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Moteur historique de l’économie avec 30 % du PIB, l’agriculture au Bénin opère une mutation structurelle profonde pour s’extraire du cycle de l’exportation brute. En couplant une productivité record, portée par le leadership dans le coton, à l’essor industriel de la zone de Glo-Djigbé et à des mécanismes de financement innovants, le pays transforme ses champs en véritables bassins d’emplois qualifiés, tout en plaçant la transition écologique au cœur de sa souveraineté alimentaire.
Au Bénin, l’agriculture occupe toujours une place centrale dans l’économie, contribuant à près de 30 % du produit intérieur brut et assurant l’emploi de près de 70 % de la population active en 2025. Longtemps dominée par l’exportation de matières premières peu transformées, elle connaît depuis 2016 une évolution progressive de son modèle. L’enjeu n’est plus seulement d’augmenter les volumes produits, mais d’organiser des filières plus structurées, d’industrialiser une partie des chaînes de valeur et de sécuriser les financements.
Bénin : Une production agricole en forte progression
Le coton reste l’exemple le plus visible de cette montée en puissance. Lors de la campagne 2014-2015, la production s’établissait autour de 394 000 tonnes. Dix ans plus tard, elle dépasse régulièrement les 630 000 tonnes, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture et de l’Association interprofessionnelle du coton.
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Cette progression place le Bénin parmi les premiers producteurs africains. Selon l’Organisation internationale consultative du coton (ICAC), le pays a occupé à plusieurs reprises la première place sur le continent, devant le Mali et le Burkina Faso. Dans la sous-région, où les rendements moyens tournent souvent autour de 0,8 à 1 tonne par hectare, le Bénin affiche des performances estimées entre 1,1 et 1,2 tonne/ha.
Cette progression repose sur une réorganisation des filières, une distribution plus rigoureuse des intrants et un encadrement renforcé des producteurs. Dès 2016, la modernisation agricole a été intégrée aux priorités gouvernementales, avec un accent mis sur la professionnalisation des organisations de producteurs, la réforme du cadre de commercialisation et le renforcement de la traçabilité.
La dynamique agricole ne concerne plus seulement le coton, mais aussi le riz, le maïs et l’anacarde, avec des progrès tangibles soutenus par des programmes publics et des appuis extérieurs. Dans le cadre du projet PACOFIDE financé par la Banque mondiale, les volumes de noix de cajou commercialisés par les producteurs bénéficiaires ont augmenté de 36 %, selon les rapports d’évaluation du projet publiés par la Banque mondiale.
Du côté des céréales, la production est passée de 2 737 481,2 tonnes en 2023-2024 à 2 905 684,7 tonnes en 2024-2025, soit une croissance de 6,1 %, selon les données de la Direction de la statistique agricole (DSA) du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche.
Transformation locale et industrialisation progressive
Aujourd’hui, l’économie agricole cherche à retenir une part plus importante de la valeur ajoutée sur le territoire national, en développant la transformation locale et en renforçant l’ancrage industriel du pays.
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La montée en puissance de la Zone industrielle de Glo-Djigbé constitue l’une des meilleures démonstrations de cette évolution. Implantée à proximité de Cotonou sur une superficie d’environ 1 640 hectares, cette plateforme concentre une part importante des investissements agro-industriels récents, avec au moins 1,4 milliard USD d’investissements mobilisés et plus de 36 investisseurs signés dans sa première phase de développement. Le coton et l’anacarde y sont déjà transformés par plusieurs unités, alors que plus de 14 installations industrielles sont en activité. La GDIZ revendique 10 000 à 15 000 emplois directs et vise environ 300 000 emplois d’ici 2030. Ces activités permettent d’acheminer des produits semi-finis ou finis vers les marchés internationaux, renforçant ainsi la valeur ajoutée locale.
Cette orientation vers la transformation locale s’inscrit dans un mouvement régional plus large. En Afrique de l’Ouest, plusieurs pays producteurs cherchent à limiter l’exportation brute afin de stabiliser les revenus agricoles et de créer des emplois industriels. Le Bénin s’aligne sur cette tendance, tout en misant sur un cadre réglementaire plus prévisible pour attirer les investisseurs.
Une nouvelle architecture de financement au service de l’agriculture durable
La véritable mutation du secteur ne réside plus seulement dans la technique, mais dans la levée du verrou financier. Le Fonds national de développement agricole (FNDA) s’est imposé comme le pivot de cette dynamique, facilitant l’injection de 88,6 milliards de FCFA en 2025 pour soutenir plus de 10 000 projets. Ce dispositif, soutenu par des partenaires stratégiques comme la KfW allemande, dépasse la simple logique de guichet : il impose une inclusion structurelle en réservant 30 % de ses ressources aux femmes et une part égale aux projets de transition écologique.
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Parallèlement, le Fonds national de la microfinance assure la capillarité de cette réforme au plus près des petits exploitants. Grâce au microcrédit Alafia, plus de 53 milliards de FCFA ont été injectés entre 2020 et 2025, offrant à 635 000 agriculteurs leur premier accès au crédit formel. Cet outil est décisif pour stabiliser les revenus ruraux face aux aléas saisonniers.
Enfin, cette puissance de feu financière est désormais orientée vers un impératif de régénération. Face à la dégradation de 62 % des terres, le Bénin déploie une feuille de route agroécologique à l’horizon 2030. L’objectif, soutenu par le Plan d’action national pour l’économie circulaire 2025-2035, est de rompre avec le productivisme classique pour bâtir un modèle où la performance économique concilie rendement et restauration des écosystèmes.

