Adama Bictogo : la chute après l’ascension ?

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Hommes d’affaires et acteur politique, Adama Bictogo est un membre influent du parti présidentiel RHDP, même si cela est moins vrai ces derniers temps. Depuis près de 30 ans, il a bâti une notoriété politique qui l’a rapproché des cercles restreints de décisions au sommet de l’État. Alors qu’Alassane Ouattara entame un quatrième mandat, Adama Bictogo est contraint de descendre de son piédestal. Réélu député, il n’est malheureusement pas le choix du président du RHDP pour reprendre la tête de l’Assemblée nationale.

Adama Bictogo face à un revers au RHDP ?

Comme une traînée de poudre, l’information est tombée dans la journée du jeudi 15 janvier 2026. Au détriment d’Adama Bictogo, Alassane Ouattara a préféré son ancien Premier ministre, Patrick Achi, au poste de président de l’Assemblée nationale. Le député Bictogo aurait acquiescé à cette décision du patron de la mouvance présidentielle. N’empêche que cela reste un camouflet pour le patron de la Société nationale d’édition de documents administratifs et d’identification (SNEDAI), qui paie peut-être le prix de certaines erreurs politiques.

Pour beaucoup d’observateurs politiques, le maire de Yopougon amorce une descente, après avoir été longtemps considéré comme l’un des « héritiers » d’Alassane Ouattara.

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Titulaire d’un DEUG II en économie appliquée, obtenu à l’université de Créteil Paris XII, et d’un master en stratégie et administration d’entreprise à l’Institut supérieur de gestion, Adama Bictogo a été sollicité par le général Robert Guéï. Il a rejoint ce dernier en tant que conseiller spécial en 1999. Proche d’Alassane Ouattara, il est nommé ministre de l’Intégration africaine, poste qu’il a dirigé de 2011 à 2012, avant d’être emporté par un scandale de déchets toxiques. Le cabinet MBLA, qu’il dirigeait jusqu’en 2010, était accusé d’avoir perçu indûment une partie des fonds de Trafigura, destinés au dédommagement des victimes du scandale de déchets toxiques.

En 2011, alors qu’il était encore ministre, il s’est fait élire député dans la circonscription d’Agboville. Dans cette même circonscription, son fief naturel, il a enchaîné sa réélection en 2016 et en 2021. Ces résultats confirment son hégémonie dans la région. Il renforce son positionnement au sein du RHDP alors qu’il avait été débarqué du poste de directeur exécutif au poste de secrétaire exécutif.

En juin 2022, il est désigné pour représenter le parti à l’élection du président de l’Assemblée nationale après le décès d’Amadou Soumahoro, dont il était le vice-président.

“Je suis un homme de mission auprès du président Alassane Ouattara”

La vérité est que l’homme d’affaires n’est véritablement jamais arrivé à s’imposer et à faire peser son influence dans l’entourage du président de la République. Par contre, il se montre dévoué et au service du chef, comme tous les autres membres du parti présidentiel. « Je suis un homme de mission auprès du président Alassane Ouattara. J’ai toujours été un homme de mission. Le président m’a toujours confié des missions et je les ai toujours accomplies », a-t-il indiqué dans un entretien avec France 24.

Mais certains perçoivent ce dévouement comme une stratégie de séduction pour reprendre les plumes qu’il a perdues. Les rapports avec Adama Bictogo se sont subtilement détériorés avec des dossiers comme le scandale du passeport, qui, aux yeux du Président Alassane Ouattara, était un dossier de trop.

Le chef de l’État aurait même pensé à retirer l’entreprise de son camarade de parti de la gestion des documents administratifs ivoirien avant de revenir sur sa décision. Le fait que des passeports ivoiriens se vendent comme de petits pains dans les réseaux de trafic à l’étranger avait fortement dérangé le chef de l’État. C’est peut-être là le point de départ d’une rupture inévitable.

Adama Bictogo, comment il a creusé sa propre tombe

Lors de la dernière présidentielle, Bictogo avait été soupçonné d’ambitions trop démesurées. Il s’était même permis d’exercer sur le Président Ouattara une certaine pression lorsque celui-ci hésitait à faire connaître sa décision pour une 4e candidature.

Bictogo, comme pour lui couper l’herbe sous les pieds par l’effacement de l’argument d’une relève pas vraiment prête, a confié être prêt à relever le défi d’être candidat du RHDP à l’élection présidentielle si Alassane Ouattara voulait bien lui confier la mission. Cette manœuvre passe mal parce que tous les cadres du parti savaient qu’il n’y avait pas de doute sur la présence du chef dans la course.

Cette façon de faire déplaît alors profondément au sein du RHDP, où certains cadres ne lui cachent pas leur agacement. Mais ce n’est que l’action publique qui aide à perdre l’homme. Dans le cadre de ses activités de Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, notamment lors d’un voyage en France, Bictogo aurait partagé ses ambitions présidentielles à plusieurs officiels français. Cela égratignait fortement l’image de son mentor Alassane Ouattara, vu par certaines personnalités étrangères comme un homme avec une soif excessive de pouvoir.

Ce qu’ignorait le PAN, c’est que ces peaux de bananes subtilement placées sur le chemin du Président ivoirien lui revenaient aux oreilles. Idem pour des commentaires inamicaux qu’il aurait également tenu envers le même Alassane Ouattara. C’est la somme de toutes ces déceptions qui a poussé le Président à l’effacer de la chaîne de commandement du pays, en retirant la caution du RHDP à sa candidature pour rempiler.

Et ce n’est que le début

Cette décision est lourde de sens pour le maire de Yopougon, qui a sans doute mis du temps avant de réaliser qu’il avait perdu la confiance du patron. Même s’il s’est fortement impliqué dans la campagne présidentielle sans enjeu, le mal était déjà fait. Ce que confirme aujourd’hui le choix d’Achi Patrick pour le remplacer.

Le Président Ouattara est connu pour élever très haut ses collaborateurs. L’inverse est tout aussi vrai lorsqu’il décide de lâcher un de ses soldats. Le cas Guillaume Soro, qu’il a fait tomber de son piédestal, est encore frais dans les mémoires. De puissant patron de l’Assemblée nationale, l’ancien chef rebelle est aujourd’hui un homme reconnaissant de circuler en liberté, il est vrai, loin de la Côte d’Ivoire.

Tous les flagorneurs qui l’encourageaient à croiser le fer avec Ouattara ont, les uns après les autres, lâché leur ancien patron pour rallier les rangs du RHDP.

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Dans le cas Bictogo, le Président, qui ne banalise aucune adversité, ne devrait pas longtemps lui laisser le marché des passeports. Pour déstructurer son entourage, les positions favorables dont il s’est servi pour fructifier ses affaires devraient lui être fermées.

Bictogo a visiblement déjà quitté le tabouret sans avoir préalablement renié le RHDP, une autre forme de karma en réponse à son fameux slogan : “Tu n’es pas RHDP, tu libère le tabouret”. Lui devra libérer le « Tabouret » même en étant RHDP.


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