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Les tirs et détonations entendus à l’aéroport de Niamey dans la nuit du 28 au 29 janvier ont profondément marqué la capitale nigérienne. Pendant plusieurs heures, des échanges de feu et des explosions ont été signalés à proximité immédiate de l’une des infrastructures les plus stratégiques du pays. Cette résurgence de violence au coeur du pouvoir a provoqué la panique chez les riverains. De plus, la suspension temporaire du trafic aérien n’a rien arrangé pour les voyageurs.
Une attaque aux contours encore flous, mais un mode opératoire inquiétant
Les témoignages recueillis sur place font état de traînées lumineuses dans le ciel nocturne. Ce sont des tirs de défense anti-aérienne qui déchirent le ciel de Niamey à cette heure tardive de la nuit. Des vidéos diffusées peu après sur les réseaux sociaux montrent également une agitation inhabituelle autour de la zone aéroportuaire. Pendant ce temps, des passagers se cachent comme ils le peuvent dans cette confusion.
Depuis plusieurs années, les groupes armés terroristes opérant dans le Sahel ont démontré une capacité à utiliser des drones à des fins de reconnaissance, de surveillance et, dans certains cas, d’attaque. Le Niger, confronté à une insurrection persistante dans ses régions frontalières, n’échappe pas à cette évolution des menaces.
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Le fait que cette attaque ait ciblé un site cumulant fonctions civiles, militaires et logistiques en fait un événement d’une portée particulière. En effet, l’aéroport de Niamey abrite non seulement le principal hub aérien du pays, mais aussi des installations militaires stratégiques. Notamment, il accueille les forces conjointes de l’AES ainsi que des zones de stockage sensibles.
Une attaque prévisible ? Rumeurs, alertes et signaux faibles
Plus troublant encore, l’attaque de l’aéroport ne semble pas avoir été totalement imprévisible. Dans les jours précédant l’incident, des rumeurs persistantes circulaient sur les réseaux sociaux nigériens et dans certains médias locaux. Ces rumeurs évoquaient une menace terroriste imminente visant des infrastructures stratégiques à Niamey, et plus particulièrement l’aéroport. Bingo, c’est très exactement cet endroit que visera l’attaque de la nuit du 28 au 29 janvier.
Ces alertes informelles, bien que difficiles à vérifier, démontrent un climat d’inquiétude au sein de la population et parmi certains observateurs sécuritaires. En outre, elles faisaient écho à la recrudescence des attaques terroristes dans le pays ces derniers mois, notamment dans l’ouest et le sud-est du Niger. Par exemple, lors de la récente attaque meurtrière le 18 janvier 2026, 31 civils ont été exécutés dans le village de Bosiye .
La sortie du Président Abdourahamane Tiani, accusant ouvertement les Présidents Emmanuel Macron de France, Patrice Talon du Bénin ou Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire comme sponsors des auteurs de l’attaque, ne rassure guère. Il voudrait multiplier les menaces qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Pourtant, il rencontre actuellement des difficultés à éliminer les groupes qui combattent son armée.
À ces signaux sécuritaires s’ajoutent des rumeurs persistantes de tensions internes au sein de la junte militaire au pouvoir. Depuis le coup d’État de juillet 2023, plusieurs sources régionales évoquent des divisions latentes au sommet de l’appareil sécuritaire. Entre autres, il s’agit de divergences sur l’orientation diplomatique du pays, de désaccords sur la gestion des ressources stratégiques, de rivalités personnelles et de la concentration du pouvoir autour du général Abdourahamane Tiani.
Il est également important de noter que ces dissensions sont visibles au sein même de l’armée depuis plusieurs mois. D’ailleurs, elles ont été confirmées par des actions de mutineries, comme cela a été le cas à Termit le 8 mai 2025
L’uranium de Niamey et le réflexe accusatoire
Dans les heures qui ont suivi l’attaque, de nombreux internautes nigériens ont rapidement avancé l’implication d’acteurs extérieurs, notamment la France, dans cet incident. En effet, la présence d’un important stock d’uranium à l’aéroport de Niamey attire l’attention depuis maintenant plusieurs semaines. Ce stock, estimé à environ 1000 tonnes, est au cœur d’un contentieux opposant l’État nigérien et l’entreprise Orano. Cela fait suite à la dénonciation d’un contrat d’exploitation par l’état nigérien.
La Russie, a de son côté, rapidement manifesté son intérêt pour acquérir, à prix réduit, cet uranium bloqué initialement à Arlit dans le nord du pays. De plus, pas gênée par les violations de droit international, Moscou et l’état du Niger ont déplacé cette ressource à l’aéroport de Niamey. Le stock est entreposé à cet endroit depuis décembre 2025.
Ce contexte alimente un réflexe accusatoire commode : celui de désigner la France comme responsable de l’incident à Niamey en s’appuyant sur ce stock d’uranium bloqué pour lequel l’entreprise Orano a saisi la justice internationale. Une telle posture permet de détourner l’attention des difficultés internes. Par ailleurs, elle sert à mobiliser l’opinion autour d’un discours souverainiste et à légitimer certaines décisions politiques.
Une réalité plus complexe : insécurité, crise économique et lassitude sociale
La réalité dans laquelle s’inscrit l’attaque de Niamey est avant tout celle d’un pays confronté à une accumulation de crises depuis le coup d’État de 2023.
Sur le plan sécuritaire, le Niger fait face à une hausse des attaques terroristes, malgré les promesses de restauration de l’ordre. En effet, les groupes armés profitent des frontières poreuses, de la fragilisation des dispositifs régionaux de coopération. Ils profitent aussi de la concentration des forces autour de la protection du régime.
58 soldats tués à Eknewane le 25 mai. 40 militaires tombent à Falmey quelques jours plus tard. Les armes se perdent et les véhicules sont capturés ou détruits. La junte, pourtant installée au nom de la sécurité, n’a pas tenu sa parole, pour beaucoup d’observateurs.
L’armée nigérienne elle-même se rebelle : mutinerie à Termit en mai 2025, commandant passé à tabac à Filingué en juin 2025. Le lendemain, des soldats refusent de partir au front à Téra, faute de munitions. Cela marque une rupture de confiance et indique un signe de fatigue morale dans les rangs.
Sur le plan économique, le Niger est en chute libre : 45 % de la population vit dans l’extrême pauvreté, plus de 2 millions de Nigériens sont en situation d’insécurité alimentaire. De plus, certains salaires et certaines pensions ne sont plus versés. La colère monte, notamment chez les syndicats.
Le Niger accumule les dettes et perd ses repères financiers : 519 millions de dollars de dette impayée, une Inflation à 9,1 % et plus d’un prêt bancaire sur quatre est désormais classé non performant. Aussi, la SONIDEP peine à payer ses fournisseurs. Des tensions éclatent avec la Chine autour de la raffinerie de Zinder.
La souveraineté économique promise reste un mirage. Le pipeline Niger-Bénin, censé générer 500 millions de dollars par an, est ralenti par la brouille diplomatique avec le Bénin. Les frontières restent fermées et les investisseurs pourraient quitter le pays.
L’État s’effondre et c’est la population qui paie. On dénombre plus de 500 000 déplacés internes et près de 1 000 écoles fermées. D’ailleurs, 93 % se trouvent dans la région de Tillabéri. Le retrait des ONG internationales a fragilisé l’accès aux soins, à l’eau, à l’alimentation. La crise humanitaire est silencieuse, mais massive.
Quel avenir pour le Niger ?
L’attaque de l’aéroport de Niamey ne peut être analysée comme un simple incident isolé. En réalité, elle constitue un signal d’alarme révélant les fragilités structurelles du pays : gouvernance opaque, tensions internes, insécurité persistante et crise économique profonde.
Pour éviter une spirale d’instabilité durable, plusieurs chantiers apparaissent incontournables :
Rétablir une communication transparente sur les événements sécuritaires afin de limiter les rumeurs et restaurer la confiance ;
Renforcer la sécurisation des sites stratégiques, en tenant compte de l’évolution des menaces, notamment l’usage de drones par les groupes armés ;
Clarifier la gestion des ressources stratégiques, dont l’uranium, dans un cadre juridique stable et lisible ;
Engager un dialogue élargi, associant société civile, acteurs régionaux et partenaires africains, pour répondre aux attentes de la population.
Le Niger se trouve à la croisée des chemins. La tentation de désigner des responsables extérieurs ne saurait durablement masquer les défis internes.
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Le Niger a les moyens de son destin. Mais pour cela, il doit rompre avec l’opacité, le déni et les ruptures de contrats. La stabilité du pays et le bien-être de sa population en dépendent. L’attaque de l’aéroport de Niamey et la crise de l’uranium sont des signaux d’alarme. Il est encore temps d’agir, mais le temps presse.
Alafé Wakili, journaliste – patron d’agence de presse et fondateur de L’Intelligent d’Abidjan.
