Burkina/Procès putsch: Le sergent-chef Koussoubé contredit Eloi Badiel

Procès putsch

Le sergent-chef Roger Koussoubé, neuvième accusé interrogé mardi dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015 au Burkina, a battu en brèche les allégations de son supérieur, l’adjudant-chef major Eloi Badiel, passé juste avant lui à la barre.

Roger koussoubé dement les allégations d'Eloi Badiel dans le procès Putsch

"Ce que le major Badiel raconte n’est pas vrai", a déclaré le sergent-chef de 43 ans, marié et père de cinq enfants.

Lundi, Eloi Badiel a expliqué qu’au matin du 16 septembre 2015, Roger Koussoubé l’a instruit de ce que le général Gilbert Diendéré lui demande (à Badiel) de procéder à l’arrestation du président de la transition Michel Kafando, de l’ex-Premier ministre Isaac Zida, et des ministres Réné Bagoro et Augustin Loada.

Dubitatif et perplexe, l’adjudant-chef major en aurait aussitôt parlé (en présence de Koussoubé) à l’adjudant Jean-Florent Nion, lequel s’est proposé de contacter le général pour en avoir confirmation.

Après confirmation par Jean-Florent Nion de l’instruction, Eloi Badiel dit avoir fait appel à des soldats "expérimentés" (plutôt qu’à des novices), à qui il a donné l’ordre d’exécuter la mission sans le moindre coup de feu.

"Etant vraiment venu voir le major pour parler d’une telle chose, moi qui suis son subordonné, il devait m’arrêter ou alors me conduire directement chez le général Diendéré pour vérifier l’information", a réagi Koussoubé.

''Il n'y avait pas de rapport particulier entre le général Diendéré et moi pour qu'il puisse laisser tout le monde pour me faire confiance'', a-t-il poursuivi.

Donnant sa version des faits, Roger Koussoubé explique avoir reçu un coup de fil de Jean-Florent Nion, lui demandant de le retrouver à la présidence. Arrivé sur les lieux, les arrestations du président et des ministres étant déjà effectuées, il a trouvé Nion et d’autres soldats embarquant pour le domicile de Diendéré et les a alors rejoints, ne sachant pas ce qui se passait.

Le sergent-chef a profité de son passage à la barre pour faire plusieurs révélations.

"J'ai pris la décision de dire la vérité" à ce procès, a-t-il affirmé, indiquant craindre pour sa femme et ses enfants "qui sont dehors".

A l’ex-régiment de sécurité présidentielle (RSP – corps qui connaissait une crise de confiance et dont sont issues la plupart des acteurs du putsch manqué), il y avait, selon lui, "trois camps: ceux restés fidèles au corps, les pro Isaac Zida (patron du renseignement au RSP jusqu’à sa nomination au poste de Premier ministre) et les pro Djibril Bassolé constitués des officiers supérieurs''.

Lui, a-t-il précisé, était de ceux restés fidèles au corps. Badiel et Nion étaient du camp de Bassolé. Quant à Diendéré, il a prétendu en ignorer le camp.

"Les sous-officiers supérieurs du RSP (y compris Badiel et Nion) étaient infiltrés", a poursuivi Koussoubé, admettant être "un agent de renseignement"..

Roger Koussoubé a affirmé qu'il était "des fidèles au corps" mais "travaillait, sur instruction du commandement, pour le camp de Zida", soulignant au passage qu’il entretenait de bonnes relations avec ce dernier qui l’a "toujours pris comme son frère".

Poursuivant ses révélations, le sergent-chef a soutenu que Djibril Bassolé, général de brigade de la gendarmerie, ne s'est pas retrouvé parmi les accusés "par hasard", assurant la raison sera découverte au cours du procès.

Selon Koussoubé, Bassolé "ne relevait pas du RSP mais (influençait) un camp du corps". Il ajoute qu’"avant, pendant et après l'arrestation de Bassolé, le major Badiel était celui qui lui donnait des informations".

84 personnes (dont neuf en fuite) sont poursuivies pour "attentat à la sûreté de l’Etat", lors du putsch avorté de septembre 2015. Parmi les accusés figurent le général Gilbert Diendéré, chef de l’ex-RSP (garde rapprochée de l'ancien président Blaise Compaoré chassé du pouvoir en octobre 2014) et le général Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré.

La résistance populaire à la tentative de coup d’Etat a officiellement fait 14 morts et une quarantaine de blessés.

Le sergent-chef Roger Koussoubé a déclaré à la barre qu’il ne reconnait que "partiellement" les faits (attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, dégradation aggravée de biens et incitation à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline militaire) qui lui sont reprochés.

Il reconnait en l’occurrence d’avoir été lors des événements à la radio privée Savane FM, dont une partie du matériel a été emporté pour l’empêcher de continuer à diffuser (des appels à la résistance populaire notamment).