RHDP: Le rêve brisé de Fatim Bamba, épouse d' Amadou Gon Coulibaly

RHDP: Fatim Bamba, épouse de feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, victime de sa situation matrimoniale?
Par David Yala
Publié le 19 janvier 2021 à 13:59 | mis à jour le 19 janvier 2021 à 14:02

Les candidats qui conduiront les différentes listes du RHDP (parti au pouvoir) lors des élections législatives du 06 mars 2021, sont connus.

RHDP: Fatim Bamba, épouse de feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, victime de sa situation matrimoniale?

Alors qu’il a lui-même inspiré une loi sur la parité du genre dans les Assemblées élues, soit un minimum de 30% de femmes sur le nombre total de candidats présentés par les partis politiques lors des consultations électorales, le président de la République, Alassane Ouattara, par ailleurs président du RHDP, vient de cautionner le rejet de la candidature d’une femme qui a construit sa notoriété sur le terrain politique grâce à son leadership et à sa proximité d’avec les populations.

En effet, candidate à la candidature du RHDP pour les élections législatives à Anyama, Fatim Bamba, présentée comme une des épouses de feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, décédé en juillet 2020, n’a pas reçu l’onction de son parti politique. Bien avant, à l’annonce de sa candidature aux législatives dans la commune d'Anyama, Mme Fatim Bamba Gon Coulibaly avait fait l’objet d’un brocardage de la part d’un journal proche du RHDP sans que la direction du parti ne s’en émeuve. Elle avait été violemment présentée comme une femme sans conscience qui tentait de mettre ''en péril le travail de Ouattara à Anyama’’. Comme si elle venait de commettre un crime de lèse-majesté à travers sa candidature.

Selon des chiffres officiels, la Côte d’Ivoire compte, sur 255 députés, 29 femmes, soit un pourcentage de 11,37% ; 19 femmes sénatrices sur un total de 99 sénateurs, ce qui donne un pourcentage de 19,19%; 16 femmes maires pour un total de 201 maires, soit un pourcentage de 7,96%; et une seule femme présidente de Conseil régional. Selon la Ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Bakayoko-Ly Ramata, ‘’ces chiffres expliquent la position peu honorable de notre pays dans les classements mondiaux de la chambre basse du parlement’’.

Ainsi, les statistiques de 2019 pour 193 pays révèlent que le Rwanda occupe la première place avec 61,25% de femmes à l’Assemblée nationale (49 F/80) , le Sénégal, la 11e place avec 41,80% (69F/165), la France, la 17e place avec 39,51% (228F/577), la Côte d’Ivoire, la 160e place avec 11, 37% (29 F/ 255) et le Nigeria, la 180e place avec 7,22% (26 F/360).

« Ces statistiques sont en deçà des attentes du gouvernement au regard du dynamisme économique de la Côte d’Ivoire et des compétences féminines dont elle regorge ; et c’est en cela que la loi adoptée en faveur d’une représentativité plus accrue des femmes dans les Assemblées élues trouve toute sa pertinence », tente de rassurer la Ministre Ly-Ramata. Mais son plaidoyer semble tomber dans des oreilles de sourds au sein même du parti politique dans lequel elle milite. Car le RHDP, se basant sur certains préjugés socio-culturels ‘’qui fixent des rôles sociaux à l’un ou l’autre sexe’’, n’a pas daigné porter son choix sur Fatim Bamba pour conduire sa liste lors des législatives de mars 2021.

Et pourtant, cette dame avait toutes les cartes en mains. La veuve d’Amadou Gon Coulibaly fait partie de ces femmes leaders engagées en politique qui ont compris le bien-fondé du décret pris par le gouvernement pour l’application de la loi adoptée par le Parlement en faveur des femmes ivoiriennes. Mieux, Fatim Bamba fait surtout partie de ces femmes qui ont pris la pleine mesure de l’importance de leur rôle qui est d’amener les femmes à s’affranchir des pesanteurs culturelles et préjugés à l’égard de celles qui aspirent à des postes électifs au même titre que les hommes.

Pourquoi alors récuser sa candidature quand la plupart des militants de base du RHDP, avaient eux-mêmes déjà porté leur choix sur elle? La candidature de Fatim Bamba gênait-elle des intérêts au sein du parti au pouvoir? Selon de nombreux observateurs de la scène politique à Anyama, elle était bien partie pour remporter haut les mains ces élections. Alors question. Pourquoi le RHDP a-t-il pris la décision risquée de stopper net la ''Fantagbè d'Anyama"?


«Mme Fatim Gon Coulibaly, depuis des années, est la pièce maitresse de la victoire du RHDP à Anyama. Les différents scores obtenus lors des élections passées sont à son honneur. Ce n’est pas trop dire que c’est elle qui a sauvé le RHDP à Anyama. Au regard du contexte nouveau aux prochaines élections législatives avec la participation de l’opposition, Mme Gon Coulibaly est le candidat idéal pour défendre les couleurs du parti. Et nous espérons que la direction du RHDP saura faire le bon choix qui est celui de Mme Gon Coulibaly qui nous a montré qu’on peut faire la politique avec de l’humanisme, la main sur le cœur », déclaraient, fin décembre 2020, plusieurs leaders de jeunesses RHDP-Anyama, qui s’étaient réunis pour porter leur choix sur la veuve de Gon Coulibaly.

Même si, au sein du parti au pouvoir, on tente d'expliquer que le rejet de sa candidature, est dû à la volonté du Parti de « préserver la mémoire d’Amadou Gon Coulibaly», il faut dire que c’est la carrière politique d’une femme leader, qui se trouve ainsi brisée, sacrifiée sur l’autel des préjugés socioculturels. Hélàs!






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