Franc CFA: D'injonctions contradictoires à la servitude volontaire!

Franc CFA, la version de NELSON ZIMIN
Par NELSON ZIMIN
Publié le 24 janvier 2019 à 19:41 | mis à jour le 24 janvier 2019 à 21:06

Le Sempiternel débat, et positions mitigées des Africains autour de la pertinence d’une monnaie qui régit le destin de 200 millions de personnes. Le franc CFA, boulet au développement économique pour certains, et une chance à la crédibilité de la zone franc pour ses défenseurs, ce cadeau du général de Gaulle aux anciennes colonies françaises d’Afrique est de plus en plus décrié par les nouvelles générations africaines qui en appellent à sa suppression. Qu’en est-il exactement pour qu’elle soit aujourd’hui indésirable ? Comment a été ficelé le deal de cette monnaie ? NELSON ZIMIN, dans cette nouvelle correspondance vous transporte à travers les nœuds d’un deal désuet.

Franc CFA, ces 14 pays peuvent-ils vraiment en sortir ?

Cher DÉGBA, mon frère

C’est à toi que j’ai pensé ce matin en faisant cette correspondance, car tu t’étonnais de la difficulté que tu avais à lever des fonds à PONTBRIDGE et dans l’espace UEMOA pour tes projets, alors que les entreprises internationales et françaises en particulier investissent à tour de bras chez nous. J’espère que tu as déjà bien mangé, parce que je vais te couper l’appétit pour cette journée, mais ça va te passer (Rire). Tu vas faire connaissance avec le franc CFA sous un angle complètement objectif et sans gants politiciens.

Dans mes recherches sur cette monnaie qui alimente les passions politiques, j’ai découvert ce que je vais te présenter en deux parties.

Elle vaut 0,0015 euro, est utilisée dans 14 pays de l’Afrique subsaharienne et est fabriquée dans deux petites bourgades françaises : Chamalières et Pessac.

Le franc CFA et le Franc comorien qui lui vaut 0,0020 euro sont les deux monnaies coloniales encore en service dans le monde. Souvenir, souvenirs !

1939, la France crée la zone « franc » et renforce ainsi le contrôle de la métropole sur les monnaies de ses colonies. Cela a pour objectif de garantir la disponibilité des matières premières au meilleur prix, même en temps de guerre. 6 ans plus tard et quelques mois après l’armistice, le 26 décembre 1945, Paris instaure le Franc des colonies françaises d’Afrique. Joyeux Noël de la part du Général Charles de Gaulle!

En 1958 il devient Franc de la Communauté française d’Afrique. Joie des nuances !

En 1960, alors que ses colonies obtiennent l’indépendance, le franc CFA lui reste ancré. Pour les pays de l’Afrique de l’Ouest réunis au sein de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA), le franc CFA devient franc de la Communauté Financière Africaine et pour les pays de l’Afrique centrale réunis au sein de la Communauté Monétaire de l’Afrique Centrale (CMAC), il s’appelle Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale. Simple et pas con non ?

Dans la foulée, la France établit 4 règles pour gérer le mécanisme de l’arnaque :

- Le Trésor public français garantit la convertibilité du franc CFA et du Franc comorien dans n’importe quelle monnaie. Généreux hein !

- En revanche, 50% des réserves de franc CFA et 65% de celles du franc comorien doivent être déposées sur les comptes de la banque du Trésor public français en France. Bel enfumage !

- Pour cela, le taux de parité entre le franc CFA ou le franc comorien et l’euro est fixe depuis 1999. Ex 1euro= 655,957 CFA. Beau cadeau de mariage !

- Enfin, les transferts de capitaux dans la zone « franc » sont entièrement libres et gratuits. Pratique pour les détournements et rapatriements de fonds !

Alors que ce système est pourtant censé stabiliser les finances des états africains qui utilisent cette monnaie, pour la France, la zone « franc » représente un instrument de solidarité et de développement. Bravo ! Mais analysons cette solidarité dans les détails.

Parmi les 15 pays qui utilisent, 13 sont classés pays pauvres très endettés par le FMI. Pourtant après l’Asie, le continent africain est la seconde locomotive de la croissance mondiale. Pour assurer la parité, les pays où circule le franc CFA sont obligés de contrôler leur inflation ; c’est-à-dire l’argent en circulation dans la zone doit rester en dessous de de la barre des 2% maximum pour les pays de l’UMOA et 3% pour les pays de la CMAC. Les banques nationales limitent donc les prêts aux entreprises. Ces prêts ne représentent que 23% du PIB dans la zone « franc » alors que ce taux frôle les 150% en Afrique du Sud et dépasse les 100% en Europe. Moins de crédits, donc moins d’investissement par les pays eux-mêmes, moins d’infrastructures, et in fine moins de développement. Vive les droits et la liberté des peuples !

Et grâce au libre transfert gratuit des capitaux, les entreprises étrangères (de l’Union européenne -pas que la Franc-) notamment investissent à tour de bras sur place. La nature est généreuse hein !

Dans les pays de l’UMOA, les entreprises françaises assurent 50% des investissements étrangers. En 2011, la BNP, la Société Générale et le Crédit Lyonnais représentaient à elles seules 70% du Chiffre d’Affaires des banques de la zone « franc ».

Ainsi, en étant connecté à l’Euro, le franc CFA est complètement déconnecté de tout contexte économique des pays où il circule. L’Euro en fait une monnaie forte, mais affaiblit les économies de la zone « franc ». Ce qui fait qu’au lieu de produire sur place, il est plus rentable d’importer des biens produits par des pays avec une monnaie faible comme la Chine. Dans l’UMOA les importations en provenance de la Chine sont passées de 3,9% en 2005 à près de 11% en 2014.

Voilà pour la première partie que je te laisse digérer, je vais prendre un petit café à 2 euros (1300 FCFA) dans Bruxelles, je reviens !

Bon tu es encore là ? OK, poursuivons.

LE FRANC CFA : DERNIER AVATAR DU SYSTÈME COLONIAL FRANÇAIS !

DEGBA mon frère,

En réalité, une monnaie commune comme le franc CFA devait booster l’économie des pays de la Zone « Franc » comme c’est le cas en Europe où 60% des échanges se font entre pays de l’Union européenne (UE).

En 2014, les exportations des pays de l’UMOA vers ceux de la CMAC représentaient à peine 3% et moins de 2% des importations de l’UMOA provenaient de la CMAC. Pas de quoi tirer leur économie vers le haut !

Selon l’Économiste KAKO NUBUKPO, responsable de l’union économique francophone, « les fluctuations du CFA ne sont pas liées aux évolutions conjoncturelles de la zone « franc », mais plutôt aux évolutions conjoncturelles de la Zone Euros ». Dans une interview accordée à France 2, l’économiste menacé par le DUC de PONTBRIDGE, Grand DUC D’Abidjan, a affirmé que : « le trésor public français exige que lorsque nous émettons 1 FCFA, nous devons disposer 0,2 franc CFA dans ses caisses sous forme de devise.»

Cependant, nous-mêmes pouvons l’émettre à 100% ; nous pouvons faire des choses intéressantes avec l’écart de 80% dont nous disposons ; construire des infrastructures, et financer des investissements. C’est là où se pose la question de la SERVITUDE VOLONTAIRE.

Pourquoi disposons nous d’autant d’argent auprès du Trésor public français et ne pas en profiter ? Nous constatons que ce n’est pas la faute du Trésor public français puisqu’il ne demande qu’une couverture (garantie) à 20%. C’est la faute des dirigeants africains qui n’utilisent pas ce volant de réserve pour réaliser des investissements plus structurés en Afrique. L’élite africaine profite de ce système, finalement rentier. On sacrifie l’intérêt général pour avoir un semblant de vie à l’occidentale.

S’il n’y a pas de crédit à l’économie,


S’il n’y a pas de croissance en Afrique,

S’il n’y a pas de création d’emplois,

Les questions migratoires, les questions de pauvreté ne vont pas être résolues d’elles-mêmes.

Aujourd’hui, le continent africain compte 23 places boursières, dont la capitalisation est passée de 257 milliards USD en 2000 à 1260 milliards USD en 2010, faisant de l’Afrique la 15e place financière au monde.

Au cours des années 1960, la livre sterling ouest-africaine disparaissait progressivement des anciennes colonies britanniques africaines (Ghana, Nigeria, etc.). À la fin des années 70, les caisses d’émission chargées de cette monnaie fermaient aussi leurs portes.

Le franc CFA, en restant puissamment arrimé au franc français, puis à l’Euro depuis 1999, est bien lié à des impératifs monétaires bien éloignés des territoires où il s’échange. Les pays de la zone « franc » restent pris en étau entre croissances, 7% fixées par l’ONU dans sa feuille de route des objectifs du millénaire pour le développement, et une maîtrise drastique de l’inflation en dessous de 2%. Difficile de construire entre deux injonctions contradictoires. Belle foutaise planétaire!

La zone « franc » a 77 ans et dans ses pays indépendants depuis plus de 50 ans, les décisions monétaires sont prises sous le regard de Paris, présent dans les organes décisionnaires des banques centrales. Peut-être l’heure de la retraite est arrivée !

Mon frère DEGBA, voici l’état de la monnaie que les gouvernements africains de la zone « franc » défendent, avec à leur tête notre très vénéré DUC de PONTBRIDGE, Grand DUC d’Abidjan. Voici la monnaie qui porte le mirage de l’émergence chez nous, alors que nous restons dans les faux débats d’appartenance ethnique, religieuse ou de fanatisme politique en vénération de leaders politiques irresponsables.

Aujourd’hui, notre génération veut s’assumer et compéter à armes égales avec les autres nations du monde sur le terrain du développement économique, social et technologique, avant la prochaine ruée du monde sur l’Afrique qui serait devenue subitement le continent de l’avenir du monde. Ce n’était pas nouveau pour nous en tout cas !

Je te laisse avec ta gueule de bois et ROTHSCHILD passer une excellente semaine.

« Donnez-moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors, peu m’importe qui fait ses lois » MAYER AMSCHEL ROTHSCHILD

NELSON ZIMIN.

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