Corruption en Afrique: Le Français Vincent Bolloré jugé en correctionnel

Vincent Bolloré, l’homme fort des médias dans l’Hexagone
Par Eugène SAHI
Publié le 27 février 2021 à 17:32 | mis à jour le 27 février 2021 à 17:32

Vincent Bolloré, le groupe Bolloré SE et deux autres cadres plaident coupables pour corruption au Togo. En reconnaissant sa culpabilité, une juge estime "nécessaire" que le milliardaire français soit jugé en correctionnel.

Vincent Bolloré, l’homme fort des médias dans l’Hexagone

Vincent Bolloré, le milliardaire français, pensait échapper à un procès à Paris pour corruption au Togo en reconnaissant sa culpabilité et en payant 375.000 euros d'amende, mais une juge a refusé vendredi de valider cet accord.

Les juges d’instruction ont en effet établi que l’industriel français et son groupe ont payé 370 000 euros de dépenses de communication au président togolais Faure Gnassingbé afin d’obtenir des contrats et avantages fiscaux sur le port de Lomé, comme le révèlent des médias français.

Ce dossier, c’est celui, en 2009, de la prolongation et l'extension de la concession du port de Lomé, au Togo. Et cela concerne un continent, l’Afrique, à l’origine de sa fortune estimée à 5,7 milliards d’euros par le magazine « Challenges ».

Au terme de son instruction, la juge Aude Buresi, longtemps épaulée dans ce dossier par Serge Tournaire, a estimé qu’un pacte de corruption a été scellé entre la direction du groupe Bolloré et le président du Togo avant sa réélection en mars 2010.

Le 10 août 2009, Vincent Bolloré écrivait en effet à Faure Gnassingbé son espoir que son groupe joue « un rôle moteur sur le port de Lomé ».

Dans les mois qui ont suivi, le groupe Bolloré SE a payé pour 300 000 euros de dépenses de communication, fournies essentiellement par sa filiale Havas, au président en campagne.

En juillet 2011, le groupe a aussi nommé le demi-frère du président, Patrick Bolouvi, directeur général de la filiale d’Havas au Togo.

Vincent Bolloré, Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré, et Jean-Philippe Dorent, directeur international de l'agence de communication Havas (filiale de Bolloré), étaient venus confiants au tribunal judiciaire de Paris.

Au terme d'une enquête confiée en 2013 à des juges d'instruction et après deux mois de négociations avec le Parquet national financier (PNF), les trois hommes avaient accepté une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) et le paiement d'une amende de 375.000 euros, a révélé vendredi l'hebdomadaire l'Obs.

La CRPC - sorte de "plaider-coupable" à la française - repose sur un accord entre le Parquet et l'auteur d'une infraction, qui reconnaît sa culpabilité et paie une amende.

Mais un juge doit ensuite donner son feu vert lors d'une audience en présence du ministère public, des mis en cause et de leurs avocats.

SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry


Lors de l'audience vendredi, la holding et MM. Bolloré, Alix et Dorente ont reconnu avoir utilisé les activités de conseil politique de la filiale Havas afin de décrocher la gestion des ports de Lomé au Togo et de Conakry en Guinée au bénéfice d'une autre filiale, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l'élection à la présidence guinéenne d'Alpha Condé fin 2010 et avait remporté la concession à Lomé peu avant la réélection en 2010 au Togo de Faure Gnassingbé.

Ces deux personnalités politiques étaient alors toutes deux conseillées par Havas pour leur campagne électorale. Les protagonistes de l'affaire avaient obtenu en juin 2019 l'annulation par la cour d'appel de Paris de leur mise en examen pour une partie des infractions concernant la Guinée, pour cause de prescription.

Vendredi, le procureur du PNF a souligné que l'amende de 375.000 euros acceptée par les trois hommes d'affaires correspondait à la peine d'amende maximale encourue.

"Cette peine prend en compte la gravité des faits à travers le quantum maximal, leur ancienneté et la clôture des poursuites pour le groupe Bolloré", a-t-il ajouté, écartant la possibilité d'une peine de prison, alors qu'ils risquaient jusqu'à cinq ans.






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