La Haye: Ce qui n'a jamais été dit sur la rencontre Soro-Blé Goudé

Le témoignage émouvant du sieur Hermann Monnoé sur la rencontre Soro-Blé Goudé
Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 27 novembre 2019 à 17:43 | mis à jour le 27 novembre 2019 à 17:43

Hermann Monnoé fait partie des personnes qui ont pris part à la rencontre historique entre Charles Blé Goudé et Guillaume Soro, le dimanche 24 novembre 2019 à La Haye. Ci-dessous, le proche de l'ancien ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo, tente de ramener à la raison, arguments à l'appui, ceux qui sont opposés à une réconciliation entre les deux anciens secrétaires généraux du puissant syndicat estudiantin, FESCI.

Le témoignage émouvant du sieur Hermann Monnoé sur la rencontre Soro-Blé Goudé

A La Haye dimanche 24 novembre 2019, j’ai été un témoin privilégié de la rencontre historique entre les leaders Charles Blé Goudé et Guillaume Soro. A son arrivée, Guillaume Soro est accueilli chaleureusement par le prof. Diaby Youssouf. Une fois dans le Hall et après avoir salué les membres de la délégation de Blé Goudé, Soro est surpris de voir son principal hôte l'attendre tout juste à côté.

Dans une immense joie digne des grands jours, les deux leaders se font l'accolade à la grande joie des spectateurs que nous étions. La joie pour ces frères longtemps opposés, se lisait sur leurs visages. Puis, s’en est suivi un huit clos de deux heures. Une aubaine pour nous d’échanger avec la délégation de l’ex-chef du Parlement ivoirien conduite par l’ex-ministre Affoussiata Bamba et Touré Moussa.

A ceux qui disent désapprouver cette rencontre selon le prétexte que Guillaume Soro demeure un rebelle tenu de répondre de ses crimes, je réponds ceci.

Votre requête est recevable.

Toutefois, le camp Gbagbo n’est pas la seule victime de la rébellion et des évènements consécutifs à la crise postélectorale. Les deux camps ont une part de responsabilité dans les douloureux évènements qui ont causé des milliers de victimes, de traumatismes et de préjudices.

Pour rappel, le Président Gbagbo et le ministre Blé Goudé ont été acquittés d’un procès pour crimes contre l’humanité qui aura duré sept (7) ans.

Pour l’heure, nul ne sait quand est-ce que Guillaume Soro sera face à la Justice nationale ou internationale. Mais pendant ce temps, le régime Ouattara prépare une nouvelle modification de la Constitution pour réintroduire le plafond d’âge en vue d’éliminer les probables candidatures de Bédié et Gbagbo. Il prévoit également une élection à un seul tour pour éviter une union du FPI et du PDCI au second tour pour faire mordre la poussière à son candidat.

N’est-il pas temps de nous focaliser sur l’essentiel, l’action pragmatique pour sauver notre pays des conséquences que ces modifications constitutionnelles pourraient occasionner ? Faut-il désamorcer la bombe de 2020 ou juger les auteurs de la déflagration de 2010 dont nous sommes également coupables ?

Oui, la démarche de Guillaume Soro semble peut être opportuniste. Mais pour l’heure, ceux qui lisent entre les lignes savent qu’il est une bouée de sauvetage….

Ne l’oublions pas. Après leur acquittement à La Haye, Gbagbo est condamné à vingt (20) ans d’emprisonnement en Côte d’Ivoire pour la réquisition de la BCEAO tandis qu’un procès s’ouvre contre Blé Goudé. L’ex-président Henri Konan Bédié qui pouvait amener Alassane Ouattara à revoir sa position, est en rupture de ban avec ce dernier.

Que nous reste-t-il ? La seule issue n’est-elle pas politique ?

A mon sens, Charles Blé Goudé, en qualité de meilleur disciple de Gbagbo, ne fait rien d’autre que de mettre en pratique la politique du ‘‘Asseyons-nous et discutons’’. Lavons notre linge sale en famille pour faire disparaître cette odeur nauséabonde de la division et éloigner le spectre d’une autre élection présidentielle dans la violence.

Jusqu’à quand sonnera le glas ?

Après dix (10) ans de lamentations, il urge de soigner enfin nos blessures et de continuer la marche pour le développement et la stabilité de notre patrie.

Aujourd’hui, c’est notre ‘‘Attiéké national’’ qui est labellisé par les autres. Et demain ?

Il y a 74 ans, les villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki ont vu larguer sur leurs têtes des bombes atomiques qui ont entrainé 250 000 morts. Aujourd’hui, le Japon a fait son deuil et s’est remis au travail. Il occupe la troisième place au rang des puissances économiques mondiales selon le FMI, la Banque mondiale et l’ONU. Les cas sont légions.

Les Etats-Unis ont connu la guerre civile pendant quatre (4) ans (1861-1865). L’Allemagne fut humiliée après sa défaite à la seconde guerre mondiale. Cela ne l’a pas empêché d’être l’actuelle première puissance économique européenne. Le génocide rwandais (du 7 avril au 17 juillet 1994) a entrainé plus d'un million de victimes selon un recensement rwandais. Ce pays a su sortir des querelles interminables pour se positionner contre toute attente comme la vitrine de tout le continent. Sans oublier l'Afrique du Sud de Nelson Mandela.


Quelle est notre excuse ?

Il faut donc laisser derrière soi le passé pour construire l’avenir. Faire la paix avec Guillaume Soro n’est nullement synonyme d’une alliance politique avec lui pour la présidentielle 2020 ou un soutien. Mais plutôt une décrispation pour un environnement socio-politique apaisé.

C’est au nom de cette paix tant recherchée que Gbagbo a accepté la main tendue de Bédié.

Et vous, quel sacrifice pouvez-vous faire pour la paix en Côte d’Ivoire ?

Je n’en dirai pas davantage. Personne ne viendra nous réconcilier. Nous serons les premiers à dénoncer une ingérence dans nos affaires politiques.

Faire enfin notre deuil et repartir de plus bel ou nous embourber dans une conception de match retour ?

Le choix nous incombe. De grâce, ne restons assis dans nos salons pour camper sur cette ligne de défense. Nous devons tous apporter nos pierres à la construction de l’édifice Ivoire.

NB: Les titre et chapeau sont de la rédaction.




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