France / Libye : Moftah Missouri (proche de Kadhafi) enfonce Sarkozy

Deux témoignages enfoncent le clou à Nicolas Sarkozy
Par David Yavo
Publié le 23 mars 2018 à 11:53 | mis à jour le 23 mars 2018 à 11:55

L’étau se resserre de plus en plus autour de Nicolas Sarkozy, récemment placé en garde vue puis relâché pour financement illicite de sa campagne en 2007 par la Libye. Moftah Missouri, l'ancien interprète personnel du guide libyen Mouammar Kadhafi vient de faire des révélations qui incriminent l'ex-président français.

Moftah Missouri enfonce Nicolas Sarkozy par son témoignage

La descente aux enfers de Nicolas Sarkozy se précise. Sur la radio française RFI, Moftah Missouri, ex-interprète de Mouammar Kadhafi, a fait le grand déballage de l'historique des liens entre l'ex-président libyen et son homologue français d'alors.

C’est en 2005 qu’eut lieu le premier tête-à-tête entre Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy. À l’époque, l’ex-président français était le ministre de l’Intérieur du président Jacques Chirac. C’était à Tripoli. Pendant un échange d'environ 40 minutes, révèle Moftah Missouri, l’hôte de l’ex-président libyen annonçait sa probable candidature à l'élection présidentielle de la République de France de 2007. Annonce qui réjouit le guide libyen qui s'est enthousiasmé de voir une proche personnalité se porter candidat. En réalité, Mouammar Kadhafi espérait que l'élection de Sarkozy allait favoriser de bonnes relations entre l’État libyen et l’Élysée. Cependant, ce jour-là, dévoile Moftah Missouri, ils n’ont pas évoqué un probable financement.

Fin 2006, il y eut une autre rencontre entre les deux personnalités. C’est en ce moment qu’intervient l’idée de financement de la campagne électorale. Un document officiel libyen, jugé authentique par l’interprète, atteste d'un accord de financement de 50 millions d'euros : c'est la fameuse note signée par Moussa Koussan, le chef des renseignements extérieurs libyens. Bien qu'étant transmis en liquide, l'interprète révèle qu'un récépissé des transactions a été délivré. « Il y a tout simplement un petit récépissé qui se trouve actuellement chez le chef comptable, actuellement prisonnier à Zaouïa. Mais je ne sais pas où ce bout de papier se trouve. »

Les choses semblent de plus en plus claires. D’aucuns diront que le témoignage de l’interprète du guide libyen serait dans le but de venger son mentor assassiné lors du printemps arabe. Mais, cette conception s’éloigne largement de la réalité, d’autant plus qu’un autre témoin vient corroborer les faits. Delphine Minoui, journaliste à Le Figaro a également affirmé avoir échangé avec le président libyen le 16 mars 2011, quelques mois seulement mois avant les bombardements.

« Il commence à me dire que son cher ami Nicolas Sarkozy est atteint d'un trouble mental. Il me dit qu'il est "déçu par le président français", d'autant plus qu'il a "financé sa campagne électorale". Je rebondis par rapport à cette déclaration, à ce moment-là, fracassante, en lui demandant des détails. Et là, il me répond par des commentaires assez vagues. Il m'explique qu'à l'époque de la campagne électorale, Sarkozy lui avait rendu visite, dans cette même caserne, et qu'à ce moment-là, Sarkozy lui aurait demandé de l'aider et que Kadhafi aurait tout de suite accepté, puisqu'il précise, et je le cite à nouveau, il n'a pas hésité puisqu'il y voyait un gain pour la Libye », a-t-elle affirmé.

Poursuivant, elle ajoute : « Il (Kadhafi, NDLR) précise : "j'ai donné ce qu'on m'avait demandé." En revanche, il est incapable d'évoquer un montant précis. Il m'explique juste qu'il a donné des ordres au comptable, et que le comptable a fait le nécessaire. Après la mort de Kadhafi, je tente par un courriel de renouer le lien avec Moftah Missouri. Il m'envoie son numéro de téléphone, je l'appelle, et nous relançons la conversation sur cet entretien. Et là, Moftah Missouri me précise que le lendemain de l'interview, Kadhafi lui aurait précisé qu'il avait contribué à la campagne de Sarkozy à hauteur de vingt millions d'euros... »


D’autres témoins clés permettraient de clouer définitivement l’ex-président français. Cependant, les personnes en questions sont dans les conditions qui ne leur permettent pas de rompre le silence. Il s’agit entre autres de Saïf al-Islam Kadhafi, fils de Kadhafi réclamé par la CPI et condamné à mort par un tribunal de Tripoli et par conséquent introuvable, ainsi que Béchir Saleh blessé par balle en février dernier et hospitalisé discrètement pour des raisons sécuritaires en Afrique du Sud .

Seulement, l'interrogation qui taraude les esprits est de savoir si la justice française entendra effectivement ces différents témoins afin d'élucider les chefs d'accusation de "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de fonds publics libyens" contre Nicolas Sarkozy.




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