Burkina: Bassolé refuse de commenter les écoutes téléphoniques

Djibril Bassolé assure ne pas avoir reçu d’argent de la part de Guillaume Soro
Par Manuella Yapi
Publié le 08 janvier 2019 à 09:25 | mis à jour le 08 janvier 2019 à 09:25

L’un des principaux accusés au procès du putsch manqué du 16 septembre 2015 au Burkina Faso, le général Djibril Bassolé, a refusé lundi à Ouagadougou de commenter le contenu des écoutes téléphoniques sur lesquelles reposent principalement les accusations à son encontre, estimant qu’elles sont "fausses" et "fabriquées", à la reprise du procès.

Bassolé assure ne pas avoir reçu d’argent de la part de Guillaume Soro

En septembre 2016, la justice avait demandé à l’expert allemand Hermann Künzel d’analyser les enregistrements téléphoniques présumés mettant en cause le général Bassolé et le président de l’Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, dans la tentative de coup d’État.

"Je ne peux m’engager à discuter de choses dont on ne connait pas l’origine", a dit l'accusé, se demandant comment ces écoutes "fausses et fabriquées" ont été "judiciarisées et surtout comment elles ont été largement diffusées sur internet".

Après plusieurs tentatives vaines pour le faire réagir sur ces enregistrements à travers des questions posées sous divers angles, le procureur a lu pendant deux heures le contenu de plus d'une trentaine de conversations téléphoniques entre l’ex-ministre burkinabè et des interlocuteurs dont M. Soro, une femme depuis le Togo et d'autres inconnus.

"C’est justement ce genre d‘exercice inutile que je voulais éviter", a réagi l’accusé, l’air agacé, reprochant au parquet de "lire tout et n’importe quoi (pour) semer la confusion dans les esprits", alors que le dossier est "vide".

Djibril Bassolé a suggéré au parquet d'adopter "des approches beaucoup plus précises et rigoureuses (…) plutôt que de se perdre dans des lectures fastidieuses", demandant qu’on situe "concrètement (sa) part de responsabilité, le soutien qu’(il a) pu apporter" dans la tentative de coup d’Etat.

"Libre à vous de ne pas répondre aux questions, mais vous ne pouvez pas amener le ministère public à aller dans le schéma que vous préférez", a répondu le procureur militaire, soutenant que M. Bassolé, de connivence avec Guillaume Soro, "incitait le général Diendéré (principal accusé) et les membres du RSP (régiment de sécurité présidentielle, ex-unité d’élite) à ne pas désarmer".

Tout le long de son interrogatoire, l’ex-ministre burkinabè des Affaires étrangères a remis en cause l’authenticité de ces écoutes, assurant ne pas avoir reçu d’argent de la part de M. Soro, dont la voix n'a par ailleurs pas été confirmée avec certitude par des analyses selon lui.

La défense de Djibril Bassolé disent avoir porté plainte pour "faux, déclaration de faux" auprès du tribunal de première instance de Ouagadougou, portant principalement sur le rapport d’expertise de M. Künzel. Selon l’expert français qu’elle a mandaté, ces enregistrements "ne proviennent pas d'une interception téléphonique classique".

Ce sont 84 personnes, dont neuf en fuite, qui sont poursuivies essentiellement pour "attentat à la sûreté de l’Etat", lors du putsch manqué de septembre 2015.

La résistance populaire contre la tentative de coup d’Etat a officiellement fait 14 morts et une quarantaine de blessés.



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