Burkina: Zida, responsable de "tous les problèmes" selon Diendéré (PAPIER D’ANGLE)

Gilbert Diendéré

C’est un général Gilbert Diendéré visiblement serein et préparé pour l’exercice qui a présenté lundi à la barre "sa compréhension personnelle" des événements ayant conduit au putsch manqué de 2015 au Burkina Faso. S’il ne reconnait pas les faits qui lui sont reprochés ("attentat à la sûreté de l’Etat" entre autres), il estime cependant qu’il y a un seul coupable: l’ex-premier ministre Yacouba Isaac Zida.

Zida le seul coupable selon Diendéré

Bloc-notes de grand format en main, classeurs à ses pieds, celui qui a été le chef d’Etat-major particulier de l’ancien président Blaise Compaoré pendant 21 ans, s’est exprimé debout pendant des heures, épluchant avec dates, sources et évocation de témoins à l’appui, les événements (réunions, rencontres, appels téléphoniques, constats…) qui se sont succédés depuis septembre 2014, jusqu’au jour du coup de force.

Tout au long de son intervention, le même nom associé à toutes les intrigues, mésententes, confusions, coups bas, contre-vérités, et ce dans quasiment chaque phrase prononcée: "Zida".

Ce jour d’audience consacré à l’audition du présumé cerveau de ce putsch manqué s'est révélé être plutôt le procès, sinon la condamnation par contumace du Colonel Zida, l’accusé s'étant érigé en juge pendant environ six heures.

Accusé dans un premier temps d’avoir voulu "prolonger la transition" pour mettre en œuvre son "agenda caché", Isaac Zida a été dépeint comme un homme opportuniste et ambitieux par qui "les problèmes ont commencé" entre les militaires notamment, après qu’il ait été proclamé chef de l’Etat à l’issue de l’insurrection populaire en 2014.

Des "frustrations" au sein de l’ex-Régiment de la sécurité présidentielle (RSP, unité d’élite) dont il était membre (adjoint du chef de corps) ont été évoquées sous sa tutelle, des cas de corruption, de "détournements", des menaces de mort et même des tentatives d’empoisonnement lui ont été imputées pendant l’audition.

Isaac zida est également celui qui a provoqué le putsch manqué en introduisant à l’ordre du jour du conseil des ministres du 16 septembre 2015 la dissolution du RSP, face à ses échecs suite aux tentatives visant à mettre l’unité "sous son contrôle", aux dires du général Diendéré.

"Les éléments ont eu l’information, et ce qui devait arriver arriva", a dit celui que l’on surnomme "la boîte noire" de M. Compaoré.

Pour le général Diendéré, l’ex-premier ministre de la transition a voulu "pousser les (agents) du RSP à bout", à "commettre la faute".

Poursuivi également pour avoir incité des militaires à la désobéissance, Gilbert Diendéré assure qu’il n’a "ni commandité, ni planifié, ni organisé, ni exécuté ce qu’on a appelé le coup d'Etat", estimant qu’il a "posé des actes dont la qualification pourrait être discutée" autrement.

Sûr de lui, il a donné l'image d'un homme "de bonne foi" dont la "démarche" n’a pas été comprise par "une partie de la population", alors qu’il a été "obligé de prendre le devant des choses" pour "éviter un bain de sang".

L’un des avocats de la partie civile, Me Prosper Farama, ne s’est visiblement pas laissé convaincre: "ce qui est essentiel, c’est son mot de fin (ce qui devait arriver arriva)" qui montre "clairement qu’il était prévisible qu’il y aurait un coup d’Etat et que les autorités de la transition seraient arrêtées".

"C’était un acte prémédité", soutient Me Farama, "persuadé" que "la vérité jaillira" avec "la confrontation qu’il y aura entre le général et ses éléments" dont des sous-officiers qui l’ont "clairement" désigné comme étant le "commanditaire" du coup d’Etat manqué.

Le général Gilbert Diendéré a été proclamé président du Conseil national de la démocratie (CND) qui avait pris le pouvoir, après que des éléments du RSP ont fait irruption la veille en plein conseil des ministres et pris en otage le président d’alors et son gouvernement.

La résistance populaire qui s'en est suivi a officiellement fait 13 morts et une quarantaine de blessés.