Côte d'Ivoire: 3e mandat, le cours de Droit du Pr Nyamsi à Dr Ouattara

Franklin Nyamsi fait un cours à Ouattara
Par Dreyfus polichinelle
Publié le 16 juin 2018 à 08:30 | mis à jour le 16 juin 2018 à 18:59

Franklin Nyamsi n'a pas été du tout tendre avec Alassane Ouattara lors d'une émission sur Africa 24. Le Conseiller spécial de Guillaume Soro a vertement mis le président ivoirien en garde contre la tentation d'un 3e mandat.

Franklin Nyamsi fait un cours de droit au président Ouattara Franklin Nyamsi met Ouattara en garde

Proche du président de l'Assemblée nationale Guillaume Soro, le professeur Franklin Nyamsi ne manque aucune occasion pour défendre la position de son leader. Sur le plateau de la chaîne panafricaine, le Franco-Camerounais s'est voulu très incisif vis-à-vis du président Alassane Ouattara qui a récemment évoqué la « possibilité » de se présenter à la présidentielle de 2020 pour un 3e mandat, d'autant plus que la Constitution de la 3e République le lui permettait.

Faux, rétorque Franklin Nyamsi qui estime que le président ivoirien faisait une interprétation erronée de la loi fondamentale. Aussi, dans une démarche digne d'un cours magistral dans une faculté de droit, le professeur en Philosophie s'est voulu on ne peut plus méthodique. A la question de savoir « pourquoi sur le continent s’est installé dans l’esprit des Africains qu’un président, aussi bon soit-il, aussi brillant que soit son bilan, doit partir au bout de deux mandats », il a déclaré :

« Votre question mérite d’être abordée sur 3 petits volets que je développerais assez rapidement.

Le premier volet est le volet constitutionnel. Cela renvoie ici à une science particulière du Droit, le Droit public. Et cette science dit que "lorsque dans une Constitution, il y a une clause qui n’a pas été changée lorsque cette Constitution est révisée, cette clause est réputée valable pour la Constitution suivante."

Le constituant ivoirien de 2016 a mentionné à l’Article 183 de cette Constitution que toutes les dispositions de la Constitution de 2000 qui n’auraient pas été modifiées par la nouvelle mouture demeuraient valables. C’est le cas de la clause qui dit, Article 35 de la Constitution de 2000 : "Le président de la République est élu une fois pour 5 ans, il est rééligible une seule fois. Cette clause a été reconduite dans l’Article 55 de 2016, disant ceci : le président de la République est élu pour 5 ans, il est rééligible une seule fois. »

Poursuivant, il ajoute que c'est sur cette base que le juriste maison d’Alassane Ouattara, le docteur en Droit, Ibrahim Cissé Bacongo, concluait en octobre 2016 : "Le droit ne permet pas au président de la République actuellement en exercice pour son deuxième mandat à partir de 2015 de se représenter." Ce volet est par ailleurs confirmé par le professeur Ouaraga Obou et le professeur Francis Wodié.

Il en conclut donc que d’un point de vue constitutionnel, en réalité le président de la République ne devrait même pas faire une déclaration publique dans laquelle il exprime une velléité d’affronter le texte qui régit la Côte d’Ivoire. « Nos Républiques africaines ne doivent pas être protégées par des individus, elles doivent être protégées par la loi. Le régime républicain est caractérisé par le fait que tous sont égaux devant la loi. Aucun individu ne peut dire qu’il est le garant, en tant que personne individuel, de la stabilité de son pays. La stabilité d’un pays est garantie par le respect de la loi que tous se sont donnés de manière consensuel », s'est-il voulu formel.

De même, sur le plan éthique et moral, Pr Nyamsi révèle qu'il y a une tendance terrible en Afrique qui est en train de s’incruster « malheureusement » dans le débat politique ivoirien. Il s'agit des chefs d’Etat qui ne respectent pas leur parole donnée. Aussi, interpelle-t-il directement le président Alassane Ouattara : « Le Président de la République de Côte d'Ivoire est un aîné et un père pour nous tous. C’est quelqu’un qui doit avoir une parole. Quand elle sort, elle n’est pas dédite. Dans sa déclaration à Jeune Afrique, il dit : J’irai au-delà de mes principes. Il ne faut pas aller au-delà de ses principes à cause de la politique. Il ne faut pas vendre son âme du pouvoir. » Le Camerounais révèle que le président ivoirien a également déclaré sur Al Jazeera : « In any case, i will run for next presidential election (dans aucun cas, je ne peux prétendre à candidater). »

Comme troisième volet de son analyse, Franklin Nyamsi indique que la paix et la stabilité de la Côte d’Ivoire passent par le pardon et la réconciliation de tous les Ivoiriens, selon ce que Guillaume Soro ne cesse de marteler.

Se tournant vers Stéphane Kipré, président de l'Union des nouvelle générations (UNG) et gendre de l'ancien président Laurent Gbagbo, Nyamsi s'interroge : « Pourquoi M. Kipré ne peut pas rentrer dans son pays depuis 2011 ? Parce que, s’il rentre, il craint d’être emprisonné. Pourquoi de nombreux Ivoiriens ne sont pas encore rentrés dans leur pays ? Qu’en est-il de ces nombreux Ivoiriens qui sont encore en prison à l’issue de la dernière crise postélectorale ? »

Eu égard à toutes ses observations, le Conseiller du chef du Parlement conclut en ces termes : « La Côte d’Ivoire est un trop grand pays pour l’Afrique francophone, pour l’Afrique en générale pour que ce soit le pays où va s’installer l’interprétation narcissique des Constitutions, la confiscation du thème de la stabilité politique par des individus et non pas par la loi. Et enfin, j’insiste, l’avenir de la démocratie ivoirienne passe par le pardon et la réconciliation. »



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