Côte d’Ivoire : Et si Ouattara avait passé un deal avec Guillaume Soro

Guillaume Soro - Alassane Ouattara, comme un deal

Le Président Alassane Ouattara s’est-il arrangé avec Guillaume Soro pour en faire son prochain dauphin à la tête de la Côte d’Ivoire ? Les deux hommes affichent publiquement un désaccord qui à bien regarder a tout d’un plan pour éviter de froisser les susceptibilités. Patrice Dama s’explique…

Alassane Ouattara - Guillaume Soro, et si ce n'était qu'un deal ?

Guillaume Soro n’est plus le bon petit du Président Alassane Ouattara, du moins publiquement. Il veut même devenir son meilleur ennemi politique pour faire oublier Laurent Gbagbo qui est en réalité le plus redouté au sein du parti orange (RHDP). L’ancien Premier ministre multiplie pour ce faire les sorties et propos qui le placent dans cette posture de défiance vis-à-vis du chef de l’État. Du côté du palais du Plateau, aucune réponse à ces attaques et c’est ce qui jette un doute sur la manoeuvre.

Avec Alassane Ouattara, tout a toujours été une affaire du tic au tac, même lorsqu’il était dans l’opposition. Chaque fois qu’il est épinglé dans un discours, une réaction n’a jamais tardé pour équilibrer les faits. L’ancien fonctionnaire du FMI ne tolère aucune offense et les emprisonnements d’opposants ces dernières années le démontrent. Guillaume Soro fait des sorties dérangeantes avec des insinuations auxquelles personne ne répond avec sérieux et c’est peu sérieux.

Certains pourraient dire que c’est son rang de Président de la République qui oblige Alassane Ouattara à une telle réserve, mais non. On est tous en Côte d’Ivoire et chacun de nous a une claire idée des réactions que peut donner le Président aux attaques de ses adversaires.

Pourquoi Ouattara pourrait-il avoir un accord secret avec Guillaume Soro ?

Guillaume Soro a beau être le politicien ivoirien le plus suivi du moment, il n’est pas pour autant le plus présidentiable. Son passé d’ancien chef rebelle lui colle à la peau et fait qu’il lui est difficile de faire l’unanimité dans une Côte d’Ivoire qu’il a blessée jusqu’au plus profond de sa chaire. Ses regrets de ces derniers jours qu’il aimerait troquer par des votes en 2020 ne devraient rien y changer. Soro Guillaume reste pour beaucoup d’Ivoiriens l’homme qui a porté le glaive dans le sein de mère patrie pour des arguments fallacieux de xénophobie. Même aux USA, pays le plus développé au monde, des noirs américains sont tués comme de petits lapins tous les jours et pourtant aucune rébellion n’est venue tuer le racisme dont ils sont victimes.

Sauf que la guerre assumée par Guillaume Soro a rendu un grand service au Président Ouattara dans sa lutte pour prendre le pouvoir. Après l’élection très contestée qui l’a opposé à Laurent Gbagbo, ce sont une fois de plus les hommes de Soro Guillaume qui avaient biaisé le processus dans leur zone qui sont venus faire la guerre à Laurent Gbagbo avec l’aide de l’armée française.

Donc le Président Ouattara est redevable à Guillaume Soro. Mais comment faire la passe du pouvoir à un tel homme sans heurter la sensibilité de ses compagnons de lutte de longue date ? Voilà une équation qui se pose au Président Ouattara qui va avoir du mal à dire à Hamed Bakayoko, à Amadou Gon Coulibaly ou même à Albert Mabri Toikeusse qu’ils doivent ranger au placard leurs ambitions pour lui permettre de payer sa dette à Guillaume Soro.

Guillaume Soro, le vrai champion de Ouattara pour 2020 ?

Comment Ouattara aurait-il pu faire la passe à Soro Guillaume sans rendre au PDCI ce qu’il attend de lui ? Ce parti lui a quand même donné un habillage démocratique par l’appel favorable à Ouattara que Henri Konan Bédié avait lancé à ses militants au deuxième tour de la Présidentielle de 2010.

Sous prétexte qu’ils ne s’entendent plus, Soro Guillaume prend une liberté qui lui permet de préparer tranquillement sa candidature à l’élection présidentielle de 2020. Dans le même temps, Ouattara freine les ambitions de ses proches en faisant croire qu’il pourrait être candidat pour la troisième fois malgré la limite à deux par la constitution de la Côte d’Ivoire. Ainsi, personne ne bouge. Aucun cadre du RHDP ne fait une mise en avant de sa personne pour se préparer à cette si haute fonction. Et ce petit jeu va durer jusqu’à 3 mois des élections, une date qui sera beaucoup trop courte pour les uns et les autres de se préparer efficacement.

Et si Soro Guillaume est toujours le seul à évoquer ce rendez-vous jusqu’au retrait officiel du Président Ouattara, c’est à dire à trois mois de la présidentielle, des cadres du RHDP viendraient en masse soutenir sa candidature pour décourager Hamed Bakayoko, Amadou Gon Coulibaly ou Albert Mabri Toikeusse de se lancer dans la bataille.

C’est ce seul plan qui explique que Soro Guillaume se permette des critiques contre le régime d’ Alassane Ouattara. Là aussi, l’idée est de montrer aux pro-Gbagbo que Soro Guillaume est le seul à pouvoir les débarrasser du Président Ouattara afin de recueillir leur vote.

Si aucun plan de ce type n’oblige Ouattara au silence dans lequel il s’est muré, Guillaume Soro qui traine des casseroles sur tout son parcours aurait déjà vu des magistrats débarquer à sa porte pour lui demander de justifier l’origine de ses biens. Le mandat d’arrêt que veulent réémettre les autorités du Burkina Faso contre lui pour sa participation à la tentative de renversement des autorités de la transition aurait pu être aussi réactivé. La lumière sur la mort de IB est un autre point qu’il n’a pas assez éclaté dans son propos de ces derniers jours.

Oui, parce qu’on peut donner des instructions à ses soldats avant de s’envoler pour Ouaga d’où l’on peut être informé du succès de l’opération.

La mort de Désiré Tagro, l'ex-ministre de l'Intérieur de Laurent Gbagbo, mérite elle aussi d’être clarifiée. Une lumière sur l’affaire des braquages des banques de Bouaké et de Man de la BCEAO peut permettre à l’État ivoirien de récupérer une partie des milliards qu’il rembourse à l’établissement public international regroupant huit pays de l'Afrique de l'Ouest membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Ya deal ou y a pas deal ?