Nigeria: Élection présidentielle contestée, que devons-nous retenir ?

Réélu à l'issu de l' élection présidentielle du 23 Février dernier, Buhari déjà contesté.
Par NELSON ZIMIN
Publié le 28 février 2019 à 17:58 | mis à jour le 28 février 2019 à 17:59

À l'issue de l' élection présidentielle au Nigéria, la commission électorale a annoncé mercredi matin la réélection du président Muhammadu Buhari (ACP) par 56% des voix à un deuxième mandat de 4 ans. L'ampleur de sa victoire surprend, alors que les analystes s'attendaient à un duel serré avec son rival Atiku Abubakar (PPD), qui n'a obtenu que 41% des voix. Dans ces conditions, l'opposant du PPD Atiku Abubakar a contesté le résultat de ces élections.

Réélu à l' élection présidentielle au Nigéria grâce à son aura ?

« Le nord est une zone sahélienne pauvre et rurale, où le niveau d’éducation est beaucoup plus faible et où le taux de natalité explose. Avec un système d’organisation traditionnelle très ancré, le phénomène d’embrigadement y est plus facile. Les gens votent pour l’homme fort, peu importe le bilan, et dans cette région, c’est Muhammadu Buhari. Atiku Abubakar a beau être musulman, les élites du nord restent attachées à leur candidat ».

Cette analyse du chercheur Benjamin Augé, de l’Institut français des relations internationales, rapportée par le Monde.fr est révélatrice d’un fait sociologique commun à tous les pays africains au sud du Sahara. La question de l’élection présidentielle au Nigeria curieusement renferme tellement de similitudes avec beaucoup de pays en Afrique.

En Côte d’Ivoire par exemple, plus de la moitié des femmes (53%) et un tiers des hommes (34%) de 15 à 49 sont sans instructions. La proportion la plus élevée des femmes et homme sans instruction se trouve au nord du pays. 83% de femmes et 62% des hommes (rapport OCDE 2016 et enquête ENV, 2015). Le président du pays a été reconduit avec un soutien massif des populations du nord du pays à l’élection présidentielle de 2015. Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, avait beaucoup promis à son arrivée au pouvoir en mars 2015, comme Ouattara lors de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire.

Buhari, diminué de son bilan à une élection présidentielle à faible affluence

Le taux de participation à l'élection présidentielle au Nigéria a été de 40%, comme en 2015 en Côte d'Ivoire. Une démotivation et un désintérêt du citoyen à la vie politique, une classe politique très peu changée et une envie sans action ou peu, des jeunes à s'engager en politique. Le vainqueur de l'élection présidentielle au Nigeria n'a pas été à la hauteur de ses promesses faites avant son premier mandat. Arrivé au pouvoir dans un contexte économique et sécuritaire difficile, le président Muhammadu Buhari avait promis de relever les nombreux défis économiques auxquels fait face la plus forte économie africaine (plus de 560 milliards de PIB) et à combattre la corruption qui aurait – selon ce dernier – privé le pays de près de 150 milliards de dollars sur les dix dernières années. Qu'en est-il au moment de sa réélection ? Mercredi matin, dans son discours de victoire, le président réélu a insisté sur la sécurité et la lutte contre la corruption : « Le nouveau gouvernement va intensifier ses efforts dans la sécurité, la restructuration de l'économie et le combat contre la corruption. Nous allons nous efforcer de renforcer notre unité et notre cohésion afin qu'aucune partie ni aucun groupe ne se sente à la traîne ou laissé pour compte », a-t-il déclaré. Aveux d’échec tant sur les questions de sécurité et de croissance. Buhari n’a pas assuré. La population le sait, mais a fait le choix de le reconduire. Même si la situation économique du pays semble s'améliorer, les électeurs n'en n'ont pas vraiment tenu compte.

Deux faits majeurs pourraient expliquer le choix de Buhari à cette élection présidentielle au Nigeria. D’abord la politique de « l'homme fort ». Buhari a été réélu malgré un bilan maigre qui lui a valu le sobriquet de « Baba go slow », grâce à une aura qu’il a gagné dans le passé. Un passé militaire de dictateur, à la suite d’un coup d’État, qui lui a conféré une notoriété à la SOUDJATA. C’est un facteur décisif dans toute élection présidentielle en Afrique. On vote pour des héros. Ensuite Il y’a eu deux candidats musulmans en présence dans cette élection présidentielle. Dans un pays où la population a été habituée à une alternance entre musulmans et chrétiens à l'élection présidentielle, voire deux candidats musulmans s'affronter ne représentait pas vraiment un enjeu de mobilisation massive de la population.

Après l'élection présidentielle au Nigéria, quels enseignements ?

La commission électorale nigériane a annoncé mercredi matin la réélection du président Muhammadu Buhari (ACP) par 56% des voix à un deuxième mandat de 4 ans. L'ampleur de sa victoire à cette élection présidentielle surprend, alors que les analystes s'attendaient à un duel serré avec son rival Atiku Abubakar (PPD), qui n'a obtenu que 41% des voix. Dans ces conditions, l'opposant du PPD Atiku Abubakar a contesté le résultat de ces élections. « Si j'avais perdu dans des élections libres et transparentes, j'aurais appelé le vainqueur dans la seconde », a-t-il déclaré, ajoutant: «je rejette les résultats de la parodie d'élections du 23 février 2019 et contesterai ses résultats en cour de justice.» Avant même la proclamation officielle des résultats de l’élection présidentielle, le PPD avait demandé aux Nigérians de ne pas en tenir compte. L'ONG Situation Room, dont 8 000 agents étaient déployés sur le territoire, a souligné que plus de 800 000 voix ont été annulées dans cette élection présidentielle. Ces annulations ont eu lieu dans 18 États sur les 36 que compte le Nigéria: une mesure d'ampleur, notamment compte tenu du système d'élections fédéral du Nigéria. Pour qu'un candidat ayant reçu la majorité des voix soit bel et bien élu, il lui faut obtenir au moins un quart des voix dans deux tiers des 36 États nigérians et dans la capitale Abuja.

La sempiternelle question de la solidité de nos institutions électorales revient. La crédibilité des résultats toujours remise en cause par les candidats. Si un travail d’éducation civique et citoyenne doit être donné aux jeunes africains, la crédibilité de nos démocraties dépend de la solidité et de l’impartialité de nos commissions électorales.

NELSON ZIMIN



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