Côte d’Ivoire : Laurent GBAGBO, un leadership qui s’essouffle ?

Le leadership de Laurent Gbagbo de plus en plus contesté au sein de son  parti
Par NELSON ZIMIN
Publié le 25 mars 2019 à 19:23 | mis à jour le 25 mars 2019 à 19:23

Laurent Gbagbo serait-il en baisse d’influence? Les derniers développements de l’actualité politique au sein du FPI révèlent le dysfonctionnement d’un parti qui peine à se reconstruire. Alors que la rencontre avortée entre Laurent Gbagbo et Pascal Affi Nguessan, n’a pas encore livré tous les non-dits, le leadership Laurent Gbagbo s’effrite. S’il a pendant longtemps été le chef incontesté du parti, sa gestion actuelle de la crise porte atteinte à l’intégrité du parti qui a été longtemps considéré comme le fer de lance du multipartisme en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo peut-il encore faire l’unanimité au FPI ?

L’autorité de Laurent Gbagbo de plus en plus contestée

Annoncé à Bruxelles le 23 mars 2019 pour rencontrer Laurent Gbagbo, président de la ligne conservatrice du FPI, Pascal Affi Nguessan s’était pris une poudre de farine à Paris. C’est alors la mort dans l’âme que le président du FPI, selon la justice ivoirienne, avait dû regagner Abidjan avant de dénoncer ce qu’il a appelé le « complot de Paris ».

Lors d’une conférence de presse, Pascal Affi Nguessan a soutenu que « Le président Laurent Gbagbo est le chef de la dissidence au sein du Fpi. II n'est pas le président du Fpi ». Laurent Gbagbo n’avait jamais fait l’objet d’une telle attaque frontale au FPI depuis plus de 20 ans au moins. À part quelques dissensions avec Anaky Kobenan, Louis Dacoury-Tabley, ou encore Ahoua Don Melo qui avait conduit ce dernier à créer un courant au sein du parti, personne au FPI n’avait affronté le « chef ». Si Pascal Affi Nguessan, malgré la crise qui mine le parti, n’avait jusque-là affronté qu’Aboudramane Sangaré qui assurait l’intérim du FPI GOR, Affi Nguessan a gagné en confiance malgré un leadership ramolli.

Autre variable majeure dans cette crise est le silence fort retentissant de Simone Gbagbo. Elle également, en de très mauvais termes avec le « chef » du parti aux roses désormais fanées, pourrait fragiliser davantage les leviers d’influence de Laurent Gbagbo dans l’intérieur, en cas de prise de positions contraires à celles de son époux.

Laurent Gbagbo paie-t-il les effets pervers d’une crise aux racines profondes ?

« Le capitaine hors de l’eau n’est rien », se plaisait à dire le président Félix Houphouët Boigny. Cette assertion est une réalité qui fait sens dans la situation de l’ex-président Laurent Gbagbo, en liberté provisoire hors de Côte d’Ivoire, en Belgique. Les huit années passées au pénitencier de la cour pénale internationale ont dégradé l’image du leader charismatique qui avait affronté Houphouët bien qu’il ait gagné en popularité sur le plan mondial. La perception de certains militants du parti sur l’homme a évolué au rythme des langues qui se sont déliées ces dernières années, levant des coins de voile sur le charisme de Laurent Gbagbo. L’affaire Nadi Bamba et Simone Gbagbo a mis en lumière l’attitude d’un homme qui aurait sacrifié l’intérêt du parti pour des questions privées.

Le passif amoureux et militant du couple Gbagbo Laurent et Simone est intimement lié à l’histoire du FPI, tel qu’il est impossible de prendre parti dans cette affaire sans égratigner des symboles chers aux frontistes. La clandestinité, l’intérim du parti assumé par Sangaré avec Simone dans les années 80, le mariage de Simone et Laurent ou encore l’emprisonnement de la famille en février 1992 sont autant de faits qui restent des repères forts influents sur le destin de l’organisation.

Aussi, plus récemment, la crise de 2002 à 2011 a fait perdre à Laurent Gbagbo des camarades de valeur, réduisant considérablement le cercle de fidèles ayant eu et vécu une histoire commune vieille d’au moins 30 ans. Le leadership contesté de Gbagbo aujourd’hui relève par ailleurs, du renouvèlement de la classe des militants, par des personnes qui n’ont pas partagé l’histoire héroïque du parti. Si l’on ajoute à cela l’issue de la guerre qui a mis en lumière de grosses erreurs de gestion, l’on pourrait constater dans les prochains mois un regain de vigueur de la fronde. Comment donc résoudre une crise qui mêle conflit de génération et affaire privée ou encore, crise de formation politique et leadership excessif ?

On pourrait être tenté de croire que cette crise de trop au FPI prépare une victoire du RHDP en 2020, mais pour qui connaît les vieux briscards de la politique ivoirienne sait qu'aucun n'a sorti sa meilleure carte.

Nelson Zimi



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