Justice économique en Côte d’Ivoire : le PPEF durcit le ton dans le scandale SNEDAI

Montrer le sommaire Cacher le sommaire

L’actualité de la justice économique en Côte d’Ivoire tournait ces derniers mois autour de l’affaire SNEDAI 2. Le couperet tant redouté est tombé à Abidjan, où les juges ont eu le bras lourd. Dans ce dossier de corruption interne à l’entreprise du Député-Maire de Yopougon, M. Adama Bictogo, le Pôle pénal économique et financier (PPEF) a prononcé une sévère condamnation contre le directeur administratif et financier de l’entreprise.

La Société nationale d’édition des documents et d’identification de l’État (SNEDAI) fait l’actualité pour de lourds détournements en son sein. Le verdict est venu clôturer une affaire de détournement de gros sous à hauteur de 1,6 milliard de francs CFA. La justice a condamné à 7 ans de prison ferme, assortis de 5,538 milliards de francs CFA d’amendes, le principal accusé. À ses côtés dans le box, la société Porcelestone Group, qui a été présentée comme une structure-écran, a elle aussi écopé d’une sanction encore plus exemplaire de 8,395 milliards de francs CFA.

Un montage discret, trop discret à la SNEDAI

Cette décision pourrait n’être que provisoire, puisqu’au fil des audiences, une forte impression d’un système plus large, plus diffus, s’est imposée. Le seul sort judiciaire du cadre dirigeant de la SNEDAI ne suffira peut-être pas à épuiser tous les contours de l’affaire.

Comment la Côte d’Ivoire a renforcé son maillage sécuritaire
Côte d’Ivoire : nouveaux prix des produits pétroliers

Les faits remontent à plus de deux ans. Treize chèques sont émis par la SNEDAI au profit de l’entreprise écran Porcelestone Côte d’Ivoire, une société faussement enregistrée et reconnue dans les bases internes de l’entreprise publique. Rien d’anormal en apparence. Cependant, les fonds n’atterrissent pas là où ils devraient.

Lire aussi : L’argent des passeports ivoiriens & Snedai, silence inquiétant de la justice

Le plus frappant est l’absence d’alerte. Ni la trésorerie ni la direction générale de la SNEDAI ne signalent les anomalies visibles dans l’affaire. Les flux passent tels une lettre à la poste. Il faudra un audit interne pour mettre au grand jour les irrégularités et déclencher, au mois de juillet 2025, une enquête judiciaire pour déterminer l’ampleur de la malversation financière.

Le parquet d’Abidjan ne tardera pas à viser le DAF, soupçonné alors d’avoir été l’architecte du dispositif d’évasion des fonds. Mais il n’est pas seul : il a un complice qui, depuis, a pris la poudre d’escampette. Les réquisitions seront constantes : sept ans de prison ferme, et le tribunal suivra cette ligne.

Une audience sous tension

Le procès n’a pas été un long fleuve tranquille. Plusieurs reports, une dernière audience en janvier 2026, et des témoignages parfois déroutants. À la barre, Mme Banouma Mariam, appelée à s’expliquer sur la certification de certains chèques, laisse entendre qu’elle n’a jamais eu connaissance de Porcelestone Group. Une déclaration qui a laissé planer un gros doute : comment valider des paiements sans identifier le bénéficiaire final ?

L’équipe de la défense tente, elle, de déplacer le projecteur. Selon les avocats du DAF, leur client serait moins un cerveau qu’un rouage commode, un « bouc émissaire » sacrifié pour cacher des dysfonctionnements internes bien plus profonds. Ils parlent d’un « puits profond et trouble », qui confirme une culture de contrôle déficiente. Par ailleurs, ils évoquent une tolérance tacite de ces pratiques.

Lire aussi : Rien ne va plus pour Adama Bictogo, le fisc en action

La partie civile, elle, représentée par la SNEDAI, réclame le remboursement intégral des sommes détournées. Une position attendue, mais qui n’efface pas une question fort embarrassante. Comment une entreprise chargée de missions aussi sensibles a-t-elle pu laisser passer de tels mouvements financiers sans réagir ?

Une entreprise stratégique sous pression

La SNEDAI opère au cœur du dispositif d’identification de l’État ivoirien, un secteur hautement stratégique. Sa direction a longtemps compté des figures réputées proches du pouvoir, ce qui confère à chaque affaire la concernant une dimension politique. Même lorsqu’elle n’est jamais formulée, cette dimension subsiste.

Mais ce dossier n’arrive pas seul. Les débats ont fait remonter d’autres zones d’ombre : des flux suspects vers des sociétés comme Median Consulting, et surtout des retraits en espèces évalués à environ 2,4 milliards de francs CFA sur cinq ans. Ces éléments, sans être directement jugés dans cette affaire, nourrissent le soupçon d’un fonctionnement financier peu orthodoxe.

Le PPEF, selon plusieurs sources proches du dossier, n’écarte pas d’élargir ses investigations. L’objectif ne serait plus seulement de sanctionner des individus, mais de comprendre si des réseaux plus vastes de malversations opèrent, ou ont opéré, au sein d’entreprises publiques ivoiriennes. En effet, les montants retournés en espèces auraient dû alerter bien au-delà de l’entreprise. Les autorités de sécurité financière de Côte d’Ivoire, qui surveillent les mouvements d’argent à partir des banques, auraient aussi dû être alertées.

Détournement présumé à la SNEDAI : un verdict lourd qui ouvre d’autres questions

Côte d’Ivoire : les soutiens de Téné Birahima Ouattara au sein du pouvoir
Côte d’Ivoire : Formation professionnelle, Adama Kamara promet de la rigueur

Avec cette décision, la justice économique ivoirienne envoie un message clair : les détournements de fonds publics, surtout lorsqu’ils touchent des secteurs sensibles, ne seront plus traités avec indulgence. Les montants des amendes, inhabituels par leur ampleur, visent autant à punir qu’à dissuader. Une chose reste cependant curieuse. Comment un coupable reconnu du détournement de 1,6 milliard de francs CFA va-t-il pouvoir régler une amende de 5,538 milliards de francs CFA ?

Ce jugement marque-t-il le début d’un assainissement durable, ou seulement l’épisode le plus visible d’un problème plus ancien ? Dans les couloirs du palais de justice comme dans les cercles économiques d’Abidjan, beaucoup attendent la suite. Et surtout, de voir jusqu’où la lumière sera réellement portée.


Vous aimez cet article ? Partagez !



Afrique-sur7.fr : Actualités Afrique, Politique, Économie et People en continu est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :