CIV : Cacao, le régime Ouattara épinglé pour mauvaise gestion (Audit)

Mauvaise gestion de la filière cacao selon l'audit du KPMG

La filière cacao traverse une zone de turbulences ces dernières années. Le cabinet KPMG qui a audité le secteur a livré un rapport, dont La Lettre du Continent a reçu copie. Celui-ci incrimine le pouvoir d'Abidjan pour sa gestion approximative de la filière.

Filière cacao, le cabinet KPMG révèle le clientélisme du gouvernement ivoirien

Le poumon de l'économie ivoirienne est à terre. Ce profond malaise que traverse la filière café-cacao a en effet été mis à nu par le cabinet international d'expertise-comptable, d'audit et de conseil KPMG, qui a rendu son rapport le 12 mars dernier. Cet audit a permis de découvrir de réels dysfonctionnements dans la gestion de cette filière qui pèse à elle seule 15% du PIB et assure 50% des recettes d'exportation, soit 2/3 des emplois directs et indirects dans le pays. Il a d'ailleurs suffi de la réduction du prix du cacao sur le marché international pour que le gouvernement ivoirien réduise de 10% le budget national 2017.

Et pourtant, rien n'est fait pour tirer la filière vers le haut. C'est du moins ce qu'a révélé le passage à la loupe de ce secteur clé de l'économie après la campagne catastrophique 2016-2017. Le rapport d'audit indique une « gestion approximative » du Conseil du café-cacao (CCC) par les différentes structures mises en place par le gouvernement ivoirien.

Le Conseil d'Administration dirigé par Lambert Kouassi Konan, un proche du président du PDCI Henri Konan Bédié, a été royalement mis à l'écart au profit de personnalités proches du Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel). Ceux-ci se sont adonnés à un véritable clientélisme en attribuant des agréments à des structures non qualifiées. Ces sociétés exportatrices dirigées par des proches du régime ivoirien n'avaient « ni la surface financière ni les compétences techniques requises » pour l'exécution des marchés qui leur ont été attribués au mépris des règles en la matière.

La réattribution de ces contrats à des multinationales plus compétentes, notamment Cargill, Touton et Cémoi, a causé une perte de 185 milliards de F CFA (282 millions €) aux finances publiques de Côte d'Ivoire. Cependant, le gouvernement ivoirien est resté impassible, dans un certain silence frisant quelque peu la complaisance et la complicité.

Le limogeage tardif de Mme Massandjé Touré-Litsé et la nomination de Yves Brahima Koné à la direction générale du Conseil du café-cacao (CCC) n'ont nullement mis fin à la crise dans la filière. D'ailleurs, le professionnalisme du personnel de cette structure étatique laisse à désirer.

Les producteurs de la fève brune continuent de subir de plein fouet les affres de cette crise dans la filière cacaoyère. Espérant une réévaluation du prix de leurs produits à la campagne intermédiaire qui a démarré début avril eu égard à une hausse du prix sur le marché international, le gouvernement a décidé de maintenir le prix du kilogramme bord champ du cacao à 700 francs CFA.

C'est dans ce contexte peu reluisant que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly a pu obtenir une aide de 300 millions de dollars auprès de la Banque mondiale pour relancer le secteur en donnant un coup de main à son poulain (le nouveau DG du CCC).