"Toutes les alertes sont au rouge en Côte d'Ivoire", Kobenan Tah Thomas

Pour Kobenan Tah Thomas, le risque d'une
Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 20 février 2020 à 12:53 | mis à jour le 27 février 2020 à 04:29

Kobenan Tah Thomas, vice-président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-DA), a, dans la contribution ci-dessous, exprimé de réelles craintes face aux risques avérés d'une "implosion sociale" à quelques 8 mois de la prochaine élection présidentielle.

Pour Kobenan Tah Thomas, le risque d'une "implosion sociale" est avéré en Côte d'Ivoire

La Côte d’Ivoire, notre pays, vit des heures dramatiques de la saga de son apprentissage de la Démocratie et de la Gouvernance Démocratique. En le disant, il ne s’agit ni plus ni moins de faire porter à notre gouvernement, de façon univoque, le chapeau de la responsabilité de ce drame. Il s’agit justement, et bien au contraire, de poser un problème dans sa singulière simplicité afin que le peuple, ce corps souverain que chaque politique (et tous sans exception) veut convaincre du bien-fondé de la raison de sa position et de sa posture actuelles, en connaisse davantage.

Dans notre entendement en effet, un peuple, bien au parfum des faits, est plus apte à juger, à opérer librement des choix. Dans cette optique, l’usage des ruses, des intimidations, des violences et autres camouflages sont reconnus d’office comme étant destinés à infantiliser le rôle du peuple, à le rendre accessoire, ou même à le nier carrément, lui qui est dans notre démocratie, de tout premier ordre. Il est donc, cet usage-là, à proscrire.

Toutes les alertes sont au rouge. Il y a une certaine unanimité sur la lourdeur du climat social et politique en côte d’Ivoire, les risques d’implosion sociale (même si d’aucuns les ressentent subjectivement potentiels et virtuels) sont réels et les peurs du peuple sont légitimes; les douloureux souvenirs de la crise de décembre 2010 à avril 2011 constituent des affres que personne, d’aucun camp, d’aucun clan n’est prêt à revivre.

D’ailleurs, il ne serait pas abusif de lire dans l’attitude de certains quartiers généraux politiques, une attitude sibylline qui consiste à exploiter cette résilience du peuple, son refus de prendre part aveuglement à la discorde comme leur victoire d’office. Sur ces bases en effet, des agendas sont élaborés par leurs soins et qui projettent de perpétuer des violations élémentaires des droits du peuple et du Droit tout court.

La discorde qui oppose le gouvernement à la classe politique opposée porte sur le cadre général de la présidentielle d’octobre 2020 et des autres joutes électorales à venir. Elle se décline en plusieurs points et nous ne retiendrons ici que quelques-uns parmi les plus essentiels.

Premièrement. L’Etat de Côte d’Ivoire, aux termes de l’Arrêt du 18 Novembre 2016 de la Cour Africaine des droits de l’Homme et des Peuples, viole son obligation de créer un organe électoral indépendant et impartial tel que le prévoient l’article 17 de la Charte africaine sur la démocratie et l’article 3 du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie. La conséquence de cette violation est tout simplement la violation par l’Etat ivoirien de son obligation inaliénable de garantir la libre participation des citoyens à la gestion des affaires publiques de leur pays; ce droit étant par ailleurs garanti et stipulé par écrit par l’article 13, alinéas 1 et 2, de la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples. Nous y reviendrons de façon détaillée dans l’épisode 2 de notre contribution.

Deuxièmement. Les consultations initiées par l’État de Côte d’Ivoire en vue de parvenir à des clauses plus consensuelles sur le cadre général des élections sont régulièrement entrecoupées par des déclarations des membres du gouvernement qui rendent compte du fait que manifestement, le régime en place est unilatéralement satisfait des règles de compétition électorale et qu’il manque à leur élan de discussion de faire des concessions qui puissent arranger le consensus.

Cette posture du pouvoir que nous qualifierons, par euphémisme, comme étant peu orthodoxe, a obligé certaines organisations internationales, et non des moindres, à savoir la Commission de l’Union Africaine par la voix de son président au cours du 33ème Sommet des Chefs d’État et de gouvernement de l’UA, Human Rights Watch dans un rapport récent, et le Conseil de sécurité l’ONU à s’inviter dans le débat sur le cadre général des élections en Côte d’Ivoire. L’environnement politique est crispé au point qu’aucune des institutions de l’appareil de l’Etat n’ose opiner sur ces questions; il semble que tous les pouvoirs de décisions soient tenus par le président de la république. Ce point-là fera l’objet de notre épisode 3.

Troisièmement. Certaines disparités instaurent dans le découpage électoral des déséquilibres que l’on a du mal à justifier. Reprenons à notre compte cette analyse du professeur Mamadou Koulibaly:

- « La région du Guémon : 919 mille habitants, 7 députés, la région du Kabadougou : 193 mille habitants, 7 députés, où est la logique ?

- Le département de Kong 87mille / 88 mille habitants 3 députés, vous prenez le département de Ouangolo, qui est à quelques kilomètres de Kong, 236 mille habitants, 2 députés, où est la logique ?

- Le département de Béoumi, 94 mille habitants, 2 députés, le département de Sakassou, 94 mille habitants, 1 député, où est la logique ? ».

Au-delà de la question des illogismes, il y a une perfection indéniable à réaliser dans le découpage pour que toutes nos circonscriptions administratives et électorales soient égales et si des exceptions doivent y exister, que le peuple souverain convienne desdites exceptions. Autrement, ce serait des manœuvres conduites pour tirer arbitrairement avantage de certaines situations politiques.


Bien sûr, nombreux parmi nos concitoyens disent habituellement qu’hier, quand un tel était au pouvoir, telle situation prévalait; pourquoi veut-on exiger aujourd’hui de la perfection de tel autre avant d’aller aux élections? Qu’on se mette d’accord. Ce ne sont pas des exigences faites aux personnalités qui animent l’appareil de l’Etat. Ce sont des exigences de l’Histoire, ce sont des exigences de la modernité sociale et politique du 21ème Siècle.

Il est hors de question que nous acceptions d’évoluer dans la linéarité du temps et de tolérer voire excuser nos tares qui ont fait l’objet de luttes, d’âpres luttes d’ailleurs, de sacrifier les acquis de ces luttes de la démocratie. Tous les politiques ont un devoir envers l’Histoire; celui d’éviter autant que possible, d’inscrire sur ses pages, un atavisme handicapant sa marche positive.

Kobenan Tah Thomas,

Vice-président du PDCI-RDA

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