Côte d'Ivoire : Guillaume Soro, de chef de guerre à apôtre de la paix

Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale ivoirienne

La Côte d'Ivoire est empêtrée dans une série de procès depuis la chute de l'ex-président Laurent Gbagbo. Guillaume Soro qui réitère sa volonté d'aller au pardon et à la réconciliation propose plutôt une justice transitionnelle à la rwandaise en lieu et place de celle dite "des vainqueurs" en raison de sa cible.

Sortie de crise, Guillaume Soro à l'école rwandaise

Après avoir entièrement endossé la rébellion et expliqué dans une publication pourquoi il est devenu rebelle (Pourquoi je suis devenu rebelle, le titre original), Guillaume Soro a désormais changé de fusil d'épaule. Pour le président de l'Assemblée nationale, les Ivoiriens doivent se pardonner mutuellement et réapprendre à vivre ensemble. En un mot, le pays doit redevenir une véritable Nation, où les Ivoiriens du Nord, du Sud, de l'Est et de l'Ouest se retrouvent pour communier.

Le chef du Parlement a partagé ce rêve, ce mardi 3 avril, à l'ouverture de la session ordinaire de l'institution qu'il dirige. Ayant pour invitée spéciale, Mme Donatille Mukabalisa, Présidente de la Chambre des Députés du Parlement du Rwanda, M. Soro a bien voulu s'inspirer du cas rwandais pour interpeller les représentants du peuple ivoirien sur la nécessité de tourner la page d'une décennie de guerre et de fracture sociale.

« Comment ne pas s’enrichir de votre expérience en matière de Justice transitionnelle qui a permis de passer rapidement de la haine au Pardon ? » s'est-il interrogé, avant de poursuivre : « Le Rwanda, assurément, est un cas d’école pour l’Afrique. Je suis admiratif de ce Peuple qui a su trouver dans une des pires tragédies de notre temps, l’énergie et la pugnacité pour rebondir. » Il a par ailleurs indiqué que « les juridictions transitionnelles rwandaises ont prouvé, par cette originalité bien africaine, leur pertinence et leur efficacité ».

L'ancien Premier ministre ivoirien ne croit pas si bien dire, d'autant plus que la justice ivoirienne semble s'acharner sur les cadres de l'ancien régime qui croupissent par centaines en prison. L'ex-première dame Simone Gbagbo, Lida Kouassi Moïse, Assoa Adou, Samba David et bien d'autres pro-Gbagbo qui sont engagés dans des procès presque interminables. Quant à l'ex-président Laurent Gbagbo et son ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, ils ont été transférés à La Haye où leur procès se poursuit devant la Cour pénale internationale (CPI).

Et pourtant, plusieurs proches du président Alassane Ouattara, épinglés par des enquêtes indépendantes pour violation massive des droits de l'homme et des crimes de guerre continuent, de jouir de leur liberté d'aller et de venir. Ils ont été pour la plus part promu à de hauts postes de responsabilité dans l'Administration ivoirienne.

Guillaume Kigbafori Soro préconise donc que les autorités ivoiriennes s'inspirent de l'exemple rwandais en acceptant « l’absolution des crimes contre le repentir ». Le député de Ferkessédougou avait déjà appelé le président Alassane Ouattara à oeuvrer à la libération des prisonniers pro-Gbagbo. « Il n'y a aucun intérêt à garder des gens en prison », avait-il conseillé, avant d'ajouter : « C'est ensemble que nous devons construire la Côte d'Ivoire. »