Thomas Sankara : Deux images, une mémoire, ce que le temps aurait pu changer

Il y a d’abord une image ancienne de Thomas Sankara, en noir et blanc, des années 1980. Un homme en uniforme, le regard droit, la posture ferme. Elle renvoie immédiatement à une époque précise, à un moment suspendu de l’histoire du Burkina Faso. Puis une seconde image plus récente, le même visage, marqué par l’âge, avec des cheveux grisonnants. La présence est toujours solennelle mais apaisée. Ces deux visuels dialoguent entre eux, un peu comme si le temps avait accepté d’ignorer la trahison de Blaise Compoaré.

Thomas Sankara, un leader ne meurt pas

Thomas Sankara a été assassiné en octobre 1987, à 37 ans. Une mort brutale, survenue lors d’un coup d’État mené par celui qui était alors son plus proche compagnon de route, Blaise Compaoré. L’événement a figé à jamais l’image du président burkinabè dans une jeunesse révolutionnaire, presque intemporelle. Sankara n’a jamais vieilli dans la mémoire collective. Il est resté cet officier austère, charismatique, porté par une vision radicale de l’émancipation africaine.

La première photo en blanc et noir, prise l’année de son assassinat, s’inscrit dans ce récit. Elle incarne un homme au sommet de son engagement politique, déjà isolé, contesté, mais toujours déterminé. À cette époque, Sankara mène une politique de rupture : refus de la dette qu’il juge néocoloniale, promotion de l’autosuffisance alimentaire, lutte affichée contre la corruption et les privilèges. Un discours frontal, parfois dérangeant, qui lui vaut autant d’admirateurs que d’ennemis, au Burkina Faso comme à l’extérieur.

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La seconde image propose autre chose. Elle ne raconte pas ce qui a été, mais ce qui aurait pu être. Un Sankara plus âgé, le visage marqué par les années, peut-être par les désillusions aussi. Elle invite à une réflexion plus intime : que serait devenu cet homme s’il avait survécu aux luttes de pouvoir ?

Aurait-il conservé la même intransigeance ? Aurait-il assoupli son discours face aux contraintes économiques et géopolitiques ? Personne ne peut répondre. Mais cette projection rappelle une vérité simple : l’assassinat de Thomas Sankara a interrompu une trajectoire humaine et politique.

Pendant des décennies, la question de sa mort est restée enveloppée de silences et de non-dits. Ce n’est que récemment que la justice burkinabè a commencé à lever le voile en reconnaissant officiellement la responsabilité de Blaise Compaoré, condamné par contumace. Pour beaucoup de Burkinabè, cette reconnaissance tardive ne répare pas tout, elle ne répare même rien, mais elle redonne une place à la vérité dans l’histoire nationale.

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Ces deux images, mises en regard, ne sont donc pas de simples illustrations. Elles fonctionnent comme un miroir tendu au présent. D’un côté, le Thomas Sankara figé dans l’instant de sa disparition ; de l’autre, une figure vieillie, presque familière, qui rappelle ce que le pays – et peut-être l’Afrique – a perdu en 1987. Entre les deux, il y a un gouffre : celui d’un avenir qui n’a jamais eu lieu.

Aujourd’hui encore, le nom de Thomas Sankara continue de circuler dans les discours politiques, les manifestations, les débats sur la souveraineté et la gouvernance en Afrique de l’Ouest. Sa parole, pourtant prononcée il y a près de quarante ans, reste étonnamment actuelle. Peut-être parce que, justement, il n’a jamais eu le temps de décevoir.


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