2020: Un deal Soro-Ouattara dévoilé, Gon, Bédié et Gbagbo piégés

Guillaume Soro et Alassane Ouattara ne sont pas divisés, ils le font juste croire

Soro et Ouattara, le deal caché
Par Patrice Dama
Publié le 17 décembre 2019 à 10:42 | mis à jour le 17 décembre 2019 à 12:14

Le plus grand tour de magie africaine est en train de se jouer en Côte d’Ivoire à l’approche de la présidentielle de 2020. Le Président Alassane Ouattara et son «fils» Guillaume Soro pourraient enfariner toute la classe politique ivoirienne, y compris certains cadres du RHDP. Patrice Dama scénarise...

Les querelles Soro et Ouattara, de la farine aux yeux ?

Après son retour en Côte d’Ivoire le 18 avril 1990, à la présidence du Comité interministériel de la coordination du programme de stabilisation et de relance économique, Alassane Ouattara a compris qu’il pouvait jouer un rôle plus important que celui de fonctionnaire dans la finance mondiale. Et puis Dominique Nouvian ne lui en demandait surement pas moins. La femme qu’il a rencontrée 5 ans plutôt avant son entrée au service de Félix Houphouet-Boigny, ne pensait pas finir sa vie avec un simple expert en finance. C'est elle qui gérait la fortune du premier président ivoirien aux côtés de qui ses ambitions ont forcément dû monter en gamme. Ce n’était en tout cas pas elle qui aurait dissuadé notre cher Président d’entrer à la prestigieuse "Maison-Blanche" du Plateau.

Sa nomination au poste de Premier ministre de Côte d’Ivoire le 7 novembre 1990 ne sera pour Alassane Ouattara qu’une étape vers le poste de Président de la République, une fonction qu’il a tout de suite convoitée dès son entrée en responsabilité dans le pays. A la mort de Félix Houphouet Boigny, l’occasion a été donnée aux Ivoiriens de constater les envies d’ Alassane Ouattara qui n’a pas tout de suite remis sa démission…

Henri Konan Bédié qui succédera régulièrement à Houphouet n’a pas plus réussi à lui enlever ses envies de devenir Président. Il a tout juste retardé l’échéance. Le Général Guei est passé par là et Laurent Gbagbo a suivi. Il faut dire que ces 20 dernières années, le jeu politique ivoirienne s’est souvent joué à 4 personnes, mais le Président Ouattara s’en est toujours tiré les mains propres.

Face au morceau le plus coriace qu’il lui a été donné de croquer, et j’ai cité Laurent Gbagbo, l’entrée en jeu de Guillaume Soro en remplacement du général Robert Guei, liquidé au début de l’insurrection dont réclamera la paternité l’ancien fesciste, va s’avérer salutaire pour Alassane Ouattara. De 2002 à 2011, l’ancien chef rebelle (Soro) va se montrer stratège envers tout le monde, sauf Alassane Ouattara à qui il est resté fidèle. C’est littéralement lui qui le fera entrer à la présidence de la République après avoir abandonné le Président Laurent Gbagbo et ses militants à leurs rêves de poursuivre l’exercice du pouvoir. Ce sacrifice de Guillaume Soro pour Ouattara cache un deal que ne peuvent faire annuler les petites phrases du « boucleur » Hamed Bakayoko ou celles du distributeur de «tabourets », M. Adama Bictogo.

Pourquoi Alassane Ouattara et Guillaume Soro ne s'attaquent jamais ?

À la lecture de la situation politique actuelle de la Côte d’Ivoire, on sent le Président Ouattara hésitant du fait de la forte pression silencieuse exercée sur lui par ses proches. La répétition devenant pédagogique, il donne parfois l’impression de tourner dos à l’ancien rebelle et leur deal, mais sa façon de s’y prendre montre qu’il respecte malgré lui un code d’honneur vis-à-vis de l’ancien secrétaire général de la FESCI.

Certains se demanderont « mais pourquoi lui a-t-il alors demandé de quitter son poste à l’ Assemblée Nationale ? » J’ai envie de répondre « c’est pour rendre plus réelles les fausses vraies querelles qu’ils sont censés entretenir ». Autrement, qu’on m’explique pourquoi Guillaume Soro qui fourmille d’envie de balancer des punchlines, ne s’attaque jamais directement à qui de droit. Et où avez-vous vu Alassane Ouattara envoyer sur les roses son ancien Premier ministre ou même l’attaquer personnellement ?

La vraie réponse est « jamais ». Les politiciens s’y connaissent parfois en comédie. Emmanuel Macron par exemple a dû prendre des cours de théâtre avant son entrée en campagne présidentielle qui l’a porté à la tête de la France. C’était aussi pour être en capacité de montrer à ses compatriotes qu’il est sincère même lorsqu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il pouvait leur raconter. Les palabres où personne ne sort des points pour en découdre, ne sont pas de vrais palabres. C’est de cette même façon qu’une dispute dans laquelle personne ne dit de méchanceté sur l’autre n’en est pas une.

J’entends certains se demander encore « mais pourquoi ont-ils besoin de se grand détour pour propulser Guillaume Soro sur le fauteuil que va libérer Alassane Ouattara en 2020 ? » Simplement parce que la venue de l’ex-chef de guerre à la présidence, si tous les deux restaient en atomes crochus, n’était pas aussi évidente que pensent certains. Tant que Guillaume Soro s’entend avec Alassane Ouattara, il n’a aucune chance de débaucher un militant pro-Gbagbo ou même celui du PDCI. Or ces dernières années, les élections en Côte d’Ivoire ont montré qu’aucun parti politique ne peut à lui seul remporter le fauteuil présidentiel.

Pourquoi Laurent Gbagbo refuse de recevoir Soro Guillaume

Soro drague donc quelques militants pro-Gbagbo avec son douteux rapprochement avec Blé Goudé qui ne sera pas de la lutte. D’ailleurs, c’est parce qu’il a compris ce petit jeu de dupe par l’image, que Laurent Gbagbo a refusé de recevoir Soro Guillaume et qu’il a expressément accepté une visite de Henri Konan Bédié, sa nouvelle arme pour éviter la reconduction systématique du RDR à la tête de la Côte d’Ivoire en 2020.

Pendant ce temps, Alassane Ouattara tient les mains de tout le monde dans son camp en laissant croire qu’il est seul à pouvoir gagner face aux adversaires déclarés. Ni Hamed Bakayoko ni le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly n’ont pour l’heure le droit de se positionner pour cette élection. Comment y arrive-t-il ? En faisant croire aux uns et aux autres qu’il pourrait concourir alors qu’il sait pertinemment que la constitution qu’il a fait adopter ne lui donne pas ce droit-là.

Le maire de Koumassi, son ami Cissé Bacongo a d’ailleurs été très clair à ce sujet en affirmant : « Non », la nouvelle constitution ne donne pas la possibilité au Président Alassane Ouattara de faire un troisième mandat. Il argumentera dans cette vidéo : « L’ Article 183 de la constitution dit que la législation en vigueur au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution reste applicable ».

Pendant ce temps, Ouattara fait perdre du temps aux candidats RHDP

Sauf que pendant que dure le tango d’ Alassane Ouattara sur son intention de candidater une deuxième fois depuis son élection, Guillaume Soro se prépare là où Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko sont dans l'expectative (une attente fondée sur des promesses, des probabilités voire un espoir). Le temps restant est d’ailleurs tellement serré que le maire d’Abobo a jeté l’éponge. Il est aujourd’hui prêt à se rallier à une candidature de Gon Coulibaly qui semble le second couteau de son camp, un Subadulte au milieu des menus fretins comparé aux poids lourds de la politique ivoirienne dont il ne fait pas partie.

Gon Coulibaly en Côte d’Ivoire n’est même pas plus célèbre que le « fils de pauvre » Mamadou Koulibaly. Comment peut-il alors espérer remporter une élection dans laquelle même le RDR qui est le premier soutien du RHDP ne serait pas en bloc uni derrière lui ? La jeunesse de ce parti penche sérieusement pour Guillaume Soro et presque toute la Côte d’Ivoire le sait. Gon Coulibaly, pour avoir un début de chance d’atteindre un premier tour d’une élection présidentielle en Côte d’Ivoire, aurait dû avoir la liberté de préparer sa candidature 24 mois avant les élections.

Ouattara surveillé malgré le deal

Et donc lorsque le président Ouattara jettera comme il faudra s’y attendre l’éponge, à quelques mois seulement de l’élection, il sera déjà trop tard pour Gon Coulibaly de préparer efficacement une candidature. On ne parlera donc bientôt plus d’un retour de l’enfant prodige qui est Guillaume Soro au RHDP, ce parti politique où il n’a jamais vraiment milité, mais d’une coulée en abondance de fans de cette formation vers GPS.


C’est en tout cas la carte subtilement jouée par le Président Alassane Ouattara pour empêcher que ses liens très forts avec ses lieutenants de longue date ne l’empêchent d’honorer sa parole donnée à Guillaume Soro, seul à avoir rendu possible son accession au pouvoir. Et du côté de Monsieur « crush parties », j’ai envie de dire des adeptes « d’émotions transitoires », on surveille le président Ouattara pour ne lui laisser aucune chance de remporter la partie s’il venait à manquer à sa parole.

Guillaume Soro, si Ouattara se présentait, n’hésiterait pas à soutenir un candidat du PDCI ou Laurent Gbagbo si ce dernier venait par extraordinaire à sortir de Bruxelles avant l’élection. Cette possibilité est sérieusement envisagée pour éviter le « un coup ko » du premier tour de l’élection présidentielle de 2020 rêvé par certains militants du RHDP.

Un PDCI restera fidèle à Bédié, un Gor obéira à Gbagbo

Ce même plan B de Guillaume Soro contre la candidature éventuelle de Ouattara est également l’arme qui empêchera un possible passage en force d’ Amadou Gon Coulibaly. Les actuelles fausses hésitations du président Alassane Ouattara ne sont en fin de compte qu’une trouvaille pour rendre à son César ce qu’il croit lui appartenir. Le seul souci et non des moindres est que l’ivoirien est complexe.

Son sens de la fidélité va indiscutablement l’amener à retourner vers son leader de naissance. Aussitôt qu’ils auront compris ce petit manège, les Gors retourneront à Gbagbo et les PDCI originels retourneront à Bédié. Et seuls les deux grands blocs qui parviendront à fusionner pourront espérer la victoire par le peuple.

Définitivement, tout est bouclé contre certains.



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