Côte d'Ivoire : Pr Amoa Urbain "Après Gbagbo, Ouattara et Bédié à la CPI ?"

Lettre ouverte d' Amoa Urbain aux dirigeants politiques
Par Dreyfus polichinelle
Publié le 05 février 2019 à 13:05 | mis à jour le 05 février 2019 à 13:24

Le Professeur Amoa Urbain ne cesse de tirer sur la sonnette d'alarme quant aux dangers qui guettent la Côte d'Ivoire si l'on n'y prend garde. A la faveur de la libération conditionnelle de Laurent Gbagbo, le Recteur de l'Université Charles-Louis de Montesquieu a une fois de plus interpellé les acteurs politiques à œuvrer à la cohésion et à la paix, sans forcément souhaiter voir les autres acteurs de la crise postélectorale, notamment Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, à la Cour pénale internationale (CPI).

Lettre ouverte d' Amoa Urbain aux dirigeants politiques

Si S.E.M. Laurent Gbagbo est acquitté, Leurs Excellences Messieurs Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié (ou X.) ne devraient-ils pas eux aussi "allés en villégiature" à La Haye ?"

Qui sont-ce donc, à présent, les personnalités pressenties pour être les futurs pensionnaires qui pourraient jouir des délices et des suspenses des feuilletons des jugements de la désormais très célèbre Cour Pénale Internationale pour Dirigeants Africains?

D'entrée de jeu, prenons conscience de cette contradiction principale et retenons que dans la gestion des peuples, point n'est besoin d'encourager la vendetta. La Côte d'Ivoire a déjà trop souffert de ses propres querelles intestines pour que pareille éventuelle décision hante nos esprits déjà envahis par des propos tantôt vulgaires, tantôt incendiaires, tantôt haineux.

Et puisqu'il faut saluer la libération de S.E.M. Laurent Gbagbo saluons-la avec respect et félicitons l'homme pour sa foi en la personne humaine et son intelligence de grand stratège. Pour son courage aussi, sans perdre de vue l'idée que tout jugement rendu par la personne humaine peut, loin des Palais de justice, de façon pernicieuse provoquer la mort de milliers d'innocents de par le monde. Que ne faut-il alors lire ou relire L'étranger de Albert Camus ou Le Procès de Kafka.

Et s'il fallait retenir que lorsque la Cité met en scène deux protagonistes ou deux personnes en situation de belligérance et que l'une est proclamée non coupable ou acquittée, c'est que, sans doute, l'Autre ne saurait jouir de la même sanction. C'est pourquoi j'aurais ici souhaité que pour nous éviter une vendetta en cascades, il soit accordé à chaque être- en- situation, quatre temps majeurs relevant aussi bien de la théorie du temps de réceptivité que de la théorie des quatre vérités que j'énonce à partir des pratiques en vigueur dans les tribunaux dits coutumiers africains.

La première théorie, la théorie du temps de réceptivité a pour principe de quérir le meilleur des moments qui permette d'obtenir que les protagonistes parviennent à un moment d'apaisement stratégique qui facilite et favorise des échanges en vue de la libération de soi par la parole qui, elle-même doit, loin de toute approche discursive susceptible de faire voler le locuteur à basse altitude dans l'estime des citoyens et des citoyennes, être ponctuée d'élégance (théorie de l'élégance langagière).

Les récentes sorties de certaines personnalités du monde dit politique, et cela semble proliférer au vu et au su de tous les mécanismes de régulation et d'évaluation de nos systèmes éducatifs en déliquescence, n'autorisent pas à entreprendre, dans la logique actuelle d'un dialogue de sourds qui se généralise, de prendre la parole au risque, sans effort de compréhension mutuelle de jeter, à son insu, de l'huile sur le feu.

C'est ici que la Communauté dite internationale aurait pu agir avec honneur et dignité. Or, et cela est déplorable, dans la guerre dite ivoiro - ivoirienne, cette communauté s'est considérablement disqualifiée parce que n'ayant pu agir de façon impartiale. C'est ici aussi que la chefferie dite traditionnelle aurait pu faire un bon usage de la sagesse des Anciens. Là aussi l'affaiblissement originelle d'une Chambre des Rois et chefs traditionnels qui cherche encore ses repères, et par conséquent, sans aucun pouvoir réel d'actions concertées efficaces par le fait de l'irrégularité qui aura marqué le choix des membres du directoire, ne peut qu'être instrumentalisée, réduisant ainsi la force et la puissance indispensables à l'affirmation de sa notoriété, une notoriété suffisante susceptible de lui permettre d'être en position d'un arbitrage crédible.

Restent alors trois communautés qui pourraient venir à la rescousse: la communauté universitaire, elle aussi, malheureusement fortement ébranlée, les leaders religieux et la société civile; non uniquement la société civile (O.NG, syndicats, associations...) de rattachement aux partis politiques, mais un collège d'organisations et de personnalités marquées par le sceau de leaders d'opinion en association savante avec des représentants des partis politiques, des représentants du corps préfectoral et des élus représentant les grandes régions quelles que soient leurs tendances et familles politiques. Cette disposition prise, trois niveaux de concertation pourraient ponctuer la démarche sous forme de stratégie de quête de la paix (une application savante de la théorie de la diplomatie coutumière africaine).

Etape 1: Organisation des journées de concertation nationale sous forme de brainstorming (un prélude à d'éventuels États généraux des politiques de développement de la Côte d'Ivoire: bilan ou état des lieux, études prospectives et stratégies): ce serait l'indispensable phase de libération intelligente de la parole ;

Etape 2: Journées de concertation nationale pour la pré - validation des hypothèses de consolidation de la paix ;

Etape 3: Présentation publique des résolutions par un collège d'experts nationaux connus et respectés dans leurs domaines de compétence, dans le dessein de parvenir à des hypothèses de solutions consensuelles sur toutes les questions sensibles.

L'un des avantages de cette démarche est que beaucoup de concertations "dans la case" avec toutes les couches sociales auront permis de ralentir, freiner voire annihiler toute velléité de révolte populaire en gestation qui pourrait être assaisonnée hélas! de violences et ce, avant les joutes oratoires et éventuels amers pugilats qui pourraient préluder à l'élection présidentielle de 2020.

Cette démarche aurait aussi l'avantage de voir l'actuel chef d'État entouré des Anciens chefs d'État et des Grandes figures de notre pays, pour réceptionner les Actes de ces concertations nationales.

Et si le couronnement de ces démarches (la rencontre des Chefs eux-mêmes entourés d'un Haut Conseil des Sages) devait, au cas où toutes les dispositions techniques et organisationnelles ne seraient pas prises à temps, être une occasion propice de préparation à la mise en place, dans le dessein d'œuvrer à l'apaisement du climat social avant l'élection présidentielle de 2020, d'un gouvernement de transition pour la période annoncée comme une haute saison de grandes incertitudes, voire de turbulences pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour les enfants de nos enfants. Avec Bernard B. Dadié, cet " Homme de tous les continents", relisons ensemble : "Afrique debout"!

Peuples de Côte d'Ivoire, unissons-nous, pour ne pas perdre le contrôle du navire "Ivoire". Et si ça aussi, s'appelle "Ivoirité" alors, ivoiriennes et ivoiriens d'ici et d'ailleurs, "défétichisons" ou "dédiabolisons" enfin et à jamais ce "mot-baïonnette " si c'en est un, et assumons fièrement, avec hauteur et dans la dignité ce que nous sommes, car être fier de dire "Je " n'empêche nullement que Tu sois Tu tout en étant en parfaite harmonie avec Je: ça aussi, ce me semble être un principe majeur du "Vivre ensemble ", c'est-à-dire un "Vivre ensemble " cohérent et harmonieux, un "Vivre ensemble "sans exclusion et sans vengeance, un "Vivre ensemble "à visage davantage humain c'est-à-dire un mieux- vivre-ensemble de pardon, de partage, d'équité et de transcendance.

Que conclure ? Que pour échapper à une éventuelle vendetta en Côte d'Ivoire et construire une intelligence de cohésion sociale, sinon permanente, du moins durable, les Ivoiriennes et les Ivoiriens d'ici et de partout, doivent, après des années de conflits de leadership s'obliger à s'asseoir en un même lieu (unité de lieu), à un moment choisi par leurs leaders (unité de temps), pour une même cause ( unité d'action ) : se parler, s'écouter et accepter de se comprendre pour se mettre ensemble et construire un État de droit solide sur de nouvelles bases afin de parvenir à un bien-être et à un mieux- vivre pour tous et pour tous les âges.

Donc si S.E.M. le Président Laurent Gbagbo est acquitté, et si une logique analytique aurait voulu que si l'un des protagonistes a raison, c'est la preuve que l'autre n'a pas forcément raison, Leurs Excellence Messieurs Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, des alliés d'une époque et peut-être même d'aujourd'hui encore loin des regards des militants de base, peuvent ne pas être condamnés à séjourner à la Haye, et ce serait aussi cela l'illustration des valeurs de la vraie fraternité universelle . Mais qui donc alors aura été le vrai adversaire de S.E.M. Laurent Gbagbo ?

Fières Ivoiriennes, Fiers Ivoiriens, à nouveau le pays nous appelle et il nous faut sans cesse fredonner les vers sacrés de l'Abidjanaise pour en saisir les non-dits et les décoder dans l'intérêt de la Côte d'Ivoire, de ses filles et de ses fils, de ses amis et de ses bienfaiteurs.

Puissent enfin, tous les Ivoiriens et tous les amis de la Côte d'Ivoire se mobiliser pour contribuer à organiser et réussir, avec intelligence et sans parti pris et ce, dès à présent, en guise de prévention de conflits éventuels, des Journées de concertation nationale avec la participation effective des Ivoiriennes et des Ivoiriens de la diaspora, afin que sonnent pour des générations et des générations l'ère et l'heure d'une Côte d'Ivoire nouvelle c'est-à-dire ma Côte d'Ivoire qui Ose et qui Gagne!

Urbain Amoa

[email protected]

Université Charles-Louis de ...Montesquieu

Abidjan - Côte d'Ivoire



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