Comment le garba est devenu le plat ivoirien qui conquiert le monde

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Le garba, pour les Ivoiriens, est le plat de confiance, celui de la résistance. Ce plat jadis de rue est devenu le marqueur social, la mémoire collective, voire même une trajectoire nationale mise en assiette. Longtemps cantonné aux quartiers populaires d’Abidjan, il s’impose aujourd’hui comme l’un des plats ivoiriens les plus connus au-delà des frontières, jusqu’à séduire des palais africains et, désormais, internationaux. Une ascension qui n’a rien d’un hasard.

Du port d’Abidjan aux tables internationales : l’incroyable histoire du garba

À l’origine, il y a pourtant une décision administrative, presque banale. À une époque où le port d’Abidjan voyait transiter d’importantes quantités de thon salé destinées à l’exportation, une partie de cette marchandise se détériorait sur place. Trop de délais, trop peu de solutions. Alors ministre de l’Agriculture, de la Pêche et des Ressources halieutiques, Dicoh Garba tranche : plutôt que de laisser pourrir ce poisson, il ordonne qu’il soit écoulé autrement. Distribué à des familles démunies, orienté vers des cantines scolaires. Le geste est social, pragmatique. Personne n’imagine encore qu’il va nourrir une révolution culinaire.

pousson thon pour le garba
Poisson thon utilisé pour accompagner le garba.

C’est là que l’histoire bifurque. Des commerçants, pour beaucoup d’origine nigérienne, déjà engagés dans le commerce de l’attiéké, cette semoule de manioc en train de s’imposer comme plat national, voient dans ce thon salé une opportunité. Le poisson est très bon marché, disponible, et permet de préserver des marges de bénéfices dans un contexte économique d’après-miracle ivoirien qui commençait à révéler ses premiers jours durs. L’association est simple : attiéké, thon salé frit, piment, oignons, cube Maggi (de préférence étoile), arrosés d’huile chaude de la grillade. Le garba est né, sans nom officiel, sans ambition gastronomique. Juste un plat pour tenir la journée.

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Garba : quand un plat de rue ivoirien renverse les codes sociaux

Pendant longtemps, il traîne une image tenace. Celle d’un repas des bas quartiers, d’ouvriers pressés, d’étudiants fauchés. À l’opposé, l’attiéké-poisson préparé par les femmes, avec du poisson frais, reste socialement plus valorisé. Le garba, lui, est mangé debout, sur des tables branlantes, parfois à même le trottoir. On le juge gras, trop salé, peu noble. Mais il rassasie. Et surtout, il crée une fidélité.

Car ceux qui l’adoptent ne l’abandonnent pas si facilement. Les travailleurs modestes en font une habitude quotidienne. Puis, avec le temps, certains améliorent leur situation professionnelle. Ils changent de quartier, de vêtements, parfois de statut. Mais le garba reste. Un réflexe. Une madeleine salée. Une façon de ne pas oublier d’où l’on vient.

Le phénomène se transmet aussi autrement. Par les enfants. Des enfants de foyers modestes, habitués à ce plat, le retrouvent symboliquement aux abords de l’école. Ils en parlent, le font goûter à leurs camarades. Peu à peu, le garba franchit les murs invisibles de la ségrégation sociale. Il entre dans les cours d’écoles de quartiers plus huppés. Là où le goûter de 16 heures se résumait autrefois à du pain-brochettes, le garba s’impose. D’abord par curiosité, ensuite par habitude. Puis par attachement.

Méprisé hier, célébré aujourd’hui : la revanche du garba

Ce glissement est décisif. Le garba cesse d’être un plat de nécessité pour devenir un plat de désir. On le cherche, on le compare, on débat de la qualité du thon, du croustillant, du dosage du piment. Des adresses deviennent célèbres. Le bouche-à-oreille fait le reste. La diaspora s’en empare. À Paris, à Bruxelles, à Montréal, le garba apparaît sur des cartes, parfois revisité, parfois assumé dans sa simplicité brute.

Ce succès raconte mieux la Côte d’Ivoire à l’international. Un pays où les frontières sociales sont poreuses, où la culture populaire finit souvent par s’imposer au centre, exactement comme le Zouglou, son cousin musical. Le garba est l’exemple parfait d’un plat né d’une contrainte économique, longtemps méprisé, puis progressivement élevé au rang de symbole national. Un plat qui ne cherche pas à plaire, mais qui finit par convaincre tout le monde.

Le garba, miroir d’une Côte d’Ivoire populaire devenue tendance

Aujourd’hui, il voyage. Il intrigue. Il séduit. La gastronomie n’est pas toujours le fruit du luxe ou de la tradition figée, ni même de la création d’un grand chef étoilé. Elle est parfois le produit de l’ingéniosité, de la débrouille et de la transmission sociale. Le garba, au fond, est une leçon d’histoire ivoirienne servie dans un sachet.

Le Garba est bien un plat 100% ivoirien

ministre dicoh garba
Ministre Dicoh Garba, en charge de l’Agriculture, de la Pêche et des Ressources halieutiques de 1970 – 1983.
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En janvier 2026, une polémique est née autour de l’origine du garba. Jiaan Wu, une tiktokeuse chinoise vivant en Côte d’Ivoire, a faussement affirmé, lors de la visite d’Ishowspeed à Abidjan, que le garba vient du Niger. Il n’en est rien, car aussi bien la semoule utilisée que le poisson d’accompagnement sont des produits ivoiriens. Il n’y a aucun poisson thon au Niger, qui est un pays enclavé, or le thon vit dans les océans.

Ce plat a une histoire qui commence avec la décision courageuse du Ministre Dicoh Garba, en poste de 1970 à 1983. Sa décision d’éviter par tous les moyens de laisser ce poisson pourrir au port d’Abidjan a permis aux commerçants de s’en servir pour leur commerce dans les rues de la capitale. Avant cette époque, l’attiéké + poisson thon, accompagné de tomate, oignon, piment et cube Maggi n’était consommé nulle part ailleurs dans le monde. Ce plat porte d’ailleurs le nom du ministre Dicoh Garba, en référence à sa décision à l’origine du commerce du garba.

Témoignage du ministre Dicoh Garba


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