bas en 1999, avec un taux de 41 %, et son niveau le plus élevé en 2006, avec un taux de 82,3 %. Quant au second ratio, son niveau le plus bas s’est établi à 17,7 % en 2006 et son niveau le plus élevé s’est situé à 59 % en 1999. L’État a payé cher des fonctionnaires au lieu d’investir chèrement dans le secteur agricole pour développer notre potentiel de production. C’est une aberration quand on sait que le pays est une économie agricole. Belle leçon d’économie chez les socialistes : on distribue sans produire. Le socialisme est rentable ma foi.

Tu peux déjà dire à tes frères sanguins de continuer d’attendre la libération de leurs prisonniers internationaux. Continuons à nous faire la guerre des clans politiques pendant que les vrais problèmes restent ailleurs.

Aujourd’hui, les hommes ont changé, mais pas la politique. J’aurais aimé que le rattrapage du DUC soit vraiment économique. On a vu tous ses jeunes au Felicia prêts à lui consacrer un nouveau mandat. Mais pour défendre quoi ? Après le vote de la Loi n° 2015-537 du 20 juillet 2015 d'orientation agricole par le parlement, la Banque Mondiale a approuvé un financement de 2.6 millions de dollars en décembre de la même année, sur présentation d’un projet du ministère de l’Agriculture portant sur le financement de l’encadrement et la formation des agriculteurs au nord du pays. Quel est le programme financé ? Sur quelle période ? Combien sont-ils ces agriculteurs ? Dans quel secteur exactement ? Bien des questions pour lesquelles nous recherchons un hypothétique rapport d’exécution et de l’emploi de ce prêt.

Alors que nous cherchons encore des réponses, la Banque mondiale accepte un financement complémentaire de 50 millions de dollars dans le cadre du Youth Employment and Skills Development. L’identification du projet, instruit par le Ministère de l’Économie et des Finances le 28 janvier 2015, avec pour maître d’œuvre le ministère de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Solidarité, et approuvé le 13 février 2015 sous le numéro P151844.C’est beau l’amour…bonne fête de Saint-Valentin de la part de la Banque Mondiale !

Tu me demanderas où est le problème. Il est justement là : on investit des milliards en dette dans les « ressources humaines » et on sollicite deux prêts la même année pour la même problématique. De plus, on n’investit rien dans le développement du secteur, car les prêts non productifs sont rentables que pour la Banque Mondiale : plus on met du temps à rembourser, mieux les intérêts se portent pour la banque qui ne fait que s’enrichir. Nous payons les intérêts de la dette qui augmentent chaque année, pendant que la dette demeure. Nous sommes experts en roulette russe, rassure-toi.

Agriculture en Côte d'Ivoire : AGUIE AMAFFON GERMAIN et son miracle ivoirien

Mais il y’a des heureux dans cette affaire. Monsieur AGUIE AMAFFON GERMAIN a croisé son miracle ivoirien là. Celui qui suivait le projet pour le compte du second ministère impliqué, en sortira agro entrepreneur. Tu comprends pourquoi on s’est acharné sur YAPI Christoph et cassé le projet AGRO-BUSINESS ?

Monsieur Aguie Amaffon Germain ouvrira quelques mois plus tard, en 2018 une société d’un capital social de 5 000 000 F CFA dans le secteur agricole dont il est le gérant. La « société agricole de la Comoé » en abrégé «sac SARL» dont l’avis de constitution est paru le vendredi 1er juin 2018 avec pour siège social : Alépé - Alépé Aboisso-Comoé quartier-école, BP 32 Alépé. Un gros SAC qui engloutira des centaines de milliards du contribuable. Belle inspiration du subconscient !


Cette société a pour objet figurez-vous bien : La réalisation d'études agro-socio-économiques et techniques préalables, nécessaires à la promotion du développement des cultures vivrières (riz, maïs, banane plantain, légumes, etc..) Et de rente (palmier à huile, cacao, hévéa, etc..); la promotion des cultures vivrières et de rentes intensives de type villageois et de petites et moyennes entreprises agricoles (PMEA) en Côte d'Ivoire et particulièrement dans la sous-préfecture d'Aboisso-Comoé dans le département d'Alépé ; l'organisation et l'encadrement des exploitants agricoles villageois et des petites et moyennes entreprises agricoles… Trop brillant ce gardien de but et attaquant!

Tu vois l’amorti des fonds détourner ou pas ? Société-écran ? Cela s’appelle du détournement de fonds publics et délit d’initiés, passible de peine d’emprisonnement. Mais notre justice est occupée à casser de l’opposant ou du moins, le mec est encore réglo. Au lieu de mettre en œuvre l’emploi de ces fonds dans la cadre de l’administration publique, ceux qui sont en charge de notre agriculture créent des sociétés privées pour devenir prestataires de l’État dans un projet à vocation publique. Tu m’étonnes que les budgets de fonctionnement flambent !

L' Agriculture en Côte d'Ivoire, le trop plein de générosité de la Banque Mondiale

Cependant, malgré ce flou managérial, les fonds de la Banque Mondiale ne cessent de pleuvoir sur la Côte d’Ivoire avec un déblocage de 1 milliard de dollars, dont le premier décaissement de 70 millions de dollars a eu lieu en juin 2018 pour financer l’agriculture numérique dans le cadre du Programme National d’Investissement Agricole II (PNIA 2), après les résultats foireux du premier PNIA. C’est à se demander pourquoi tant d’égard pour agriculture en Côte d’Ivoire ? J’y reviendrai. Mais pour l’heure passe la commission de BENJAMIN FRANKLIN à tes frères en ces termes : « Que l'honnêteté et le travail soient toujours tes compagnons » .

À Bientôt

NELSON ZIMIN

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